L’Étrangleur de Cater Street

par

Les considérations sociales d'Anne Perry

Bien qu’écrit sous la forme et selon les codes d’unroman policier, L’Étrangleur de Cater Street est beaucoup plus que lasimple histoire de la découverte d’un criminel. Anne Perry est plus intéresséepar les réactions des personnages que par le crime même, et par les conditionssociales qui rendent possibles les actes du meurtrier. Par le biais d’une tramehaletante, elle dresse un véritable réquisitoire contre la société victorienneet ses croyances sociales.

Anne Perry brosse donc le portrait d’une bourgeoisievictorienne prisonnière de ses préjugés. Dès le début, les habitants de CaterStreet sont convaincus que le meurtrier ne peut être qu’un maniaque de laclasse ouvrière. À leurs yeux, rien n’est plus méprisable que ce qui estsocialement inférieur : « Tu te conduis comme uneservante ! » jette la grand-mère à sa petite-fille Sarah, ce qui estpour elle le comble de ce qu’il ne faut pas faire. De plus, pensent lesprivilégiés de Cater Street, ceux qui appartiennent aux « bassesclasses » n’ont pas de moralité et se reproduisent de façoninconsidérée : « C’est précisément parce que [les pauvres] satisfontleurs désirs et donnent naissance à plus d’enfants qu’ils n’en peuvent éleverqu’ils sont pauvres. Aussi héritons-nous de l’obligation de subvenir à leursbesoins. » déclare le révérend Prebble. La rencontre de Charlotte et del’inspecteur Pitt ouvre les yeux à la jeune femme. En effet, alors qu’elle secroit bien informée, elle découvre qu’elle ne connaît en somme rien. C’estPitt, issu d’un milieu populaire, qui lui fait réaliser que les pauvres nechoisissent pas d’être pauvres, et que la pauvreté est un malheur bien pire quetout ce que cette jeune fille rangée aurait pu imaginer : « Avez-vousvu des enfants abandonnés à six ou sept ans, obligés de mendier ou de volerpour survivre, des enfants qui dorment dans des caniveaux, sous des porches,trempés jusqu’aux os par la pluie, ne possédant que les haillons qu’ils ont surle corps ? […] À votre avis, au bout de combien de temps un gamin de sixans, sous-alimenté, à la rue, meurt-il de faim ou de froid ? » Alorsqu’elle attend Pitt au poste de police, Charlotte découvre que les criminelspeuvent se révéler plus honnêtes que les « honnêtes gens », et qu’ilspeuvent être amusants – en somme, que ce ne sont pas des détraqués ni desdépravés. La moralité n’est donc pas une affaire claire, comme l’imaginent leshabitants de Cater Street. Il n’y a pas les bons – riches – d’un côté et lesmauvais – pauvres – de l’autre. Comme l’indique l’inspecteur Pitt :« Je pense que la moralité est universelle. On est plus ou moins blâmableselon les circonstances, mais un crime reste un crime. »

L’absence d’hypocrisie de la classe« inférieure » se révèle être préférable à l’étouffement qu’imposentles normes de la classe privilégiée, et il n’est pas surprenant que la francheCharlotte choisisse enfin de s’échapper de sa classe pour aller vers la libertéen épousant Pitt. La camaraderie qu’elle éprouve envers l’inspecteur, lapossibilité d’être amis autant qu’amants, la simple décence morale et lacompassion se révéleront être pour elle supérieurs à tous les confortsmatériels que lui prodigue sa naissance.

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