L’Étrangleur de Cater Street

par

Les désirs réprimés

Ce que craint le plus Charlotte, c’est de se voirdevenir Martha Prebble, parfaite image de la femme réprimée de l’époquevictorienne. Étouffée dans une vie de bonnes œuvres, assujettie à son mari quine l’apprécie aucunement, elle n’est qu’un objet de pitié pour lesEllison : « Je parie que le pasteur n’a jamais aimé personne […].Pas même Martha », déclare Charlotte. Elle ne semble éprouver aucunesatisfaction dans sa vie. De plus, elle est tourmentée de désirs qu’elle nepeut admettre, et même pas reconnaître. En 1881, l’homosexualité est nonseulement perçue comme un péché et une inconcevable perversion, mais c’estaussi un crime passible de lourdes sanctions, comme en témoignera lacondamnation de l’écrivain Oscar Wilde aux travaux forcés pour son homosexualitéaffichée. À aucun moment Martha n’attire de soupçons, car elle n’est qu’unefemme. Les désirs de Martha ne trouvent d’exutoire que dans le crime. Marthatue l’objet de son désir, qu’elle ne peut posséder.

Mais Martha n’est pas la seule à refréner ses désirs,et il n’est pas de désirs que physiques. Charlotte doit étouffer sa soif desavoir et brider son intelligence. La simple lecture des journaux lui estinterdite : « Tu sais ce que ton père pense de ce genre delecture » lui dit sa mère. C’est pourquoi elle est attirée par ThomasPitt, en qui elle sent un être loyal et franc, qui la laissera exister en tantque personne. Bien qu’elles soient très différentes, on peut mettre enparallèle Martha et Charlotte. La répression dont fait l’objet Charlotte lapousse à des colères et à un franc-parler inacceptables pour ses parents, etfinalement à s’évader de son monde en tombant amoureuse d’un simple policier.Quant à Martha, elle explose dans des crimes où elle étrangle celles qu’elle nepeut admettre désirer. 

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