L’homme qui rit

par

L’art de l’allégorie

Victor Hugo, auteur engagé, se sert du langage et de la diversité littéraire comme armes. Nous pouvons constater que l’œuvre fait la part belle à la métaphore et à l’allégorie.

Tout d’abord, elle est utilisée afin de rendre floue la distinction entre l’homme et l’animal. Dans toute cette œuvre où un jeu constant évolue autour de l’apparence : de ce qui est beau et ne devrait pas l’être, de ce qui est digne d’estime alors que les apparences indiqueraient le contraire, les classifications habituelles sont abattues et les frontières de la condition de chacun deviennent de moins en moins évidentes.

Ainsi, entre Ursus et Homo, l’un semble déteindre sur l’autre, sans que l’on sache chez lequel des deux reste l’humanité ou l’animalité. Le loup est l’alter ego de Homo et incarne la liberté rêvée que l’homme désirerait avoir. Une véritable réflexion sur la condition humaine est alors soulevée : que gagne-t-on à être humain, à vivre dans le luxe et les draperies, les soieries et les honneurs ? Ursus et ses peaux de bêtes ne serait-il pas, en tendant vers le loup, à la recherche d’une autre manière de vivre qu’au travers d’une reconnaissance de type matériel ? De plus, Homo, s’il manifeste une intelligence quasi « humaine », peut tout aussi bien détenir une sagesse animale, mais que l’homme ne considère pas comme valable. Cependant, en aucun cas le loup ne tente de ressembler à l’homme. Ce mimétisme ne va donc que de l’homme à l’animal, ce qui mettrait ainsi en lumière le fait que seul l’homme recherche un idéal de perfection, dont l’animal n’a pas besoin. De plus, cette animalité qui semble chère à Hugo est récurrente dans la longue métaphore filée du personnage de Josiane, comparable à un félin. L’animal est associé à la liberté, à l’insouciance, à la négation des carcans sociétaires :

« C'est pourquoi Homo suffisait à Ursus. Homo était pour Ursus plus qu'un compagnon, c'était un analogue. Ursus lui tapait ses flancs creux en disant : J'ai trouvé mon tome second.

Il disait encore : Quand je serai mort, qui voudra me connaître n'aura qu'à étudier Homo. Je le laisserai après moi pour copie conforme ».

 

L’allégorie se rencontre également dans les personnages eux-mêmes : le rire déclaré de Gwynplaine à la face du monde semble refléter une joie morbide, faisant écho à la tristesse et à la misère du peuple. Dea, elle, représente une pureté et une sincérité inaccessibles pour la société, derrière ses prunelles éteintes. Hugo semble se servir de ces deux personnages pour dresser le portrait d’une société entière, et non seulement de deux entités romanesques. L’auteur rassemble donc les caractéristiques de la foule en ces deux êtres qui trouveront tous deux une mort tragique, l’une par le suicide, l’autre par la maladie et la faiblesse, témoignant ainsi qu’une société qui ne change pas mais qui reste figée dans sa dépendance et son malheur ne peut conduire qu’à sa propre perte.

« Gwynplaine se dressa, éperdu et indigné, dans une sorte de convulsion suprême. Il les regarda tous fixement.

Ce que je viens faire ici ? Je viens être terrible. Je suis un monstre, dites-vous. Non, je suis le peuple. Je suis une exception ? Non, je suis tout le monde. L'exception, c'est vous. Vous êtes la chimère, et je suis la réalité. Je suis l'Homme. Je suis l'effrayant Homme qui Rit. Qui rit de quoi ? De vous. De lui. De tout. Qu'est-ce que son rire ? Votre crime, et son supplice. Ce crime, il vous le jette à la face ; ce supplice, il vous le crache au visage. Je ris, cela veut dire : Je pleure. »

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