Lunar Park

par

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Bret Easton Ellis

Bret Easton Ellis est un écrivain et scénariste américain né en 1964 à
Los Angeles. On l’a d’abord considéré comme l’un des membres du « literary
Brat Pack » avec Tama Janowitz et Jay McInerney – tous trois étant les nouveaux
visages de la littérature américaine des années 1980. Alors que l’appellation
avait quelque chose de moqueur au départ, elle s’est teintée d’affection au fil
du temps. Bret Easton Ellis se distingue dans ses romans par la mise en scène
d’actes et d’opinions ayant toujours quelque chose d’extrême, et ce dans un
style d’écriture dépourvu d’émotions.

Ellis est le fils d’un père promoteur immobilier et d’une femme au
foyer ; la famille est financièrement aisée. Il étude la musique au
Bennington College, qui apparaît souvent dans les œuvres de l’écrivain,
notamment dans Les Lois de l’attraction sous
la forme du Camden Arts College. Là, il se lie d’amitié avec Donna Tartt et Jonathan
Lethem qui deviendront eux-mêmes des auteurs célèbres. Les trois lieux qui
servent de cadres aux œuvres d’Ellis sont le Vermont, Los Angeles et New York.

Les romans de Bret Easton Ellis se caractérisent notamment par la
récurrence des personnages et des décors. Le Sean Bateman des Lois de l’attraction est par exemple le
petit frère de Patrick Bateman, héros d’American
Psycho
. Tel personnage, mineur dans une œuvre, peut devenir important dans
une autre, et vice-versa.

Son premier roman est publié en 1985 alors qu’Ellis a seulement 21 ans ;
il l’a repris pendant cinq ans auparavant. Moins
que zéro
(Less Than Zero) est
immédiatement confronté à une levée de boucliers pour son propos
outrancièrement violent et misogyne – parmi les groupes ayant protesté
figure la National Organization for Women – si bien que la maison d’édition
Simon & Schuster lâche l’auteur finalement publié chez Vintage. Le livre
expose la paradoxale pauvreté de la vie de la jeunesse dorée de Beverly Hills
ou de Bel Air. Entre la drogue utilisée comme un médicament, le sexe contaminé
par l’abus de pornographie, le fétichisme de l’argent, les personnages, qui
semblent interchangeables, s’ennuient dans des lofts immenses, ne parlent que
de la prochaine soirée où ils se retrouveront dans les endroits à la mode de
Los Angeles. Les parents sont absents de l’œuvre, leurs plannings trop pris
entre leurs métiers, leurs amants et leurs psychiatres. Le lecteur peut se
sentir tour à tour agacé, ému ou révolté face à une telle exposition du vide et
devant la dérive d’une jeunesse qui semble perdue. L’œuvre n’est désormais plus
regardée de haut par les universitaires. C’est après sa publication qu’Ellis se
lie à Jay McInerney ; on les surnommera les « toxic twins ».

En 1987, Les Lois de l’attraction (The Rules of Attraction) est le roman ayant pour cadre une
université que Bret Easton Ellis dit avoir toujours cherché à lire sans jamais
le trouver. Y est exposée la promiscuité sexuelle d’étudiants. L’œuvre est très
inspirée d’Ulysse de James Joyce et
de sa technique narrative du flux de conscience. À nouveau, les personnages
sont issus de la bourgeoisie, et l’écriture sobre, rapide et brute d’Ellis
dessine le portrait d’une génération confrontée aux impasses de ses désirs, à
des sentiments existentiels d’urgence et de manque. Le lecteur peut
s’identifier aux étudiants décrits à travers ce désir commun à tous :
celui de vivre vraiment, désir teinté d’angoisses qu’on tente d’atténuer à
coups de drogues et de sexe, à la recherche de sensations fortes.

C’est le troisième roman d’Ellis en 1991 qui lui
apporte la gloire, American Psycho.
Ellis a d’abord dit que c’est son père, violent, qui lui avait inspiré le
personnage de Patrick Bateman, avant d’avouer qu’il s’agissait en réalité de
lui, et que le personnage lui avait permis d’évacuer une partie de sa rage et
de ses sentiments alors qu’il se sentait très seul, aliéné et se détestait.
Patrick Bateman est un jeune homme beau, intelligent, performant, qui se pense
indispensable à la société ; il a tout du jeune Yuppie des années
Trump : ses vêtements sont de grands couturiers et il s’amuse des derniers
gadgets électroniques entre des soirées-cocktails et des pauses cocaïne. Mais
la nuit, le golden boy se mue en bourreau et en assassin qui choisit ses victimes
parmi les passants et les clochards, sans jamais éprouver la moindre émotion.
Les scènes d’horreur sont décrites avec une précision clinique.

En 1994, Zombies
(The Informers) réunit des histoires
pour combler le vide – avoua Ellis – en attendant la publication de son
prochain roman, par obligation contractuelle. On y retrouve des héros
superficiels et les thèmes qu’affectionne Ellis : drogue, sexe et vide
existentiel des personnages. Dans Glamorama,
œuvre publiée en 1998 que l’auteur a mis huit ans à écrire, un mannequin
devient mêlé à une étrange organisation criminelle entièrement composée
d’autres mannequins. On y retrouve les thèmes des médias, de la célébrité et de
la violence politique. À nouveau, Ellis utilise le surréalisme pour faire naître
un sentiment de terreur postmoderne. C’est d’après l’écrivain le meilleur roman
qu’il ait écrit annoncera-t-il après avoir publié ses sept premières œuvres,
celui qui compte le plus à ses yeux. S’escrimer huit ans de la sorte sur une
œuvre restera une exception dans sa carrière pense-t-il alors, ce qui lui donne
du prix.

Lunar Park parue en 2005 est une œuvre
semi-autobiographique où l’auteur retrace les débuts de sa carrière fulgurante,
ses dérives ; mais dix ans plus tard, une seconde chance est donné à
l’auteur : il a une femme, des enfants, et peut vivre une vie sobre dans
une banlieue chic. Mais cette nouvelle vie vole en éclats : un personnage
conduisant la même voiture que son père décédé fait son apparition à de
multiples reprises, la poupée de sa belle-fille se met à fonctionner
étrangement, et la demeure où il vit subit des transformations inexplicables.
S’ensuit une série de meurtres grotesques qui achève de troubler la santé
mentale de l’écrivain dont tout le monde se met à douter, en partie en raison
de son passé. L’œuvre est dédicacée à l’amant décédé de Bret Easton Ellis,
Michael Wade Kaplan. Au fil des années, l’auteur s’est déclaré tour à tour gay,
hétéro, bi, et même sexuellement indéterminé ; il a dit ne pas vouloir
qu’on lise ses œuvres tout en lui imaginant une sexualité bien arrêtée.
Cependant, à partir de 2012, il s’identifie publiquement comme gay.

Suite(s) impériale(s) (Imperial Bedrooms) en 2010 met à
nouveau en scène Clay, le protagoniste de Moins
que Zéro
, qui revient à Los Angeles vingt-cinq ans après les événements
narrés dans le premier roman d’Ellis. Producteur associé à l’adaptation
cinématographique du dernier scénario qu’il a écrit, Clay n’hésite pas à utiliser
son pouvoir. La ville est le lieu de fêtes irréelles où tous sont confrontés aux
mêmes démons : à nouveau le sexe, la drogue, le pouvoir de l’image. Malgré
un climat lourd affleure parfois un humour noir. Entre meurtres et manipulations,
jalousie et trahisons, sont mis en scène des personnages qui semblent avoir
perdu tout sens des limites.

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