Lunar Park

par

Intertextualité

Dans Lunar Park, l’intertextualité est omniprésente. S’il ne fait aucun doute que l’auteur établit des parallèles entre sa personne et son personnage, il créé en outre des ponts entre Lunar Park et le reste de son œuvre littéraire.  

D’une part, l’intertextualité permet à l’auteur de faire comprendre que Lunar Park traite de l’ensemble de son œuvre littéraire jusqu’à cet ouvrage. Non seulement le livre fait œuvre de bilan, mais il sert également de tribune publique. Ici l’œuvre de l’auteur est expliquée en même temps que l’auteur explore de nouveaux thèmes. Il se livre notamment à la citation des phrases introductives de ses ouvrages précédents, mais les références à d’autres œuvres ne se limitent pas à des explications sur les circonstances qui ont inspiré Bret Easton Ellis à les écrire.

« “Tu fais vraiment très bonne impression.”

C’est la première phrase de Lunar Park et dans sa brièveté et sa simplicité, elle était censée être un retour à la forme, un écho, de la première ligne du roman de mes débuts, Moins que zéro :

“Les gens ont peur de s’engager sur les autoroutes à Los Angeles.”

Depuis, les phrases d’ouverture de mes romans sont devenues exagérément compliquées et fleuries, lestées par une insistance abusive et inutile sur des détails, en dépit de l’art avec lesquelles elles sont composées. »

L’intertextualité est particulièrement forte entre Lunar Park et American Psycho. En effet, les références à l’œuvre antérieure sont nombreuses. Toute une portion du livre semble être une conséquence du livre précédent : un serial killer aurait pris l’initiative de reproduire les meurtres décrits par l’auteur. Le personnage de Bret Easton Ellis se sent donc quelque peu responsable des actes du serial killer. Il subit les conséquences de son livre, tout comme l’auteur en a subi les critiques.

« Les meurtres et la torture étaient en fait des fantasmes nourris par sa rage et sa fureur contre la façon dont la vie était organisée en Amérique et la façon dont il avait été – en dépit de sa fortune – piégé par ça. […] rôdait toujours l’inquiétude de ce qui pourrait se passer si le livre tombait entre de mauvaises mains. Qui pouvait savoir alors ce qu’il inspirerait ? Et après les assassinats de Toronto, ça ne rôdait plus – c’était réel, ça existait, et ça m’a torturé. »

Mais American Psycho s’immisce bien plus profondément dans la trame de Lunar Park, puisque la lecture donne l’impression que c’est le personnage de Patrick Bateman lui-même, héros du livre antérieur, qui vient hanter l’auteur et nuire à ses efforts inclinés vers une vie paisible.

« Il est revenu. Je m’étais dit ces trois mots au cours de cette nuit sombre que j’avais passée à frissonner dans la chambre d’amis, me repassant ce que j’avais vu dans ce champ désolé derrière notre maison. J’avais involontairement pensé à mon père et non à Patrick Bateman. Mais je m’étais trompé.

Parce qu’ils étaient revenus tous les deux à présent. »

Les références à d’autres romans de l’auteur se trouvent également dans le choix des noms. Ainsi, les personnages de Clayton et Mitchell Allen sont inspirés respectivement du personnage de Clay dans Moins que Zéro et de Mitchell Allen dans Les Lois de l’attraction. Clayton qui s’avère être une représentation du personnage dans ses plus jeunes années. On retrouve donc ici la tendance de l’auteur à recycler les noms de ses personnages. Tout est fait pour donner l’impression que l’auteur se retrouve toujours entouré de ses créations, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, et doit toujours en assumer la responsabilité. Comparés à l’influence et l’omniprésence de Patrick Bateman, les personnages de Clay et de Mitchell Allen semblent être de simples clins d’œil de l’auteur à ses écrits passés. Mais que ses personnages soient bons ou mauvais, les références ne sont pas un moyen pour l’auteur de s’excuser auprès de l’opinion publique, mais d’assumer leur paternité.

« Parce que Clayton était – et avait toujours été quelqu’un que je connaissais.

C’était quelqu’un qui me connaissait depuis toujours.

C’était quelqu’un qui nous connaissait depuis toujours.

Parce que Clayton et moi étions la même personne. »

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