Lunar Park

par

L’instauration d’un doute

Le personnage de Bret Easton Ellis développe un mécanisme defuite de la réalité. Plutôt que de faire face aux horreurs de son quotidien, ilpréfère s’adonner à l’usage de drogues, et plus tard, à la littérature. Ilsubstitue continuellement l’irréalité aux peines de son existence. Le roman enlui-même brouille la ligne entre réalité et fiction, instaurant des doutes dansl’esprit du lecteur, pendant que le comportement incompréhensible du héros etses tendances paranoïaques donnent naissance à d’autres doutes dans sonentourage immédiat et dans son propre esprit. La capacité du héros à renoueravec sa famille est mise en doute, autant que sa bonne santé mentale. Lunar Park plonge à la fois dans lesdomaines de la réalité, de l’autobiographie, de la fiction et de la fantaisie,au point où le lecteur n’est plus en mesure de se fier au récit de l’auteur.

 « Je me suis convaincu que je n’avaisrien vu. Je l’avais fait bien des fois (quand mon père m’avait frappé, quandj’avais rompu avec Jayne la première fois, quand j’avais fait une overdose àSeattle, chaque fois que je pensais me rapprocher de mon fils) et j’étais passéexpert dans l’art d’éluder la réalité. Écrivain, il m’était plus facile derêver le scénario le plus enviable que celui qui venait de se dérouler enfait. »

À la lecture de LunarPark, de nombreuses questions se posent. Mais la lecture s’achève sansréponses satisfaisantes. Le fantôme de son père cherche-t-il à prévenir lehéros d’une menace, ou est-il la menace ? Somme toute, Lunar Park est une œuvre où le douteaffecte tout, s’immisce partout, et où le lecteur et les personnagesdistinguent de moins en moins le vrai du faux, comme s’ils rejoignaient unedimension fantasmatique entourant l’auteur, suscitée par les suppositions decertains de ses lecteurs.

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