Nana

par

Briser le tabou

Nana est l’occasion pour Émile Zola de livrer au lecteur les réactions d’unesociété mondaine face au tabou. En effet, le tabou est levé sur les pulsionssexuelles d’une certaine classe sociale qui d’ordinaire, les considère commedépravées et indignes. Le premier chapitre donne le ton : le lieu derencontre des premiers personnages n’est pas anodin, il s’agit des gradins duthéâtre où Nana va donner une représentationde La Blonde Vénus. Dissimulés dans la pénombre avant que le rideau ne selève, les trois hommes riches dont il est question vantent déjà sur un ton deconfidence les grâces de cette fille des bas quartiers.

Nana pousse jusqu’auxplus pieux à se corrompre ; ainsi, Zola montre à quel point la religionpeut sembler vaine et servir de masque en société. Le comte Muffat, terrorisé par l’enfer, profondémentpieux, se ruine pour Nana alorsque le Jugement dernier l’obsède constamment. Il n’est que le représentantchoisi par Zola pour dépeindre une époque où l’adoption d’une attitudereligieuse semble fonctionner comme l’ersatz d’autres penchants, lequel ne peutétouffer, quand l’occasion se présente de les satisfaire, d’autres désirs jugésmoins honorables et d’ordinaire réprimés.

De plus,le tabou de l’homosexualité est levé : Nana arbore sa relation avec Satin à la face du monde et à celle de ses prétendants quimanifestent envie et jalousie, et non le dégoût ou l’incompréhension auxquelson aurait pu s’attendre. Zola semble suggérer que la situation est courante,que les aristocrates eux-mêmes ne sont pas étrangers à ce genre de pratiques, carla chose est présentée comme un caprice de plus de Nana, agaçant maiscompréhensible.

Terminonssur la dimension vengeresse que revêt le parcours de Nana. En effet, elle semblefonctionner la Némésis du peuple ouvrier, la déesse rancunière qui, sous desairs de Vénus, va en réalité venger ceux qui sortent comme elle des bas-fonds. Toutau long du roman, elle humilie, ruine, châtie le fortuné. Elle fait prendreconscience à ces hommes gâtés par la fortune qu’ils ne sont finalement rien deplus qu’humains, et qu’une femme de chair peut, par des procédés simples, leurfaire perdre tout honneur et toute raison. Bien qu’elle soit issuede trois ou quatre générations d’ivrognes et de consanguins, telle qu’elleest décrite Nana a la chance d’être dotée d’un physique qui résume à lui seultoute la fougue et toute la vie contrastée qui résident hors des murs guindésde la bourgeoisie. Son ascension fulgurante est un formidable pied-de-nezincongru à toutes les convenances et un message de révolte original adressé aumilieu ouvrier. Nana s’est ainsi immiscée dans un monde de bonnes mœurs et y asemé ruine et zizanie, tel un fléau vengeur capable d’exposer et de faireexploser bien des tabous, quitte à ce que son parcours fulgurant ne finisse parse retourner contre elle, son caractère et ses origines ne semblant pas luiautoriser une place bien définie et pérenne dans la société.

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