Nana

par

Courtisanerie et prostitution : deux mondes

L’auteuroppose deux mondes : celui de la prostitution, et celui des courtisanes. Eneffet, bien que ces deux « strates sociales » soient complémentaireset que bien souvent, elles se confondent, l’auteur les aborde de différentesmanières.

Nana raconte l’ascension socialed’une fille de Paris qui devient l’une des personnalités les plus connues de lacapitale. Le roman montre que la vision qu’a le monde d’une personne changeselon la catégorie à laquelle elle appartient. La courtisane a un statut quiest la suite logique, parfois, de celui d’actrice, et ils s’entremêlent parfoisétroitement. Il faut dire que le théâtre est à l’époque le lieu où l’on peutvoir des spectacles jugés ailleurs peu convenables, surtout lorsqu’on a acquisune certaine notoriété. On adule Nana, on la vénère, et on la désire. C’est lemonde qui vient à elle, et non elle qui vient au monde, à l’inverse de laprostituée.

Nana est choisie toutd’abord par ses amants, grâce à Bordenavequi la « lance ». Ce lancement revêt deux sens ici : lelancement d’une carrière scénique, mais aussi d’une carrière de courtisane. Ilexcite alors les passions des notables en l’exposant dans le rôle de Vénus authéâtre, et la livre à un public qui tombe rapidement en adoration devant elle.

La prostitutionconstitue pour Nana un deséchelons les plus bas de l’échelle qu’elle va gravir. Avant de tomber enceintede Louiset, elle était obligéede « faire des passes » pour vivre. Cette première activitécorrespond à une obligation, signale le manque d’un argent vital, et une dépendancefinancière forte. Elle est à la merci de son client, situation qui s’oppose aumépris qu’elle peut se permettre une fois devenue courtisane.

Laprostituée appartient au milieu populaire, tandis que la courtisane évolue dansune sphère beaucoup plus élevée de la société. En effet, Satin est décrite comme une petiteprostituée, charmante et passionnante : « si voyou qu’on s’amuse àla faire causer ». Autrement dit, son langage cru et populaire amuseles hommes et quelque part les attire. Elle fréquente l’établissement de madame Robert, où l’on se livre auxmœurs les plus dévoyées, et où l’on couche avec des hommes « utiles »,pas forcément de par leurs finances mais du fait de leur pouvoir, qui permet des’éviter des problèmes avec la loi. La prostitution est donc un gagne-pain pourSatin, mais également un danger avec lequel elle doit manœuvrer sans cesse pourne pas se retrouver en prison.

Nana, elle, ne courtaucun risque dans son rôle de courtisane, protégée par les sommités qu’ellefréquente. Elle donne des dîners mondains notoires, souvent dépravés, mais qui croulentsous l’opulence et le faste. On y rencontre d’ailleurs d’importantespersonnalités. Tout le monde parle de ses dîners et attend de s’y rendre avecimpatience. Ainsi, on oublie qu’on va chez une vendeuse d’amour, dont ondissimule le statut sous celui d’actrice, et lorsqu’on cède finalement à sescharmes, on peut tenter de se persuader qu’elle nous a choisi par attirance, etque c’est le début d’une histoire durable.

Dans Nana,les deux mondes de la prostitution et des courtisanes sont donc clairementdistingués, même s’ils réfèrent à deux pratiques similaires dans leur fond, laforme seule différant. Zola livre donc à nouveau le tableau d’un milieu centréautour d’une activité bien particulière, perçue différemment selon le ton quelui donne la classe sociale qui s’y mêle.

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