No pasarán

par

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Christian Lehmann

Christian Lehmann est un médecin
généraliste et écrivain français né en 1958. Il grandit dans la fierté d’avoir
dans son arbre généalogique des Rohan, mais aussi dans le secret d’un métissage,
du côté de l’île Maurice, que sa grand-mère maternelle supporte mal. Il
évoquera tout cela dans son cinquième roman pour adulte, Une éducation anglaise.

Christian Lehmann se représente comme un
boulimique de livres dans son enfance. Il allait jusqu’à les voler, à la
librairie de Meudon, pour assouvir sa passion, se nourrir des œuvres d’Albert
Camus, Henri Vernes (L’Ombre jaune)
ou Simon Wiesenthal (Les Assassins sont
parmi nous
). Il parle de ces livres comme de clefs qui permettent un
accomplissement personnel. Très tôt il lit en anglais (Philip Roth, Tolkien) et
il est marqué par la littérature anglo-saxonne, fantastique et de
science-fiction.

 

Après des études de médecine, Christian
Lehmann publie un premier roman pour adultes en 1988. La Folie Kennaway retranscrit
la confession faite sur son lit de mort d’un écrivain à sa médecin, qui
l’écoute fascinée. Alors qu’il était suspecté d’avoir tué son ancien amant
peintre, Francis Kennaway a simulé la folie pour échapper à la justice. Cette
confession est prétexte à évoquer les événements en Europe dans la deuxième
moitié du XXe siècle et les milieux artistiques des années 60 en
Angleterre. Dans ce premier roman le médecin-écrivain réunit deux mondes qu’il
connaît bien : le milieu médical et la mythologie littéraire
anglo-saxonne.

La Tribu, œuvre publiée en
1990, est présentée comme une enquête médico-policière autour d’Olivier Rohan, un
jeune médecin pour qui se pose un cas de conscience après la mort d’un
adolescent dans le grand hôpital de la région parisienne où il travaille. C’est
sa propre expérience de médecin dans un service de réanimation cardiaque, dont
l’auteur parle comme de son « Vietnam », qui lui a inspiré l’écriture
de ce roman.

L’Évangile selon Caïn, roman
publié en 1995, est l’œuvre la plus sombre de Christian Lehmann de son propre
aveu, un roman baroque, noir, qui repose sur la quête de Sebastian, à la
recherche de son frère Nathan, un photographe renommé aux obsessions morbides,
parti avec Lindsey, la femme que Sebastian aimait, quête qui le mène de Londres
à Bogota, où celui-ci a appris que son frère avait eu un accident aérien.

Dans Une éducation anglaise, œuvre
autobiographique parue en 2000, l’auteur retourne à l’âge de ses douze ans et
raconte, au fil de ce qui s’apparente à un roman d’apprentissage, comment lui
est venu l’amour de la littérature et des femmes, et ce à travers trois années
de sa vie, de 1970 à 1973. Il parle de sa famille, de ses vacances en Corse
chez la cousine Anne-Marie, première femme vue nue à treize ans, de sa cousine
Susan, qui vit en Angleterre à Brighton et chez qui il va séjourner. Il y
découvrira, avec la société anglaise, le double visage du mari de sa cousine, Mark,
un manager sympathique qui se révèle être un homme alcoolique et maléfique. Le
récit oscille entre la candeur et l’émotion d’une part, le détachement et
l’humour de l’autre.

En 2003, Christian Lehmann publie un essai qui
connaît un beau succès, Patients, si vous saviez : Confessions
d’un médecin généraliste
, où le médecin quadragénaire s’indigne des
politiques et des méthodes qui entravent un exercice humain de la médecine.
Alors que la première partie raconte une journée type de sa vie de médecin
généraliste, la seconde relève de la dénonciation – à la fois de médicaments
dangereux, ou de la pratique des « visiteurs médicaux » des
laboratoires, qui proposent parfois des marchés peu éthiques aux professionnels
de la santé.

 

En parallèle, en 1996, Christian Lehmann se
met à la littérature pour la jeunesse.
Son premier essai dans le genre est un immense succès et No Pasarán, le jeu devient
un livre culte dans les écoles, très souvent étudié. C’est à travers un jeu
vidéo que l’écrivain aborde le thème de la guerre et expose les pires penchants
de l’homme. Trois adolescents, Éric, Thierry et Andreas, vont faire l’expérience
un peu trop réaliste des combats à travers un jeu vidéo acheté dans une
boutique en Angleterre, tenue par un Juif qui éprouve un choc face au symbole
nazi qu’arbore Andreas sur son blouson. Le jeu devient alors une leçon pour les
enfants, forcés d’entamer une réflexion sur la violence et sur eux-mêmes.

En 2005, Christian Lehmann donne une suite à cette
histoire dans Andreas, le retour. On retrouve les adolescents trois ans
après. Éric et Thierry sont toujours dégoûtés par les jeux vidéo ; quant à
Andreas, il a disparu. Mais les deux adolescents vont retrouver sa trace par le
biais d’un débat de société télévisé qui porte sur les dangers des mondes
virtuels. Ils se demandent alors s’ils peuvent quelque chose pour leur ancien
ami. Si de nombreux thèmes de société sont abordés, des scènes atroces de
guerre sont aussi décrites de façon réaliste. La trilogie se termine en 2012
avec No
pasarán, endgame
, mais le lectorat ne suit plus du tout. La même année, l’œuvre est adaptée en bande dessinée par
l’auteur chez Casterman.

 

L’auteur a écrit en tout sept livres pour
adolescents et six romans pour adulte, des polars
sombres
aux intrigues construites comme des tragédies antiques. Il faut
noter que ses écrits destinés à la jeunesse sont également particulièrement noirs.

 

À côté de ses activités littéraires, Christian
Lehmann est aussi un médecin engagé qui
tente de faire bouger les lignes. Au-delà de ses essais qui visent à informer,
le médecin a lancé en 2004 un manifeste contre la réforme de la Sécurité
sociale et en 2007 il est l’un des
initiateurs d’un appel contre la franchise sur les soins.

 

« Ce que recherche
Andreas, c’est le pouvoir démentiel que procure une arme à un pauvre type sans
idées, sans courage, sans rien d’autre que sa haine de lui-même et des autres.
Andreas te sortira des milliers de discours sur la noblesse militaire, sur la
grandeur de servir le drapeau, un tas de conneries auxquelles il ne connaît
rien mais que sa famille lui a inculquées depuis tout petit pour masquer par
des mots l’essentiel. L’envie de détruire, l’envie d’écraser, l’envie de
tuer. »

 

Christian Lehmann, No Pasarán, le jeu, 1996

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