Oeuvres poétiques

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La pièce maîtresse, une réflexion sur les sentiments : les Méditations poétiques

La pièce maîtresse de l’œuvre de Lamartine est, à n’en pasdouter ses Méditations poétiques,ouvrage où l’on retrouve l’auteur dans son écriture lyrique et poétique, maispas seulement, car il va plus loin, justifiant son titre. Cet ouvrage majeurn’est pas simplement une ode à la gloire de l’être aimé, ni fait deconsidérations sentimentales sur la vie ou d’une mélancolie frisant lesuicidaire. Lamartine n’a pas choisi son titre au hasard. Il s’agit en effet deméditations, mais toutes les pensées philosophiques et religieuses quitraversent l’esprit du poète passent d’abord par son cœur. Il y mêle amour,sentiments divers et philosophie, rassemblés dans un tout qui forgel’expérience de l’auteur, ainsi que ses convictions : Lamartine préconisel’individualisme du sentiment. Ses pensées les plus abstraites ne prennent pasforme comme elles le feraient dans une allégorie des Lumières ou du MoyenÂge ; plutôt, elles lui viennent d’avoir été ressenties, et demeurent àl’état de pensée. En somme, Lamartine reconnaît la division platonique entrel’esprit et le corporel, mais il y ajoute une troisième dimension, celle del’émotion. Alors que les philosophes divisent souvent l’univers entre la puretépurement intellectuelle et la bassesse des désirs terrestres, réduisant souventl’amour à une simple impulsion charnelle, Lamartine affirme que les émotionssont le deuxième volet de l’âme, et qu’elles peuvent être tout aussi pures quela pensée elle-même. Il anoblit donc l’amour, suggérant que l’émotion est aussivalide que l’intellectualisme comme source de philosophie. Si on repense ausens étymologique de ce dernier mot (« philo-sophie » : amour dela sagesse), on voit qu’il maintient que la sagesse n’est pas redevable au seulcerveau ; l’humain est un être complet dont tous les sens ont droit decité. La dimension sensuelle de son œuvre n’est donc pas en conflit avecl’élévation de son âme, bien au contraire ; sans l’une, l’autre nepourrait avoir la même profondeur. Il n’est pas surprenant que Lamartine eutune telle influence sur, entre autres, le compositeur Liszt, qui fitquelques-unes de ses plus belles pièces d’après des écrits du poète (Les Préludes, ses Harmonies poétiques et religieuses). Autre idole romantique, grandamateur de femmes qui finira sous la soutane, révolutionnaire autant enpolitique qu’en musique, éblouissant de générosité, Liszt est de plusieursmanières le complément nécessaire de Lamartine. Comme ce dernier, il seraéclipsé par des successeurs qui pousseront les choses plus loin que lui (Hugodans un cas, Wagner dans l’autre) tout en demeurant une figure clé sanslaquelle l’histoire de l’art du XIXème siècle (poétique ou musicale) estincompréhensible. Tous deux savent innover sans entièrement rejeter le passé,comme le prouve leur attachement à la religion ; le Lamartinerévolutionnaire et politique n’ira jamais trop loin ; tout en s’opposant àla monarchie et encore plus au bonapartisme, il ne se fera pas extrémiste. Sonmoment politique le plus connu, immortalisé sur une grande toile dePhilippoteaux, vient quand au cours de la révolution de 1848, il rejettel’utilisation du drapeau rouge comme symbole du nouveau gouvernement. 

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