Oeuvres poétiques

par

Un homme politique et un poète

Une particularité de la nation française est l’immenserespect qu’elle voue à l’intellectualisme et aux hommes de lettres ;surtout, une des choses qui démarquent le plus la politique française de celledes autres pays est la proportion de littérateurs qui siégèrent à songouvernement. Avant de se scinder, la Tchécoslovaquie pouvait s’enorgueillird’avoir porté Vaclav Havel au pouvoir à la chute du communisme ; et sil’Angleterre a eu Disraeli au XIXème siècle et Churchill au XXème, c’étaient làdes exceptions pour lesquelles il semble parfois nécessaire de préciser qu’ilsétaient aussi auteurs ; en France, il est simplement reconnu que leprésident ou d’autres membres du gouvernement le seront sans doute. Préciserque Dominique de Villepin est l’auteur de plusieurs livres sur Napoléon, ou queValéry Giscard d’Estaing est membre de l’Académie française ne fait pas leverle moindre sourcil. C’est assez singulier ; et de plus, cela remonte àloin. Les fondateurs de la Première République écrivaient sans cesse. LaRestauration eut Chateaubriand ; les républiques qui la suivirent eurentHugo, et encore plus Alphonse de Lamartine, le saint patron du type.

Singularité encore plus avancée : si de Villepin, aumoins, écrit des études historiques, Lamartine est poète lyrique. Il estinattendu de nos jours de voir des députés dont la réputation se bâtitlà-dessus. Mais celle de Lamartine va de pair avec sa réputation poétique. Sisa réputation politique atteint son sommet en 1848 lorsqu’il proclame ladernière chute de la monarchie en France et réussit à garder le calme à Parisavant de s’écrouler seulement quelques mois plus tard, quand il se présente àla présidence mais n’obtient que 0,23 % des votes contre l’écrasantemajorité (plus de 74 %) qui porte Louis-Napoléon Bonaparte au pouvoir, sonsuccès poétique débute en 1820 avec sesMéditations poétiques avant depeu à peu décroître. La qualité de son écriture chutera d’ailleurs après ledébut du Second Empire, car ayant dilapidé sa fortune et celle de sa femme,autant par goût de larges domaines que par générosité, il se retrouvera àécrire pour survivre, avant de devoir finalement accepter une pension de lapart d’un gouvernement qu’il déteste.

Lamartine ne s’évade jamais dans de simples rêveries, commeon peut accuser Ingres de le faire avec ses scènes de harem. Il est en somme unpoète engagé, qui s’il ne prend que rarement comme sujet les événementspolitiques du jour écrit néanmoins sa poésie pour une raison, plutôt que defaire de l’art pour l’art. Après les Méditationsde 1820, où il purge quelque peu la douleur de la mort de son amante, sa poésiea toujours une intention.

Bien qu’il ne soit plus le plus reconnu des poètes,Lamartine est peut-être le plus représentatif des versificateurs de son époque.C’est l’esprit du siècle qui s’incarne en lui : à le lire, on revoitdevant soi les tableaux de Friedrich, de Corot ou de Millet, on entend lamusique de Weber et de Liszt, on retrouve à la fois le côté démoniaque quimènera à Baudelaire et le sentimentalisme contre lequel se révolteront Flaubertet Zola, tout comme en lisant sa biographie on se retrouve au plus fort desdébats politiques et moraux de la première moitié du XIXème siècle en France.Il n’était peut-être pas le plus grand, mais Lamartine demeure la meilleureporte d’entrée vers sa génération.

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