Peau de chagrin

par

Désir contre sagesse : la liberté humaine

La description des personnages a fait ressortirune structure particulière du roman : tous poussent Raphaël dans une vie faitede désirs autoritaires. D’abord Fœdora puis Pauline : ces deux femmesreprésentent le désir charnel, la sensualité. Rastignac, lui, incarne le désirde réussite et de gloire. Entouré de ces personnages, Raphaël va petit à petitperdre pied, d’abord en souhaitant le suicide, puis en tentant de ne plusdésirer, pour sauver sa vie. Le roman se construit en effet en deux temps : lejeune homme, au début du roman et donc au milieu, chronologiquement, de sonhistoire, est présenté comme un cadavre le jour où il veut mourir. Le désir estla cause de ses deux états, à la fin de chacune de ces parties, au début et àla fin du roman donc, car il le fait d’abord souffrir psychologiquement –désirer étant une passion insatiable – puis physiquement – puisque la peau dechagrin, en exauçant tous ses désirs, le tue progressivement.

         Leroman offre donc une réflexion sur la nature mortifère du désir. En effet, contrairementaux besoins, les désirs sont des constructions de l’homme mais ils ont uncaractère aussi contraignant que les besoins naturels. Vouloir devient donc unetorture pour qui ne peut satisfaire sa volonté. Le vieil homme qui vend la peaude chagrin à Raphaël présente, dans son discours, une vie de sagesse, opposée àune vie de désir. La première est certes rationnelle, sans passions nisentiments, mais elle est vouée au savoir qui donne à l’homme une longévité etun contentement qu’aucun désir ne peut concurrencer. Mais Raphaël, jeune hommepassionné et influençable, contourne ces arguments pour se lancer dans une viede plaisir, vie qu’il va tenter très tôt de nuancer puisqu’il voit la mort serapprocher à mesure que la peau de chagrin se rétrécit.

         Lanouvelle rencontre entre ce vieil homme et Raphaël, vers la fin du roman, manifestel’opposition que peignait ce marchand entre passion et sagesse. En effet,lorsque Raphaël va à l’opéra – une des seules sorties qu’il s’autorise dans lemonde –, il voit le vieil homme, fringant et heureux, au bras d’une jeunemondaine. Lui, affaibli, diminué, a déjà les traits d’un cadavre, alors que levieux marchand manifeste pour sa part l’éclat de la jeunesse que sembleconserver une vie « bien menée ». Ainsi, une vie de sagesse semblepréserver la vitalité de l’homme, alors que la vie de désir l’assèche au pointde lui enlever toute énergie vitale.

 

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