Peau de chagrin

par

Utilisation du fantastique

Balzac introduit dans ce roman à tendanceréaliste du fantastique : la première partie et la dernière encadrent en effetun chapitre réaliste, « La Femme sans cœur », de mystères d’un ordreirréel.

         Lapremière partie s’empreint d’une atmosphère fantastique tout d’abord de parl’anonymat du jeune homme que le lecteur suit : le roman acquiert unedimension de conte merveilleux, si ce n’est que le décor est celui du Paris desannées 1830. La figure cadavérique de ce jeune homme ancre plus profondémentl’inquiétude propre au fantastique. Ce genre est comme on le sait marqué parl’apparition de l’étrange dans un quotidien réaliste. Or ici, la vie de lasalle de jeu se suspend à l’arrivée de Raphaël, comme si le monde voyait naîtreen son sein une créature inquiétante qui annonce un bouleversement de laréalité. Fait suite à cette scène saisissante la description du cabinet decuriosités, lieu propice à la naissance d’une dimension fantastique, oùl’amoncellement d’objets hétéroclites et uniques recèle dans l’imaginairepopulaire des forces maléfiques ou – au moins – magiques. L’atmosphèrefantastique inquiète donc le réel, introduit du doute et de l’étrange dansl’esprit du lecteur.

         Maisle fantastique se transforme rapidement en merveilleux : souvent, dans lesromans fantastiques du XIXe siècle, l’élément inquiétant se trouveêtre construit par les points de vue, les élucubrations du narrateur ou dupersonnage, et le lecteur ne trouve aucun élément concret qui puisse vérifierla nature fantastique de la situation. Pourtant, dans La Peau de chagrin, l’objet est là, palpable, et Raphaël a lapreuve matérielle de son rétrécissement. Les scientifiques qui essaient dedétendre la peau se font les garants du caractère étrange, incompréhensibled’un tel objet : le doute n’est plus permis, et la cause magique de lamort de Raphaël semble tout à fait ancrée dans le réel. Le roman glisse donc,dès la vérification des pouvoirs de la peau, dans le conte philosophique, oùchaque élément devient l’allégorie d’un concept.

Le fantastique est évacué de la dernière partieoù l’on observe Raphaël luttant sans cesse contre ses désirs et tentantmatériellement de rallonger son espérance de vie. La peau de chagrin devientalors un support de représentation de la vie humaine, et de l’effet des désirssur celle-ci.

         Lefantastique est donc utilisé pour construire une atmosphère et permettre à laréflexion philosophique de s’incarner dans des objets pour avoir plus d’impactet d’expressivité.

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