Pelléas et Mélisande

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Maurice Maeterlinck

Maurice Maeterlinck est un écrivain belge né en 1862
à Gand (Flandre orientale) et mort à Nice en 1949 ; il a écrit ses œuvres
en français.

Issu d’une ancienne famille flamande catholique et
conservatrice, éduqué par les jésuites, destiné par sa famille à devenir
avocat, il se tourne rapidement vers la littérature et se met en relation avec
les jeunes poètes belges dont Grégoire Le Roy.

Ses influences sont multiples : Villiers de
l’Isle-Adam et Stéphane Mallarmé une fois arrivé à Paris – le premier l’initie
à l’idéalisme allemand au travers des philosophes Schopenhauer et Hegel – ;
le mysticisme de Ruysbroeck l’Admirable, clerc flamand qu’il traduit ; le
monde germanique via Novalis et le romantisme d’Iéna. Il prend part au
mouvement symboliste.

Des poèmes de jeunesse réunis dans Serres chaudes en 1889 le font connaître ;
y apparaissent déjà les caractéristiques de l’œuvre à venir de Maeterlinck, des
traits typiquement symbolistes qui parcourent le texte entre tristesse morbide,
pessimisme et mystère. La voix lyrique est celle d’un idéalisme aspirant à un
Infini alors que le poète se trouve incompétent à la fois dans les domaines de
la vie pratique et celui de l’esprit. Le recueil respire la torpeur et les
rêves impuissants vécus dans des paysages évanescents sans grande originalité.
Dans Douze chansons, sept ans plus
tard, le poète sombre moins dans la facilité ; les chansons semblent
jaillies d’un autre temps, d’horrifiques châteaux des mers nordiques où circulent
des vierges blondes. L’auteur qui a mûri est capable d’y déployer un lyrisme
raffiné. Le talent de Maeterlinck s’exprime cependant mieux dans ses drames.

En 1889 toujours paraît La Princesse Maleine, drame en cinq actes loué par Octave Mirbeau
dans le Figaro au point que l’auteur devient immédiatement célèbre ;
Mirbeau va jusqu’à évoquer Shakespeare. La figure de Maleine est une des plus
charmantes peintes par Mirbeau ; elle est une victime touchante que ne
parvient pas à sauver son impuissant bien que révolté amant Hjalmar, sur fond
de guerres entre rois et de meurtres. On retrouve le thème cher à Maeterlinck
de l’amour mêlé à la mort. La nature tient son rôle et semble contribuer à
provoquer la tragédie.

Au théâtre, il devient le plus important interprète
du symbolisme avec ses drames L’Intruse
(1890) principalement et Pelléas et
Mélisande
. Le premier met en scène la Mort, qui est « l’intruse »,
en un seul acte. Une femme malade se meurt ; dans la pièce d’à côté, les
membres de sa famille prononcent d’obscures paroles. Seul le vieux père aveugle
voit la Mort s’avancer. De multiples signes sont discernables relevant des
topoï du symbolisme : une lampe qui s’éteint, l’effroi des cygnes, un
jardinier fauchant de l’herbe à la nuit tombée. Mais le symbole est plus
manifeste encore dans Les Aveugles,
pièce publiée la même année, qui met en scène douze aveugles dont l’angoisse
croît jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent que leur guide (la Foi) est mort alors
qu’un grand danger les guette.

Dans Pelléas
et Mélisande
, en 1893, c’est une
simple bague qui déclenche le drame entre le prince Golaud et son demi-frère
Pelléas qui convoitent Mélisande. Leur histoire fait écho à celles de Roméo et
Juliette, ou avant eux de Tristan et Yseult. À nouveau, l’amour est condamné à
fusionner avec la mort – comme dans Alladine
et Palomides
en 1894. Claude Debussy dont l’œuvre est représentée pour la
première fois en 1902 étoffe les fantômes de la pièce et dramatise l’action au
gré de silences qu’il revendique comme agents d’expression.

En 1895 est représentée Intérieur, pièce en un acte qui rappelle L’Intruse. La nouvelle de la mort d’une fille doit parvenir à une
famille qu’on aperçoit à travers un mur et trois fenêtres, tandis qu’un
vieillard et un étranger hésitent devant la maison, échangent des propos lents
et pleins de retenue. Le dispositif est ainsi très simple, et gagne en
efficacité.

À partir de 1896, les œuvres de Maurice Maeterlinck
concernent plus particulièrement la destinée humaine. Dans son essai Le Trésor des humbles, cette année-là,
l’auteur annonce clairement ses influences en y incluant des préfaces de
Ruysbroek, Novalis, Emerson, qui lui inspirent un certain pessimisme. Pour
Maeterlinck, le positivisme est décadent et il annonce une période spirituelle.
L’âme, qui assure dès la vie terrestre un accès à l’infini, constitue ce « trésor
des humbles » qu’annonce le titre. Mais l’homme moderne a oublié ce Moi
transcendantal selon l’essayiste, qui se situe donc aux côtés de Claudel,
contre Bergson ; il défend un moi plus profond que la raison pure, selon
une mode alors vive à l’époque et dont il se fait l’écho.

Dans La Vie
des abeilles
(1901), Maeterlinck cherche des réponses à ses questions dans
la nature, au travers de l’apiculture qu’il pratique. Ayant attentivement
étudié l’activité de la ruche, l’auteur nous fait suivre le destin d’un essaim,
jugé plein d’abnégation, de foi et d’espérance. Il s’interroge sur l’âme de la
ruche, le langage de ses habitantes, l’évolution du comportement des abeilles
au cours de leur histoire, cherchant des leçons et dressant des parallèles avec
la destinée des hommes. Avec une expérience personnelle moindre, Maeterlinck
tentera le même examen vingt-cinq plus tard dans La Vie des termites (1926), et il complète le triptyque avec La Vie des fourmis en 1930 – êtres qu’il
jugeait jusqu’alors antipathiques –, où son propos se fait à nouveau
anthropomorphique, où la fourmilière est comparée au corps d’un homme, fait de
milliers de cellules, plutôt qu’à une société, regroupé autour d’un estomac
collectif permis par le principe de la régurgitation. Dans les trois ouvrages
apparaît une loi de l’espèce, procédant d’un relativisme fataliste.

L’Oiseau
bleu
, œuvre représentée à Moscou
dès 1908, est une féerie en six actes et douze tableaux dont les héros sont
Tyltyl et Mytyl, deux enfants pauvres qui, la veille de Noël, ont pour seul
plaisir la contemplation d’une fête donnée dans un palais voisin. Une fée leur
apparaît en rêve et les lance à la quête de l’Oiseau Bleu, messager du bonheur,
au cours de laquelle ils sont aidés par un Diamant magique capable de révéler
les âmes. Il est ici clair que la deuxième manière de Maeterlinck est dominée
par l’optimisme, la confiance en la vie, l’apaisement face à la mort.

Georgette Leblanc, cantatrice qui interprète ses
drames avec passion, partage la vie de l’écrivain vingt ans, et ils reçoivent,
à la fin du XIXème siècle, des hommes de lettres qui comptent, comme Anatole
France, Mallarmé, Oscar Wilde, mais aussi d’autres artistes comme Camille
Saint-Saëns et Auguste Rodin. Maurice Maeterlinck reçoit le prix Nobel en 1911.
Il aura tenté de servir pendant la Seconde Guerre mondiale avant de retourner
étudier, notamment la métaphysique et l’occultisme, tandis que le second
conflit mondial le voit se réfugier aux États-Unis. Il meurt dans son palais
féerique, la villa Orlamonde, à Nice.

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