Pelléas et Mélisande

par

La quête symboliste

Pelléas et Mélisande est une pièce de théâtre en cinq actes lourdement marquée par les renvoissymboliques. En effet, les personnages s’expriment en termes peu clairs etbeaucoup de choses sont déduites et insinuées, sans jamais être dites. Dans untel silence, le symbole prend un rôle primordial pour la compréhension de lapièce. Les symboles renvoient à un sens au-delà du rationnel, un sens « qui se trouve au-delà de la raison etavant le sentiment » (Hermann Bahr, Àpropos de la critique de la modernité).

L’attention de l’observateur est orientée à de nombreusesoccasions vers les éléments symboliques placés çà et là dans la pièce. D’unepart, l’amour de la nature renvoie à une pureté du caractère et Mélisande, quia été trouvée en pleurs au milieu d’une forêt, est constamment émerveillée parla nature qui l’entoure. Aussitôt arrivée au château, elle montre sonappréciation de l’abondante verdure dont elle est entourée : « Et quelles forêts, quelles forêts toutautour des palais ! »  L’innocence apparentedu caractère de Mélisande s’ajoute à la beauté de la nature et nous faitl’apprécier encore plus. L’héroïne s’émerveille à chaque découverte de sonnouvel environnement : « Oh ! L’eauest claire… », « Je vais mecoucher sur le marbre. Je voudrais voir le fond de l’eau… ». Sa belle-mèreGeneviève, qui elle a vécu toute sa vie aux côtés de paysages si magnifiques,l’encourage d’ailleurs à se laisser éblouir par ces éléments naturels : « Regardez de l’autre côté, vous aurezla clarté de la mer ». La nature devient également le cadre propice àl’évolution de l’attachement émotionnel entre les personnages.

« PELLÉAS : Pourquoi me regardes-tu si gravement ? – Nous sommes déjàdans l’ombre. – Il fait trop noir sous cet arbre. Viens dans la lumière. Nousne pouvons pas voir combien nous sommes heureux. Viens, viens ; il nous restesi peu de temps…

MÉLISANDE : Non, non ; restons ici… Je suis plus près de toi dansl’obscurité… »

Mais encore, la symbolique est forte dans les éléments propresaux personnages et à leurs actions. Par exemple, Mélisande est trouvée dans uneforêt, c’est à cet endroit même que Golaud tombe amoureux d’elle et renonce àses plans d’épouser la princesse Ursule. Or la forêt est typiquement un lieusacré au théâtre, lieu d’ombres où les rencontres, peu probables, revêtent unsens particulier. Ensuite, la couronne et l’alliance symbolisentl’emprisonnement de Mélisande. Elle est prisonnière de son mariage avec Golaudet de la condition royale qu’il entraîne à sa suite.

Par ailleurs, c’est dans l’eau – une eau qui symbolise lapurification et la régénérescence – que Mélisande perd son alliance.Maeterlinck nous fait encore voyager plus loin en nous faisant explorer unegrotte lorsque Pelléas, Golaud et Mélisande se mettent à la recherche de labague de la jeune femme. On voit donc que l’auteur accorde une importancecapitale à la nature et au rôle qu’elle joue dans la pièce. En plus de cela,Pelléas s’exprime en faisant des analogies aux éléments naturels lorsqu’il faitréférence à Mélisande, par exemple : «Ta voix ! ta voix… elle est plus fraîche et plus franche que l’eau !» ou encore : « PELLÉAS :Oh ! comme tu dis cela !… On dirait que ta voix a passé sur la mer du printemps!… je ne l’ai jamais entendue jusqu’ici… on dirait qu’il a plu sur mon cœur ! Tudis cela si franchement !… Comme un ange qu’on interroge !… Je ne puis pasle croire, Mélisande !… Pourquoi m’aimerais-tu ? – Mais pourquoi m’aimes-tu? »

Cette assimilation de Mélisande à la beauté de la natureet l’amour qu’elle lui témoigne semblent indiquer que Mélisande est unecréature de la nature, ôtée à son monde par Golaud et faite prisonnière d’unmariage malheureux. Le fait qu’on n’ait aucune connaissance du passé de Mélisanderenforce grandement cette impression. 

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