Pleine lune

par

Résumé

L’action se déroule dans une petite villed’Andalousie à la fin des années 1990. Dans l’hiver froid et humide, unefillette de neuf ans a été tuée, son assassin est introuvable. Le crime odieuxà connotation sexuelle indigne les habitants et la peur s’installe. Uninspecteur de police, dont le lecteur ne connaîtra pas le nom, est sur lapiste. Cet homme est un quinquagénaire, fils d’un activiste gauchiste, placé danssa jeunesse dans un pensionnat tenu par des jésuites précisément dans cetteville andalouse. Son parcours personnel l’a éloigné de la sphèrepaternelle : il a d’abord été indicateur de police, puis est devenupolicier lui-même. Affecté dans la ville de Bilbao, dans le Nord de l’Espagneet en plein Pays basque, il a vécu les années de peur imposées par leterrorisme de l’organisation séparatiste ETA, qui l’avait, comme tous lespoliciers espagnols, condamné à mort. Durant des années, chaque matin, il aquitté son domicile sans savoir s’il rentrerait le soir, menacé par les bombesdissimulées sous sa voiture ou le pistolet d’un assassin. Sa femme n’a pasrésisté : ces années d’angoisse ont détruit ses nerfs et elle estmaintenant enfermée dans une clinique, en proie à une profonde dépression.Quant à l’inspecteur, ses propres peurs l’ont poussé vers l’alcoolisme, et cen’est que récemment qu’il est parvenu à sortir de cette dépendance mortelle.

L’inspecteur, lors de son enquête, cherche etcroise témoins et parents de la petite victime, nommée Fatima. L’enfant étaitsortie acheter quelques fournitures scolaires quand elle a disparu. Soninstitutrice, Susana Grey, se sent coupable d’avoir, ce jour-là, donné à lafillette ce devoir qui l’a poussée à sortir de chez elle, descendre dans la rueet disparaître à jamais. Cette culpabilité la pousse à aider l’inspecteur.Bientôt, des liens autres que professionnels se tissent entre la trentenaire etle policier meurtri. Ils entament une liaison à la fois tendre et physiquementintense, qui permet à l’homme de s’ouvrir peu à peu et de moins s’isoler derrièresa carapace. Ils se voient dans un hôtel-restaurant proche de la ville, et cesdeux êtres blessés prennent soin l’un de l’autre.

L’inspecteur retrouve aussi un prêtre, le pèreOrduña, qui fut l’un de ses maîtres quand il était pensionnaire chez lesjésuites. L’ancien prêtre ouvrier le pousse à partir en quête de qui il estréellement, sous ce manteau de froideur et d’apparente indifférence au monde,et l’invite à chercher le regard de l’assassin : quand l’âme est mauvaise,le mal se lit dans les yeux de l’homme. Alors l’inspecteur scrute les regards, tentede reconnaître le meurtrier de Fatima. Il sait beaucoup de lui, car l’individua laissé de nombreuses traces sur le lieu de son crime. Mais cela ne sert àrien pour le moment, car il est visiblement inconnu des services de police. Etles semaines passent dans l’hiver andalou.

L’assassin, lui, observe et savoure. On neconnaît pas son nom, mais le lecteur voit une partie de l’action à travers sonregard, et le découvre ainsi peu à peu. C’est un jeune homme, âgé d’à peineplus de vingt ans. Il vit avec ses vieux parents, qu’il hait du plus profond delui-même. Il méprise leur manies de vieillards, leur sottise, leurs manièrespaysannes. Il travaille sur le marché où il est poissonnier. Ses mainsrouges aux ongles cassés servent les clientes – dont Susana Grey – à longueurde journée, et il déteste cela. Il porte en permanence le parfum écœurant despoissons morts, qui contamine tout ce qu’il touche. Le reste du temps, ilfréquente les bars à prostituées, serré dans un jean ajusté, un couteau à crand’arrêt dans la poche : il aime caresser cet objet symbolique dont lapossession compense une impuissance sexuelle qu’il ne veut s’avouer. L’assassinjouit de sa puissance secrète : ah, si les autres savaient ! S’ilssavaient qui il est, quel être puissant se cache parmi eux !

C’est après deux mois qu’il frappe ànouveau : il enlève et violente Paula, une enfant de onze ans. Il l’amènesur les lieux de son premier forfait, lui inflige les mêmes souffrances qu’àFatima, et la laisse pour morte. Cependant, la fillette survit. Elle estretrouvée, et l’attaque dont elle a été victime est tenue secrète : ni latélévision ni les journaux n’en font mention.

L’assassin tombe dans le piège : au boutde quelque temps, il retourne sur le lieu du crime où, patiemment, dans la nuitglaciale, l’inspecteur l’a attendu, nuit après nuit. Et ce dernierl’arrête un jeune homme veule et servile au physique fort, au visaged’ange et au regard vierge de toute culpabilité. Ce faisant, l’inspecteuréprouve une profonde satisfaction, comme il n’en avait pas ressenti depuis desannées. Il est à l’orée d’une nouvelle vie : ses collègues et subordonnésportent sur lui un nouveau regard, empreint de respect et d’estime.

Susana Grey va partir pour Madrid, mais leurséparation ne marque que la fin naturelle de leur liaison. La femme del’inspecteur va quitter la clinique, c’est la fin de l’hiver. C’est à ce momentprécis, quand Susana Grey et l’inspecteur se disent adieu, que l’ETA, qui n’apas oublié le policier de Bilbao, frappe : un assassin attend l’inspecteuret vide le chargeur de son arme sur lui. Les coups de feu blessentl’inspecteur, qui échappe d’un cheveu au pire : « Je ne suis pasmort », semble-t-il dire au lecteur avant de s’évanouir.

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