Pleine lune

par

Structure du récit

Afin de mener à bien le suspens de ce roman, pour que lelecteur se laisse emmener à la poursuite du tueur, Muñoz place trèsminutieusement tous les éléments nécessaires à la compréhension de son roman. Àla manière d’un puzzle, diverses pièces nous sont d’abord présentées avantd’être assemblées petit à petit les unes aux autres et que nous soit dévoiléeenfin la tournure de ce récit morcelé.

 

1. Mise en place dususpens

 

Afin de plonger son lecteur dans une ambiance de plus enplus sombre, l’auteur s’applique à construire un décor très détaillé et à nousprésenter aussi précisément que possible les personnages de son livre. Tous ontleur caractère, leurs faiblesses et leur passé. Mais tous ces détails ne noussont livrés que petit à petit ; comme avec de véritables individus, nous découvronsleurs personnalités en les suivant, en les côtoyant page après page. Pour nousprésenter les divers protagonistes, l’auteur a choisi de toujours dédier unchapitre entier à chacun d’eux, où le lecteur adopte le point de vue spécifiquedu personnage qu’il suit. C’est ainsi que nous découvrons successivementl’inspecteur, Ferreras et Susana Grey. En revanche, ce n’est que bien plus tardqu’il nous plonge dans la tête du tueur. En effet, afin de ménager le suspens,il ne nous présente d’abord le coupable qu’au travers du regard des autres.Nous connaissons donc les hypothèses qui sont élaborées à son sujet, sesactions, mais il nous manque le raisonnement final, le pourquoi de tels actes.

On constate donc que l’auteur suit une sorte de gradationdans les informations qu’il livre : le lecteur a un aperçu d’ensemble desévénements avant de réellement plonger dans la tête du tueur. Mais la mise enplace du suspens ne se limite pas à cela : l’auteur joue véritablementavec nous, faisant se frôler de près l’inspecteur et le meurtrier, sansqu’aucun ne se sache si proche de l’autre : « Tout est aussi aisé, aussi docile que le corps de la fille qui marche àcôté de lui. […] S’il le voulait, il pourrait passer devant la porte même ducommissariat, et dire bonsoir à l’agent ». Tous deux évoluent dans lamême ville, et le meurtrier n’est autre qu’un personnage connu, appartenant auquotidien de la plupart des habitants de la ville puisqu’il s’occupe de vendredu poisson au marché. Le lecteur doit donc assister impuissant à des scènes oùil fréquente une multitude d’individus à sa recherche, sans jamais êtreinquiété. Devant tant de culot, le suspens augmente considérablement : cethomme finira-t-il par être arrêté ou s’en sortira-t-il ?

La résolution de l’enquête n’arrive finalement que dans lestout derniers chapitres et même alors, le sort du criminel nous sembleincertain : se limitant à dix ans de prison seulement, chacun despersonnages sait qu’il récidivera une fois libre. Cette « happy end »tronquée n’a pas pour vocation de satisfaire le lecteur mais seulement depermettre un ultime rebondissement, achèvement haut en couleur de ce roman delongue haleine. En effet, si le lecteur apprend au début du livre quel’inspecteur est menacé de mort, cette information est vite noyée par l’enquêteprincipale. C’est ainsi que quand l’histoire semble être enfin résolue et lesprotagonistes hors de danger, ce dernier élément resurgit et l’inspecteur estviolemment attaqué, laissé plus mort que vif sur un trottoir. C’est sur cettedernière note de suspens que s’achève l’histoire, et le lecteur ne peutqu’espérer que son héros s’en sorte : « Je ne suis pas mort dit-il, […] Je ne suis pas mort , avant des’évanouir dans les bras de Susana Grey, furieusement accroché à elle de sesdeux mains, se perdant dans un rêve fiévreux de sang éclaboussé et de sirènesd’ambulances. »

 

2. Rencontre despersonnages

 

Comme explicité précédemment, l’auteur a choisi deconstruire son roman en ne présentant ses personnages que tour à tour via deschapitres dédiés. Ces personnages que nous apprenons à connaître sont tous trèsdifférents, ont peu ou rien en commun et rien ne semble les lier. Cetteprésentation parallèle participe à l’ambiance et au suspens.

Nous faisons tout d’abord la connaissance de l’inspecteur,déjà en quête du meurtrier de Fatima, scrutant le regard des passants, jour etnuit, à la recherche de celui qui lui fera sentir que c’est le bon, que c’estlui l’assassin. Puis c’est au tour du père Orduña de nous être présenté, donton ne comprend que plus tard l’importance dans la vie de l’inspecteur. Cethomme de religion sait conseiller et aider l’inspecteur tout au long de sonenquête, lui ouvrant un champ de vison plus large et lui prêtant une oreilleattentive. Susana est le troisième personnage important de ce roman :jeune célibataire, contrairement au père Orduña elle représente le futur duhéros principal. Elle l’aide à avancer, à évoluer et enfin à retourner parmi leshommes et non plus à passer sa vie tel un mort. Quant au dernier personnage, cen’est autre que le meurtrier à travers lequel nous vivons les meurtres. Il valui aussi croiser la vie de l’inspecteur et la marquer à sa manière.

Chacun des personnages est finalement étroitement lié aupersonnage principal : l’inspecteur. Mais leur importance ne nous apparaîtqu’au fur et à mesure qu’avance le récit et que leur destin se croise et serecroise. C’est par cette ingénieuse structure qu’Antonio Muñoz Molina tisse satoile et emprisonne son lecteur dans une spirale d’horreur.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Structure du récit >