Quand j'avais cinq ans je m'ai tué

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Howard Buten

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres

 

1950 : Howard Buten naît à Détroit dans le Michigan aux États-Unis. Il étudie à l’université
du Michigan et rêve, en bon bourgeois dira-t-il, d’une vie bohême quand il
entend dire que le cirque Barnum
recrute pour son premier collège de
clowns
. Il choisit cette voie après avoir hésité un temps à aller étudier
en Chine auprès d’un maître taoïste. Il y apprend toutes les techniques et
compétences de clown : jonglage, monocycle, acrobatie, gags, gestion des
feux d’artifice, construction d’accessoires, etc., mais aussi l’histoire des
clowns. Il est cependant recalé à l’audition de fin d’année ; on le trouve
« trop triste et subtil ». Il est ensuite engagé deux années dans un cirque ambulant.

1973 : Inspiré
par le célèbre clown suisse Grock
(1880-1859), Howard Buten crée le personnage
de Buffo
, son alter ego scénique, un clown musicien. Son crédo est
« de ne jamais créer un nouveau spectacle, mais […] de perfectionner à l’infini un seul numéro
qui évolue au fil des années ». Sur scène Buffo est entouré d’instruments – violons, violoncelles,
ukulélé, batterie, maracas, piano –, d’objets du quotidien dit
« récalcitrants », ainsi que d’une marionnette de ventriloquie.
Pendant les années 1970, Buffo donne un millier de représentations dans
trente-et-un des cinquante États américains.

1981 : Quand
j’avais cinq ans je m’ai tué
, d’abord paru sous le titre Burt en anglais, a rencontré un très grand succès en France, même si l’ouvrage
est largement méconnu aux États-Unis. Gilbert,
le narrateur, est un enfant de huit ans
se trouvant dans un hôpital pour
avoir agressé son amie Jessica. On lui diagnostique des « troubles du
comportement avec symptômes schizoïdes ». Jusqu’à la fin de l’œuvre, le
lecteur ne sait pas que tout est parti de jeux amoureux d’enfants surpris par
la mère de Jessica. La narration, qui est le fait de Gilbert, et qui permet d’entrer
en empathie avec lui, agit comme une dénonciation des préjugés des adultes, qui conçoivent l’amour de l’enfant comme un
attentat. Le langage enfantin, respectant peu la syntaxe, donne lieu à des trouvailles poétiques et autres drôleries.

1984 : Le
Cœur sous le rouleau compresseur
est une suite du précédent roman de
Buten. On y retrouve Gilbert et Jessica dix ans plus tard. Le jeune homme va
pouvoir confronter son rêve d’un amour absolu et maudit avec la réalité. En
effet, les deux jeunes gens se marient mais devront se séparer. L’histoire est
tissée des souvenirs des années passées. Gilbert devient en outre psychiatre dans la clinique où il avait
été interné une année durant.

1987 : Dans Monsieur
Butterfly
, Howard Buten met en scène Hoover Sears, un alter ego clown et doué pour communiquer avec les
enfants différents. Il adopte quatre d’entre eux : Mickey, un handicapé
mental qui se masturbe compulsivement ; Ralph, un trisomique ;
Harold, un enfant maltraité par son père qui ne sait plus que dire « va te
faire foutre » ; et Tina, atteinte d’une malformation aux pieds.
Buten parle ainsi dans cette œuvre de choses dont on se détourne d’ordinaire ou
qu’on couvre d’un voile pudique, d’où une atmosphère étrange et dérangeante.

Si la carrière de clown d’Howard Buten s’esquisse en France en 1984 avec
quatorze représentations au Théâtre Daniel Sorano de Vincennes, elle ne démarre
vraiment qu’en 1987 après une période de sommeil, d’abord au Théâtre le
Tintamarre puis au Théâtre le Ranelagh qui vient d’ouvrir. Il se produira aussi
dans plusieurs grandes villes européennes, d’abord en Suisse et en Belgique, puis
plus tard dans toute l’Europe et même en Afrique. Sa carrière reste cependant
principalement française, et il montera notamment sur les scènes de l’Olympia
(1992), du Cirque d’hiver et du Théâtre du Rond-Point. Il participera également
au off d’Avignon et au Printemps de Bourges. En 1998, Howard Buten sera
récompensé du Molière du meilleur
one-man-show.

1989 : Il
faudra bien te couvrir…
est le roman loufoque d’une amitié entre deux
personnages assez rêveurs qui pensent que rien n’est impossible : Léon, un
chercheur, et un nain aux prises avec plusieurs addictions. On retrouve dans
cette œuvre le sens de l’humour
particulier et la fantaisie d’Howard
Buten, ainsi que son regard attentif aux marges.

1991 : Dans Histoire
de Rofo, clown
, Howard Buten met en scène un héro né clown, tout
sourire et avec un chapeau à fleur sur la tête. On suivra ses aventures au gré
d’une histoire qui ressemble à un conte
de fées pour adultes
, mais qui sous couvert de fantaisie dévoile une
critique de la société et de ses institutions. L’imagination de Buten semble
s’inscrire à la suite des œuvres de Boris Vian et de Raymond Queneau. Cette
année-là, Howard Buten est fait chevalier des Arts et des Lettres.

1994 : C’était
mieux avant
est un recueil de
nouvelles
articulées autour des retrouvailles d’une bande d’amis à Détroit. Chacune des onze histoires est
centrée sur un personnage. Il est question de souvenirs du lycée, du parcours
de chacun, du constat du déclin de la
ville
et de la découverte, enfant, du racisme.

1995 : Dans Ces
enfants qui ne viennent pas d’une autre planète : les autistes
Howard
Buten place le lecteur dans les chaussures d’un enfant qui arrivant dans un
hôpital de jour découvre que d’autres enfants comme lui existent. Cet ouvrage
prônant la tolérance présente les
autistes comme des êtres certes différents, avec comme une culture et une
langue à eux, mais avec lesquels on peut communiquer, et qui ont quelque chose
à nous apprendre.

1996 : Howard
Buten crée le centre Adam Shelton,
un institut médico-éducatif (IME)
situé en banlieue parisienne dont il devient directeur de projet. Adam Shelton était le premier autiste que
Buten avait rencontré aux États-Unis en 1974. Écrivain et clown, Howard Buten
est en effet également un spécialiste des enfants autistes, titulaire d’un
doctorat de psychologie clinique.

2000 : Le
roman Quand est-ce qu’on arrive ? raconte l’histoire de Bot, une
jeune femme enchaînant les métiers et les hommes, et qui devient mère contre sa volonté. À nouveau dans
cette œuvre la frontière entre adulte et
enfant
est brouillée, et
l’auteur s’emploie à renverser les conventions.

2003 : Dans Il y
a quelqu’un là-dedans, des autismes
Howard Buten parle de ses
expériences auprès d’enfants autistes ou
psychotiques lourds
. Il y mêle des récits de cas et des anecdotes
personnelles avec des considérations théoriques, et montre comment une
communication enrichissante et des progrès peuvent venir récompenser l’investissement
de l’adulte auprès d’un enfant différent.

2005 : Howard
Buten revient dans Buffo sur la création de son personnage scénique, ses débuts
aux États-Unis, la transition vers la France, et offre un éclairage intime sur
ce clown étrange.
L’auteur a arrêté de se produire sur scène en 2011, à l’âge de soixante-et-un ans.

 

 

« Alors, mon papa m’a dit que tous les jours il y a des gens
qui deviennent morts et que personne sait pourquoi. C’est comme ça. C’est les
règles. Et puis, il est redescendu. Je suis resté assis sur mon lit, très
longtemps. Assis comme ça, longtemps, longtemps. J’avais quelque chose de cassé
à l’intérieur, je sentais ça dans mon ventre et je savais pas quoi faire. Alors,
je m’ai couché par terre. J’ai tendu le doigt avec lequel faut pas montrer et
je l’ai appuyé contre ma tête. Et puis j’ai fait poum avec mon pouce et je m’ai
tué. »

 

Howard Buten, Quand
j’avais cinq ans je m’ai tué
, 1981

 

« Être différent, c’est pas forcément être malheureux. »

 

Howard Buten, Ces
enfants qui ne viennent pas d’une autre planète : les autistes
, 1995

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