Ravage

par

L’actualité de l’œuvre

Comme nous l’avons vuplus haut, Barjavel s’inspire d’une société contemporaine qu’il considère commedépendante de l’énergie électrique. Or, bien que parue en 1943 pour la premièrefois, les thèmes qu’il explore sont encore d’actualité aujourd’hui, peut-êtremême peut-on y ajouter une dimension que l’auteur n’avait alors pas envisagée.Parue en pleine Seconde Guerre mondiale, l’œuvre renvoie un écho puissant auxévénements en cours, en montrant que finalement, le progrès auquel sont arrivésles hommes ne parvient qu’à les faire s’entretuer. L’ennui de la sociétéfuturiste dans lequel s’embourbent les Parisiens, qui en oublient l’essentiel,la vie et sa réalité, va de pair avec l’apparition des prémices de la sociétéde consommation d’avant-guerre et l’industrialisation de la France. Perdus dansde nouveaux moyens de consommer, de produire et de s’enrichir, les citoyens sevoient impuissants face à cette guerre qui les submerge et qui met en lumièreune nouvelle forme de « progrès » : de nouvelles armes encorejamais utilisées, de nouveaux modes de faire la guerre jusqu’alors inconnus…Ainsi, le progrès, d’abord assimilé au confort nouvellement acquis, cachenéanmoins une réalité beaucoup plus dangereuse et inhumaine, qui nuit auxhommes qui en sont à l’origine, qui l’ont désiré.

Le livre peutaujourd’hui, au début du XXIe siècle, trouver un second écho :en effet, plusieurs décennies après sa parution, nous pouvons voir que notredépendance aux ressources naturelles et que ce que nous nommons progrès n’ontjamais cessé de prendre plus de place dans la société. Bien que nous soyonssans cesse en quête de sources d’énergie plus proches de la terre, decarburants renouvelables, nous restons cloisonnés dans une dépendance àl’électricité, au nucléaire et au pétrole. Peut-être Barjavel, au moment del’écriture de son livre, se projetait-il déjà dans le futur, en nous incitant,dès 1943, à nous affranchir de ces sources d’énergie qui sont irrévocablementépuisables, et dans lesquelles l’homme continue de puiser inlassablement.Parallèlement, la technologie ne s’est jamais autant développée, et le monde enest venu à connaître, d’une certaine façon, l’équivalent des machines qu’imaginaitBarjavel dans Ravage, machines qui noientl’humain dans la dépendance, et le forcent à acquérir des compétences toujoursplus éloignées de sa nature, qui se calquent à la technologie – mouvement quipeut-être le déshumanise.

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