Ravage

par

Une société futuriste

La première partie durécit s’attache à décrire une société futuriste, un Paris de 2052 où latechnologie a atteint un si haut degré de perfection que l’homme se lasse mêmede l’existence. Chaque machine créée par l’homme est supposée le seconder, luirendre le quotidien plus agréable, plus confortable, construire autour de luiun univers idyllique. La capitale est présentée comme un modèle de technologie,une merveille du génie humain. Barjavel invente même un vocabulaire propre à cenouveau monde, qu’il emploie sereinement et sans se donner la peine de ledéfinir, comme si le monde avait adopté ces nouvelles techniques depuislongtemps et que celles-ci ne les surprenaient plus. Ainsi, « le longdes murs, derrière des parois transparentes, coulaient des rideaux d’eau sombreet glacée. Des vibreurs corpusculaires entretenaient dans la salle des parfumsalternés de la menthe et du citron. » La ville est ainsi devenue unlieu sain et agréable, par opposition au passé où l’on considérait que lacampagne était plus salubre qu’un milieu urbanisé. Ici, celui-ci est le lieu dela perfection et de la modernité, alors que le milieu rural est désormais banniet délaissé, considéré comme rétrograde et dangereux.

Cependant, les machinessont si perfectionnées, les structures technologiques tellement établies etchargées d’une tâche précise que l’homme, à qui est censé profiter ce progrès,n’en profite même plus. Il devient indifférent à tous les avantages que luiconfèrent les machines qu’il a lui-même mises au point, et vide complètement savie de ce qui en fait le plaisir. Impuissant et inutile, il s’enferme peu à peudans une lassitude totale, ne se souvenant plus de la définition du plaisir, del’amusement, et de la confiance seule en ses sens. Par exemple, les serveusesde bar deviennent presque indésirables par leur présence, car elles renvoienten miroir l’inutilité et la futilité de l’existence des hommes sur terre : « Juchéessur leurs hautes caisses vides, elles n’encaissaient plus rien. Elles neparlaient pas. Elles bougeaient peu. Elles n’avaient rien à faire. Ellesétaient présentes. » Ces femmes, qui animent d’ordinaire bars etrestaurants et en font souvent le cœur même de la vie, ne sont plus là qu’entant que statues figées et glacées.

Ainsi, cette sociétéfuturiste s’enlise dans le progrès qu’elle a elle-même mis en place. C’est cequi va la conduire à sa perte, puisqu’elle se laisse vivre, ou plutôt secontente d’exister, conditionnée par la suprématie de cette électricité vouée àla disparition. C’est pour cela que François demeure résolument antiprogressiste,supposant que la moindre tentative de retour vers un développementtechnologique tel qu’on l’a connu va replonger les hommes dans cette torpeurexcessive, cette maladie de l’existence.

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