Sans Famille

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Hector Malot

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1830 : Hector-Henri Malot, dit Hector Malot, naît à La Bouille, village du bord de la Seine près de Rouen. Son
père, notaire de profession, alors maire du village, deviendra quelques années
plus tard juge de paix. Seul enfant du couple formé par ses parents, il grandit
dans une fratrie recomposée faite d’orphelins de père ou
de mère qui lui inspireront sans doute les personnages aux familles tronquées
de ses romans. Son père est un homme distant, mais l’enfant est très proche de
sa mère, excellente conteuse. En 1839 le jeune Hector devient pensionnaire à Rouen. En 1842 il étudie au Collège Royal (devenu lycée Corneille),
où il rencontre le futur critique Jules Levallois qui devient un ami. Tous deux
se prennent de passion pour la littérature. Quelques années auparavant,
Flaubert et Bouilhet s’étaient trouvés ensemble dans le même établissement. En 1847 Malot entame ses humanités au lycée Henri-IV à Paris avant de commencer un cursus de droit. Il devient ensuite stagiaire
chez des notaires.

1853 : Hector Malot, contre l’avis de son père mais soutenu par sa mère, renonce
à la carrière juridique et se consacre à
la littérature
. Il s’installe à Paris
où il fréquente le café Tabourey où se réunissent des écrivains indépendants.
Via Louis Bouilhet qui s’est installé à la capitale en même temps que lui, il
rencontre Maxime Ducamp et Leconte de Lisle. Son premier article paraît dans Le Journal pour tous en 1855. Il collabore également à La Revue des Deux Mondes. Il se retire en
1857 chez ses parents à Moisselles, au nord de Paris, pour entamer l’écriture
de sa trilogie Les Victimes d’Amour.

1859 : La publication du premier tome, Les Amants, est un succès. Le
deuxième volume, Les Époux, ne paraîtra qu’en 1865. Hippolyte Taine et Zola
remarquent le jeune écrivain. À partir de là, Malot fait paraître un à deux
romans par an. Dès 1864, il s’est retiré dans un chalet qu’il s’est fait construire à Fontenay-sous-Bois, et où il mènera une vie de famille loin des
coteries et des mondanités. Il entretiendra peu de relations : avec les
directeurs des journaux Le Siècle et Le Temps où paraissent ses romans, avec
Jules Verne qui a aussi Hetzel comme éditeur, ou avec le peintre Jean-Paul
Laurens. Il conservera cependant un pied dans le siècle en se rendant
régulièrement à Paris et en publiant des chroniques
incisives
contre le gouvernement.

1869 : Le personnage éponyme de Romain Kalbris est un orphelin de
naissance placé chez un oncle brutal et avare qui se soucie peu que l’enfant
souffre de la faim. Romain nourrit un rêve : devenir marin. Épris de
liberté, il va s’échapper de chez son oncle, pour vivre des aventures plus
malheureuses encore, mais aussi quelques joies. On trouve dans cette œuvre,
dans le personnage de l’oncle, une résurgence du père de substitution de
l’auteur, ce capitaine au long cours qu’avait épousé sa mère en premières
noces. Les valeurs ici défendues par l’auteur sont l’amitié, le courage et la
ténacité.

1870 : Hector Malot entame un voyage
sur les routes de France puis en Suisse. Après la Commune, il soutient Jules Vallès, rencontré dès 1860, et
permettra la publication en feuilleton de L’Enfant dans le journal Le Siècle en 1878, alors que son auteur
est exilé en Angleterre. Malot a cependant des convictions républicaines plus modérées
que celles de Vallès.

1878 : Son plus célèbre roman, Sans famille, devenu un classique de la littérature enfantine, fait découvrir la vie itinérante à travers le parcours pathétique de Rémi, un
enfant trouvé vendu à Vitalis, une sorte
de vagabond saltimbanque, montreur d’animaux savants et musicien. C’est une
histoire particulièrement émouvante que raconte ici Malot. Il s’y adresse à un
lectorat à partir d’un jeune âge. Il y défend des valeurs d’amitié et invite
son lecteur au courage et à la ténacité. Ce roman d’initiation voit Rémi accomplir plusieurs métiers au
gré de ses pérégrinations : saltimbanque auprès de Vitalis, de ses trois
chiens savants et du singe Joli-Cœur, jardinier un temps, mais aussi mineur dans les Cévennes. Cet épisode
est l’occasion pour l’auteur de dénoncer
le travail des enfants et les
dangers inhérents à certains métiers. La leçon du roman est qu’une certaine force de caractère peut finalement
attirer la bienveillance du sort car tout se terminera bien pour l’enfant, qui
aura largement parcouru la France mais aussi rejoint l’Angleterre. La figure
tragique et paternelle de Vitalis se distingue particulièrement, et l’œuvre par
la force de ses personnages et de ses épisodes tragiques semble même acquérir
une dimension mythologique, qui a
assuré la pérennité de son succès.

1882 : La Petite Sœur est l’histoire d’un mariage désaccordé entre Angélique,
une simple ouvrière repriseuse, et un comte désargenté. C’est la tante de
celui-ci, dont il attend l’héritage, qui l’a forcé au mariage. De leur union
naîtra Geneviève, une enfant brillante
au cœur pur dont le lecteur suit les
aventures. C’est aussi l’histoire de la lutte d’Angélique contre son mari, la
jeune femme, parangon d’honnêteté et
de courage, devant toujours trouver
des expédients pour maintenir le ménage à flot.

1886 : Baccara est l’histoire d’un père de famille probe qui, en quête
d’une situation confortable pour marier sa fille convenablement, se retrouve
pris dans les manigances d’un couple sans foi qui lui propose de devenir
président d’un cercle de jeu qui servira de vitrine à leurs diverses
tricheries. C’est donc l’histoire des luttes
auxquelles doit se livrer la conscience
d’un homme.

1893 : En famille s’inscrit dans la droite ligne des récits d’enfants en quête de leurs origines.
Perrine, suite à la mort de ses
parents, rejoint son grand-père Vulfran Paindavoine à Maraucourt, près
d’Amiens, où ce riche industriel est à la tête d’une filature. Mais comme il
s’est toujours opposé au mariage de ses parents, elle ne se fait pas connaître
de lui et se fait engager comme simple ouvrière. Son esprit d’initiative et sa détermination la font remarquer du
vieil homme qui, devenu aveugle, se l’adjoint comme secrétaire personnelle. La
jeune femme va peu à peu conquérir son affection et la reconnaissance se faire.
Paindavoine pourra même retrouver les traits de son fils regretté dans le
visage de sa petite-fille une fois sa cataracte opérée. Malot s’intéresse dans
ce roman à la question sociale qui
travaillait les écrivains d’alors, et se fait le chantre d’une forme de paternalisme
par les mesures qu’il prône pour améliorer le sort des ouvriers. L’œuvre est en
effet grevée par un lourd moralisme
à travers l’action de Perrine qui incite son grand-père au repentir et lui fait
adopter certaines mesures sociales.

1895 : Malot publie sa dernière œuvre, Roman de mes romans ; le titre
indique assez qu’il s’agit d’une autobiographie
littéraire
.

1907 : Hector Malot meurt à soixante-dix-sept ans à
Fontenay-sous-Bois. Il était frappé de paralysie depuis 1905.

 

Éléments sur l’œuvre
d’Hector Malot

 

Si Hector Malot a exprimé ses idées dans les
articles de journaux qu’il écrivait, il n’a pas manqué de les aborder dans ses
œuvres de fiction, une soixantaine en tout. Ainsi a-t-il défendu une amélioration des conditions de travail, notamment pour les enfants, la révision de la loi
sur l’internement en hôpital psychiatrique
, la reconnaissance des droits de l’enfant naturel, ou encore
le rétablissement du divorce.

Romancier réaliste
– il se réclame de Stendhal dans Le Roman
de mes romans
–, Malot privilégie cependant l’illustration des bons sentiments dans ses œuvres, où se
rencontrent surtout des types. Il
s’attache néanmoins à retranscrire fidèlement les milieux où s’insèrent ou que
traversent ses personnages.

 

 

« Tu as le cœur gros, continua Vitalis, je comprends cela et
ne t’en veux pas. Tu peux pleurer librement si tu en as envie. Seulement tâche
de sentir que ce n’est pas pour ton malheur que je t’emmène. Que serais-tu
devenu ? Tu aurais été très probablement à l’hospice. Les gens qui t’ont
élevé ne sont pas tes père et mère. Ta maman, comme tu dis, a été bonne pour
toi et tu l’aimes, tu es désolé de la quitter, tout cela est bien ; mais
fais réflexion qu’elle n’aurait pas pu te garder malgré son mari. Ce mari, de
son côté, n’est peut-être pas aussi dur que tu crois. Il n’a pas de quoi
vivre ; il est estropié ; il ne peut plus travailler, et il calcule
qu’il ne peut pas se laisser mourir de faim pour te nourrir. Comprends
aujourd’hui, mon garçon, que la vie est trop souvent une bataille dans laquelle
on ne fait pas ce qu’on veut. »

 

« Ah ! que le langage
des lèvres est peu de chose comparé à celui des yeux ! que les mots sont froids
et vides comparés aux regards ! »

 

Hector Malot, Sans famille, 1878

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Hector Malot >