Souvenirs pieux

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Résumé

Les souvenirs pieux ne font plus guère partie de nos coutumes occidentales. Autrefois, le décès d'un être cher ne se concevait pas sans cette commémoration de papier, ce petit carton illustré d'une image pieuse et édifiante illustrant quelques citations extraites de la Bible, l'ensemble étant destiné à honorer la mémoire du récent défunt. Et plus tard, quand la poussière de l'oubli se sera amoncelée sur la mémoire du disparu, le souvenir pieux le rappelait discrètement au souvenir des vivants.

Le personnage central du livre n'est pas Marguerite Yourcenar elle-même mais sa mère, Fernande. La première partie de l'ouvrage, « L'accouchement », lui est consacrée. La vie de Marguerite Yourcenar commence de la pire façon qui soit puisque sa mère meurt quelques jours après sa naissance minutieusement décrite, des suites d'une fièvre puerpérale. C'est ce rendez-vous manqué que décrit froidement l'auteure, dans un style dont la rigueur classique et la précision ne peuvent masquer la douleur qui persiste, la douleur du manque de cette mère dont le nourrisson qu'elle était ne garde, forcément, aucun souvenir. Tout ce qui lui reste d'elle à ce moment, c'est une photographie de la malheureuse sur son lit d'agonie, quelques mèches de cheveux et le relevé fait par son père, Michel, de la fièvre de sa femme. C'est la mort convenable et pourtant cruelle qui est décrite ici, convenable car ouatée par le décorum de la haute bourgeoisie dont est issue Marguerite Yourcenar. À chaque douleur correspond une attitude, à chaque souffrance un code, à chaque perte une convenable cérémonie.

Le lecteur fait la connaissance de ce couple quelque peu excentrique pour son époque et son...

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Dissertation à propos de Souvenirs pieux