Souvenirs pieux

par

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Marguerite Yourcenar

Marguerite Yourcenar est le
pseudonyme de Marguerite de Crayencour, écrivaine française née à Bruxelles en
1903 et morte à Bar Harbor (Maine, États-Unis) en 1987 ; elle a été
naturalisée américaine en 1947.

Sa mère meurt quelques jours
après sa naissance. Son père, en rupture avec les traditions bourgeoises, lui
garantit une excellente éducation privée, l’encourage dans l’apprentissage des
langues anciennes et de la littérature. Avec lui, elle voyage en Italie, en
Suisse, en Grèce, et malgré son éducation non traditionnelle, elle obtient son
baccalauréat à seize ans.

Dès son adolescence, elle
pense à écrire sur l’empereur Hadrien et le médecin Zénon, alors compagnons
imaginaires ; ainsi les œuvres de Marguerite Yourcenar sont-elles
longuement muries. Une de ses particularités est d’avoir proposé des rééditions
de ses œuvres où d’importants changements étaient opérés. Thèmes et style, pour
elle, doivent toujours être approfondis, fortifiés.

Ses premiers écrits, Alexis ou le Traité du vain combat (1929)
et La Nouvelle Eurydice (1931), sont
inspirés des récits de Gide. Son premier roman, Alexis, bref récit, est une lettre d’Alexis de Gera, désireux de
retrouver sa liberté, à sa femme Monique qui vient d’avoir un enfant mais qu’il
va quitter. Son enfance parmi les femmes est retracée, puis plus tard dans sa
vie le sentiment de son péché, la conviction d’être vicieux, d’avoir une
anomalie, en raison de ses aventures avec des hommes qu’il compte maladivement,
avant sa rencontre avec Monique, riche héritière, qui sera sujette aux
injustices que l’amertume profonde d’Alexis lui fait commettre. Les raisons de
son départ sont suffisamment voilées dans sa lettre pour qu’une lecture naïve
ne les détecte pas.

Marguerite Yourcenar a
publié plusieurs essais dont Pindare
(1932), étude biographique du poète antique. En 1938, elle publie le recueil
des Nouvelles orientales, regroupant
des écrits précédemment publiés dans des revues littéraires auxquels elle
apporte quelques corrections ; l’auteure s’est inspirée de légendes,
d’apologues du pourtour méditerranéen et d’Extrême-Orient. Entre rêve et mythes,
il y est question de désirs et de passions brutales. Le Lait de la mort, par exemple, évoque trois frères dont l’aîné
souhaite que sa femme soit choisie pour parfaire la construction d’une tour
dont les villageois disent que la solidité nécessite l’enterrement d’une
personne sous ses fondations. C’est parce qu’il ne l’aime pas et qu’il veut se
remarier que l’homme émet un tel vœu. On retrouve donc le thème du désir
coupable comme dans Alexis.

On peut considérer Le Coup de grâce (1939) comme l’œuvre
majeure de la première période de l’auteure. Eric von Lhomond, un aventurer blessé
lors de la guerre d’Espagne, y raconte son histoire. Il est d’origine
prussienne et balte. Sophie s’en amourache, ne comprenant pas qu’il préfère les
hommes, jusqu’à ce qu’elle le soupçonne d’entretenir une relation avec son
frère, Conrad de Reval. Mais à nouveau, tout cela ne transparaît pas clairement
dans le récit, on le devine à travers la tendresse d’Eric pour Conrad, et le
dégoût que Sophie – qu’il va même finir par abattre alors qu’elle fait partie
d’un groupe de prisonniers de l’armée rouge – lui inspire. Le style pur,
précis, souligne la cruauté froide du héros. L’aventurier restera aux prises
avec ses remords. Alors que paraît ce roman, Yourcenar a déjà achevé une
première version des Mémoires d’Hadrien.

Après l’invasion de la
France par les Allemands, Yourcenar devient professeure aux États-Unis dans
deux collèges. En 1950, elle emménage dans l’Île des Monts déserts, au nord des
États-Unis, sur la côte atlantique, dont elle s’absentera avec une fréquence de
plus en plus réduite. Elle y vit avec son amie Grace Frick, professeure de
littérature britannique rencontrée à Paris en 1937.

Les Mémoires d’Hadrien, en 1951, démarrent sa seconde période
littéraire ; le succès de l’œuvre est immédiat, et l’on s’étonne qu’une
œuvre humaniste reposant sur une somme énorme de connaissances puisse
rencontrer autant de ferveur à travers le monde. L’empereur romain, dans les
derniers jours de sa vie, en l’an 138 ap. J.-C., rédige une longue épître à son
petit-fils adoptif, son successeur Marc-Aurèle. Le grand homme, complexe, à
l’intelligence fine, à la lucidité remarquable, retrace les épisodes de son
existence, de ses combats aux côtés de l’empereur Trajan, l’expédition d’Asie
de l’Empire romain, en passant par l’abandon de conquêtes incertaines par
Hadrien une fois empereur, sa consolidation de l’Empire, son amitié pour
Plotine, femme de Trajan, jusqu’à sa passion tragique pour le jeune éphèbe
Antinoüs. L’évocation historique frappe par son réalisme et sa vivacité, et se
pare d’une beauté poétique de tous les instants. L’auteure aura, pour y
parvenir, visité les lieux où vécut l’empereur. Dans son carnet de notes,
l’auteure parle d’une « magie sympathique qui consiste à se transporter en
pensée à l’intérieur de quelqu’un ». L’œuvre est parcourue de réflexions
sur l’amour, la mort, les êtres humains, le pouvoir, dans un style sobre,
élégant et dense, typique de l’écrivaine.

En 1968 paraît L’Œuvre au noir, deuxième roman
historique de l’auteure, située cette fois pendant la Renaissance, qui assied
la renommée de Yourcenar. Cette fois, c’est Zénon Ligre, clerc, philosophe,
médecin et alchimiste, homme de la Renaissance, expérimentateur, qui pose un
regard lucide sur son époque, où obscurantisme et peine de mort guettent tout
personnage trop moderne.

Notons que l’auteure a aussi
publié des pièces de théâtre, divers essais historiques et littéraires, et des
traductions, entre autres du poète grec Cavafy. Les Souvenirs pieux, en 1974, constituent le premier tome de la
trilogie autobiographique du Labyrinthe
du monde
, suivi d’Archives du Nord (1977)
et de Quoi ? L’éternité (1981).
Une grande partie y est consacrée par l’écrivaine à sa famille. L’année du
dernier tome, Yourcenar publie également Mishima
ou la Vision du vide
, étude critique de l’écrivain japonais où, à nouveau,
elle parvient à retranscrire la psychologie d’un grand homme dont, entre
faiblesses et courage, elle met en lumière les désastres intérieurs.

Une année plus tôt,
Marguerite Yourcenar est la première femme élue à l’Académie française. Jacques
Brosse dit d’elle qu’elle « fait partie de cette famille spirituelle
pour qui les frontières étanches, imposées autrefois par la raison, peuvent et
doivent être traversées, pour qui passé, présent et futur ne sont qu’une
affaire de perspectives, pour qui l’imaginaire est une catégorie du
réel. »

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