Stupeur et tremblements

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Amélie Nothomb

Amélie
Nothomb est le nom de plume de l’écrivaine belge d’expression française
Fabienne Claire Nothomb, qui serait née en 1966 à Etterbeek (Région de
Bruxelles-Capitale), mais en 1967 à Kobe au Japon selon une version peut-être
plus romancée. Elle est l’auteure de romans populaires rapidement écrits qui se
distinguent par leur humour noir, une large part – bien qu’ambigüe –
d’autobiographie souvent, et une attention particulière portée aux travers
humains et à la cruauté, observée dans des situations extrêmes comme dans le
quotidien.

Amélie
Nothomb naît dans une famille de notables de la petite aristocratie belge,
marquée par des carrières dans la littérature ou la politique. Son propre père
est un diplomate portant le titre de baron. Son enfance est donc marquée par le
nomadisme et les déracinements au gré des affectations de son père ambassadeur
de Belgique. Selon la version la moins romancée de sa vie, Amélie Nothomb
n’aurait connu le Japon qu’à l’âge de deux ans, et elle l’aurait quitté à cinq,
pour habiter ensuite en Chine, puis à New York, au Bangladesh, en Birmanie, en
Angleterre à Coventry et au Laos. Le Japon l’aura particulièrement marquée, au
point de dire y être née, et elle décrira son déménagement pour la Chine, toute
jeune enfant, comme un arrachement et un exil, notamment du fait de sa
séparation d’avec une gouvernante japonaise, envisagée comme une seconde mère.
Elle racontera dans son œuvre comment avec sa sœur Juliette, son aînée de trois
ans, elles se seraient livrées à divers excès au cours de leur enfance.
Beaucoup des éléments biographiques divulgués par l’auteure seraient néanmoins
à prendre avec précaution, relevant d’une mythologie personnelle imaginée pour
tisser des liens entre son œuvre et elle.

La jeune
femme ne rentre en Belgique qu’à dix-sept ans – âge auquel elle commence à
écrire – et après un échec en faculté de droit, obtient une licence puis une agrégation
en philologie romane à l’Université libre de Bruxelles. Elle écrit à cette
époque un mémoire analysant les romans de Georges Bernanos. Amélie Nothomb, qui
parle et comprend le japonais, retourne ensuite au pays du Soleil levant, dont
le souvenir lui est si cher, en espérant devenir interprète. Elle reste finalement
un an dans une grande entreprise japonaise – expérience désastreuse dont
elle fera la matière d’un roman à succès. De retour en Europe, elle sollicite
plusieurs éditeurs avec son premier roman, Hygiène
de l’assassin
, qui paraît finalement chez Albin Michel en 1992. Dès lors,
l’écrivaine publiera un roman par an tout en restant fidèle à cet éditeur, bien
qu’elle déclare volontiers que chaque œuvre émerge d’un lot annuel d’ouvrages
plus ou moins réussis, d’une moyenne de « 3,7 romans par an » selon
sa formule.

Hygiène de l’assassin
retranscrit le vif échange verbal entre la journaliste Nina et le prix Nobel de
littérature Prétextat Tach, un écrivain misanthrope proche de la mort, aux
allures d’ogre, qui a su faire fuir les collègues de Nina mais qui a finalement
trouvé un adversaire à sa taille en cette dernière. La jeune femme, qui a lu
son œuvre, parvient à le faire se dévoiler, jusqu’à une fin surprenante. Le
cynisme de l’écrivain s’avèrera une constante chez d’autres personnages
d’Amélie Nothomb. La jeune écrivaine déploie une telle verve dans ce premier
opus, son style est si incisif que certains critiques en viennent à douter
qu’une auteure si jeune ait pu produire seule un tel texte. La sortie de
l’ouvrage est néanmoins un événement et la jeune auteure connaît dès lors son
premier grand succès ; elle remporte notamment le Prix Alain-Fournier.

Son
second roman paraît (bien entendu) l’année suivante. Le Sabotage amoureux s’articule autour de la guerre que se livrent
des enfants de diplomates dans le ghetto pékinois de San Li Tun dans les années
1970. La petite Amélie connaît ses premières amours – saphiques – déçues, et
son histoire devient le prétexte à une redécouverte du monde de l’enfance à
travers ses yeux trop adultes pour être vraisemblables, même si sa rhétorique
bancale prête à sourire. L’humour, au fil des anecdotes et des réflexions état-enfantines,
est très présent dans cet ouvrage, comme dans les œuvres d’Amélie Nothomb de
façon générale.

Une
guerre plus sérieuse est le décor de la pièce de théâtre que l’auteure publie
en 1994, Les Combustibles. Le titre
fait référence aux livres que se décident à brûler deux hommes et une femme réunis
dans un appartement, en discourant de l’importance des divers ouvrages d’une
bibliothèque, confrontés aux choix qu’ils ont à faire, et de la valeur de la
vie humaine mise en regard de la littérature. L’œuvre cette fois déçoit
généralement par son manque d’ambition.

Le nœud
de l’intrigue se noue plus insidieusement dans la prochaine œuvre d’Amélie
Nothomb, autour d’un voisin qui vient troubler la tranquillité d’un couple
retiré dans une belle maison à la campagne. Ce voisin, qui s’invite tous les
jours, n’est pas importun par ses discours – beaucoup des personnages d’Amélie
Nothomb frôlent d’ordinaire la logorrhée – mais par son silence. L’œuvre est
notable de par son humour noir, son mélange de situations cocasses et
effrayantes, autour du thème de la connaissance qu’on a de soi-même –
l’impératif antique bien connu fonctionnant comme une clé du roman.

Une joute
verbale est à nouveau menée dans le roman suivant d’Amélie Nothomb ; Péplum met en scène un alter ego de
l’auteure appelé A. N., enlevée par un scientifique du futur parce qu’elle
avait émis l’hypothèse de l’intervention d’hommes du futur sur le monde
présent. Le haut dignitaire auquel elle s’adresse lui apprend ainsi l’opération
de préservation menée pour dissimuler Pompéi, la ville étant l’objet d’une
falsification historique au XXe siècle.

Le
romantisme noir d’Amélie Nothomb, son regard impitoyable jouent à nouveau avec
la curiosité de son lecteur pour les histoires sordides dans Mercure, roman publié en 1998, qui met
en scène Hazel, une jeune fille défigurée lors d’un bombardement, gardée dans
une étrange maison, sur une île, par un vieux capitaine, et qui se livre peu à
peu à une infirmière.

Paru en 1999,
le roman Stupeur et tremblements
connaît un immense succès et vaut à son auteure le grand prix du roman de
l’Académie française. L’alter ego d’Amélie Nothomb s’appelle cette fois
Amélie-san, et l’auteure lui fait revivre son expérience japonaise dans une
grande entreprise, passant d’une humiliation à l’autre, au fil de sa
dégringolade du poste de traductrice à une fonction de dame-pipi. L’œuvre est
pleine de drôlerie et le sens du bizarre d’Amélie Nothomb y est
particulièrement frappant. Des vérités sur le fonctionnement de la société
japonaise y sont cependant illustrées, comme l’humiliation des subalternes qui
ne s’embarrasse pas d’une hypocrisie plus occidentale, et l’auteure retrace
donc aussi sa désillusion face à un pays idéalisé.

On
retrouve l’ironie – entre amusement et désespoir – et l’acuité d’Amélie Nothomb
dans Métaphysique des tubes, en 2000,
où l’auteure retranscrit le souvenir qu’elle conserve des premières années de
sa vie, d’un simple tube digestif végétatif à ses premières prises de
conscience et découvertes au Japon. L’œuvre est remarquable par sa forme, car
une partie est présentée comme une fiction tandis que la seconde rejoint
davantage le genre de l’autobiographie. L’auteure trace des parallèles entre sa
création et la Création divine en parodiant notamment la Bible. Amélie Nothomb
se sert donc à nouveau du matériau direct de sa vie pour proposer une réflexion
sur la condition humaine.

Dans Robert des noms propres l’auteure met en
scène son propre assassinat, qui est le fait d’une jeune fille, née Plectrude,
surdouée, incomprise mais obstinée, dont elle décrit d’abord la vie violente et
mouvementée. La fin étrange de l’œuvre laisse globalement au lectorat un goût
d’inachevé, même si les qualités de Nothomb affleurent certes çà et là. Antéchrista, roman paru en 2003, est
articulé autour de la manipulation dont est victime la timide Blanche,
confrontée à Christa, une jeune fille très populaire à leur faculté, qui se
présente comme son amie, mais qui finit par prendre une telle place dans la
famille de Blanche et sa vie que la jeune fille finira par se sentir moins à sa
place que jamais dans ce monde. Oscillant entre des moments de cruauté et de
tendresse, le récit décrit des rapports de domination et de soumission
particulièrement à l’œuvre à l’adolescence.

Dans Biographie de la faim en 2004 l’auteure
retrouve une veine autobiographique et retrace les divers appétits qui ont
sillonné sa vie, jusqu’aux excès précoces supposés de sa jeunesse (alcoolisme,
potomanie, anorexie). Dans Acide
sulfurique
l’année suivante l’auteure ose imaginer et mettre en scène un
jeu de téléréalité nommé « Concentration » où des personnes raflées
au hasard se retrouvent sous la coupe de kapos et sous les regards de
spectateurs toujours plus nombreux, happés par l’aspect sensationnel d’une mise
à mort publique. L’auteure semble ici prévenir contre des dérives toujours
possibles du fait de travers humains toujours enfouis, de tout temps, et
susceptibles d’être à nouveau exploités.

Si Journal d’hirondelle, son précédent
ouvrage, déçoit beaucoup, Ni d’Ève ni
d’Adam
remporte le prix de Flore et semble venir compléter Stupeur et tremblements en livrant
l’autre pan de la vie d’Amélie Nothomb à la même époque : si sa carrière
professionnelle subissait une descente vertigineuse, elle vivait à la fois,
dit-elle, une histoire d’amour avec un Tokyoïte, qu’elle raconte dans une œuvre
qui délaisse pour une fois le cynisme et l’humour noir coutumiers de l’auteure
au profit d’un récit léger qui a pour cadres les divers quartiers de Tokyo mais
encore le mont Fuji ou le lac Ashi à Hakone, livrant par là de nouvelles
facettes d’un pays chéri par l’auteure.

Si Amélie
Nothomb continue à produire fidèlement un opus par an, à chaque rentrée
littéraire, ses fidèles lecteurs, eux, se plaignent souvent de son œuvre
inégale, de ses ouvrages trop courts, des nouvelles vendues sous le nom de romans.
Amélie Nothomb demeure néanmoins un être à part dans le paysage des lettres
francophones, qui ne laisse pas indifférent, notable par son look excentrique –
chapeaux immenses, maquillage à l’occasion criard – ; sa télégénie
concurrence d’ailleurs son écriture parmi les raisons de son succès, et passe,
pour certains ouvrages, devant, selon son lectorat le plus fervent lui-même.
L’originalité de certains de ses premiers romans, tels Hygiène de l’assassin, Stupeur
et tremblements
, Métaphysique des
tubes
, lui valent toujours la considération d’une large part du
public ; et son romantisme noir, sa façon de mêler autobiographie et
fiction, jusque dans sa vie réelle, la cruauté intrinsèque à beaucoup de ses
œuvres, la simplicité de son écriture qui n’empêche pas de nombreuses
références savantes, son humour noir et son ironie quasi constante la
démarquent incontestablement de ses pairs.

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Amélie Nothomb >