Stupeur et tremblements

par

Ce que met en lumière la perspective narrative

Touttexte narratif témoigne d’un point de vue particulier. Récit autobiographique, Stupeur et tremblements repose sur un point devue limité avec une fonction manifeste et objective. Ici, l’ironie domine tout.Si l’on jette un regard introspectif sur l’œuvre dans son entièreté, on peut larésumer à l’histoire d’une Occidentale étrangère dans un système qui la rejetteet où elle apparaît comme une piètre victime. Mais la narration teintée d’ironiesuggère le dépassement de cette première lecture. La narratrice propose eneffet une lecture satirique des thèmes développés, comme celui de l’entreprise japonaise.Les rapports de force existant entre les différents individus de cet universsont exposés sous une certaine lumière grâce au pouvoir de la narration. Lesrapports notamment de dominant et de dominé entre Amélie et Fubuki sont réinterprétésà la faveur de la satire. En effet les assauts de Fubuki sont ridiculisésautant par les répliques de l’héroïne que par le jeu de la narration. À traversle prisme de la construction narrative, le lecteur perçoit difficilementl’héroïne comme une victime, et les positions en viennent à s’inverser ;ainsi les bourreaux deviennent victimes de l’œil lucide et de la plume de leurancienne victime : « Elle que j’avais toujours connue si belle et sicalme avait à présent la contenance d’une pintade sur la défensive. »

Icipar exemple on voit de quelle façon la personne du bourreau est dénigrée. Cedénigrement participe d’un rétablissement de l’honneur de la victime, enfincapable, par son art, de se venger. Par là même, elle suscite la sympathie du lecteuret fait opérer par le jeu de l’humour un triomphe du faible sur le fort.

Parailleurs ce rééquilibrage n’est pas seulement présent à ce niveau desocialisation. Il est plus complet et plus significatif au niveau du conflitopposant la culture nipponne à la culture occidentale. En effet, si dansl’histoire racontée, la culture occidentale est constamment dévalorisée par lesantagonistes de l’héroïne, la narratrice se propose en retour une analyse très critiquede la culture nipponne : « Ton devoir est de te sacrifier pour autrui.Cependant, n’imagine pas que ton sacrifice rendra heureux ceux auxquels tu ledédieras. Cela leur permettra de ne pas rougir de toi. Tu n’as aucune chance nid’être heureuse ni de rendre heureux. » Dans cet extrait l’auteure insiste particulièrement sur l’absurditéd’une culture qui prône la prééminence de la masse sur l’individu, à l’opposé d’uneculture occidentale coutumièrement plus partisane, surtout depuis l’avènementde la société libérale, du principe contraire.

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