Thérèse Raquin

par

Camille Raquin

Camille est le fils unique et chéri de Mme Raquin. Enfantfragile, il a souffert « toutes les fièvres, toutes les maladiesimaginables ». Il en est resté « frissonnant des secousses répétéesqui avaient endolori sa chair » et n’a pu fréquenter le collège ; saformation intellectuelle en a été réduite au minimum : il maîtrisel’orthographe et l’arithmétique, sans plus. Il n’a aucune ambition professionnelle,aucun désir spirituel, aucun frisson amoureux. Il a épousé Thérèse car telleétait la volonté de sa mère. Cela dit, qui aurait voulu de ce garçon« petit, chétif, d’allure languissante, les cheveux d’un blond fade, labarbe rare, le visage couvert de taches de rousseur, [qui] ressemblait à unenfant malade et gâté » ?

Il a exigé de quitter Vernon et a poussé la famille à Paris.Là, il est devenu employé subalterne dans une administration ; il flâne lesoir au jardin zoologique et goûte une « joie d’imbécile » à voirs’agiter les animaux prisonniers. Enfin, il se plonge dans la lecture d’aridesouvrages auxquels il ne comprend rien, avec le sentiment de se cultiver. Telest le pitoyable et odieux mari de Thérèse.

Quand il retrouve par hasard Laurent, ami d’enfance, ill’emmène chez lui, sans deviner qu’il introduit le malheur dans sonfoyer : Laurent va lui voler sa femme et le tuer. Pas un instant cet hommeborné ne va soupçonner se qui se trame sous son toit ; au contraire, il sefélicite de la bonne entente qui règne entre Thérèse et Laurent ; quand cedernier peint son portrait, il se trouve « un air distingué », alorsque le portrait est ignoble. En outre, comment percevrait-il qu’il contemple làce qu’il va devenir : un cadavre blafard de noyé ? Car le malheureuxva être trahi par son ami et son épouse, lâchement assassiné au cours d’unepromenade en barque. Un seul être le pleurera : sa mère, que la mort deson fils laisse inconsolable. Ainsi disparaît Camille, être falot, sot et imbude lui-même, mais qui ne méritait pas un tel châtiment.

Mais disparaît-il vraiment ? En effet, si Camillevivant n’intéressait personne, il va devenir, une fois mort, la terreur de sesmeurtriers. Son dernier geste est de mordre Laurent au cou, lui arrachant unmorceau de chair. Cette blessure va laisser une cicatrice par laquelle l’espritde Camille vampirise littéralement Laurent. L’image du cadavre du noyé, étalésur le marbre de la Morgue, s’inscrit dans le souvenir de Laurent et ressurgitdès que la nuit s’installe ; le cadavre déformé et hideux trône, fantômevengeur et ricanant, entre Thérèse et Laurent, qui n’ont pas un instant depaix. Zola donne à Camille une dimension dont il était bien loin de sonvivant : l’homme médiocre est devenu un vengeur implacable. 

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