Thérèse Raquin

par

Naissance du naturalisme

Le naturalisme, très logiquement, est un développement duréalisme. Si celui-ci décrivait la réalité aussi précisément que possible, lenaturalisme ajoute à cette précision un contexte : le milieu et lesorigines des protagonistes prennent avec le naturalisme une importancecapitale. En effet, l’écrivain naturaliste explique l’évolution de sespersonnages et les actes qu’ils commettent par l’influence de leur milieu et deleur hérédité, influence à laquelle lesdits personnages ne peuvent échapper.Les éventuelles considérations morales ou religieuses n’apparaîtront qu’à cetitre dans l’intrigue : le protagoniste ne sera pas jugé par son créateur.Ce dernier observe donc ses créatures s’agiter sous son regard, commel’entomologiste observerait des fourmis, ou un anatomiste un cadavre disséqué.Aucun sujet n’est indigne d’étude, en littérature comme en science. ThérèseRaquin est par excellence un roman naturaliste.

Flaubert, écrivain réaliste et grand ami de Zola, afortement influencé ce dernier. Quand il décide d’écrire Thérèse Raquinqui paraît en 1867, Zola prend la tête de ce qui deviendra le naturalisme enlittérature, mouvement brillamment illustré ensuite par Maupassant et Huysmansen France. « Mon but a été un but scientifique », écrit Zola dans lapréface du roman. « J’ai montré les troubles profonds d’une naturesanguine au contact d’une nature nerveuse ». Précis et froid comme unscientifique, Zola observe Thérèse et Laurent, sans jamais les juger. Ilexplique leur comportement criminel sans jamais le justifier ; il n’a niaffection ni estime pour ses propres créations : « Thérèse et Laurentsont des brutes humaines, rien de plus. J’ai cherché à suivre pas à pas dansces brutes le travail sourd des passions, les poussées de l’instinct, lesdétraquements cérébraux survenus à la suite d’une crise nerveuse. » Ilajoute : « chercher en eux la bête, ne voir que la bête, les jeterdans un drame violent, et noter scrupuleusement les sensations et les actes deces êtres. » Plus tard, Zola poussera plus loin cette étude decaractère : La Bête humaine, parue en 1890, raconte l’histoired’une autre brute humaine, brute au point de devenir animale et de se laisseraller à ses instincts primitifs : ce sera Jacques Lantier, premier tueurpsychopathe de la littérature française, dont on devine l’ébauche dans Thérèseet Laurent.

« Le vice et la vertu qui sont des produits comme levitriol et le sucre » a écrit Taine, et c’est ainsi que Zola et lesnaturalistes considèrent les motivations de leurs personnages : desingrédients. L’écrivain se détache définitivement du romantisme, il n’est pasici question d’exalter le sentiment contre la raison. Certes, le fantastiqueprésent dans Thérèse Raquin va permettre à Zola d’illustrer les étatsd’âme des deux meurtriers. Mais ils demeurent des brutes, guidés seulement parleurs instincts. « Ce que j’ai été obligé d’appeler leur remords, consisteen un simple désordre organique, en une rébellion du système nerveux tendu à serompre. L’âme est parfaitement absente, j’en conviens aisément, puisque je l’aivoulu ainsi », écrit Zola dans la préface. Thérèse et Laurent ontcertainement une âme, puisqu’ils sont humains. Le propre de l’écrivainnaturaliste est de choisir de ne pas montrer l’âme.

Thérèse Raquin estle roman qui marque la naissance du naturalisme en littérature. C’est aussi, enquelque sorte, l’acte de naissance d’un écrivain, Émile Zola, qui va pousserencore plus loin l’étude scientifique de ses personnages. En effet, ils’attelle bientôt à son œuvre majeure : la fresque immense des Rougon-Macquartqui, pendant vingt volumes, va développer l’étude d’une famille sous le SecondEmpire, prisonnière de la folie et de l’alcoolisme.

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