Thérèse Raquin

par

Les amis

Ce sont les habitués des soirées du jeudi chez les Raquin. Le tableau qu’en peint Zola est à la fois impitoyable et comique. Ce sont des « créatures grotesques et sinistres », d’un égoïsme froid et d’une stupéfiante sottise. La bêtise humaine est un thème cher à Zola, qui suit les pas de son ami Gustave Flaubert qui illustrera cette tare humaine dans Bouvard et Pécuchet et le Dictionnaire des idées reçues. La bêtise est l’adversaire absolue des gens intelligents, et elle sera la plus tenace ennemie de Zola tout au long de sa vie.
Les amis sont au nombre de quatre. L’aîné est Michaud, ancien policier ami de Mme Raquin mère, qu’il a connue à Vernon. Son âge et sa position sociale lui donnent l’ascendant sur les autres. Il « étalait une face blafarde, tachée de plaques rouges, une de ces faces mortes de vieillards tombés en enfance ». Il se pique d’avoir rapprochés Thérèse et Laurent et même de les avoir mariés. Ce solennel imbécile a un fils, Olivier, aussi sot que son père, laid au possible, « dont les os perçaient les joues, [qui] portait gravement sur un corps ridicule une tête roide et insignifiante ». Olivier est marié à Suzanne, femme effacée, « les yeux vagues, les lèvres blanches, le visage mou », qui quête doucement l’amitié de Thérèse. Enfin il y a Grivet, « le masque étroit, les yeux ronds, les lèvres minces d’un crétin », supérieur hiérarchique de Camille. Celui-là se pique de deviner les désirs de Mme Raquin, lisant dans les yeux de la paralytique des désirs qui n’y sont pas. Quand la malheureuse est sur le point de parvenir à dénoncer les assassins de son fils, c’est Grivet qui, par ses propos imbéciles et sa fatuité, empêche la mère d’aller au bout de son œuvre de justice.
À la bêtise les amis du jeudi ajoutent un égoïsme féroce : rien ne doit perturber leurs soirées de plaisir. Aussi la mort de Camille et le deuil qui s’ensuit leur fait craindre le pire : que feraient-ils de leurs jeudis si les soirées n’avaient plus lieu ? Ensuite, le mal qui frappe Mme Raquin ne les trouble que par le danger qu’il fait planer sur lesdites soirées. Ils effacent bien vite le souvenir du malheureux Camille, adressent deux phrases de convenance à la malade, et s’adonnent égoïstement au vertigineux plaisir des dominos, en alignant les phrases creuses engendrées par leurs esprits bornés. Ces tout petits bourgeois, enfermés dans des emplois de brutes, ne peuvent, pour l’écrivain naturaliste, qu’être des parangons de bêtise.

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