Thérèse Raquin

par

Madame Raquin

Cette mercière provinciale est une brave femme. Elle a amasséun petit capital qui lui procure une relative aisance et n’aspire qu’à« une existence de paix et de bonheur tranquille ». Elle a adopté sanièce Thérèse que son frère lui a abandonnée comme un animal. Sa grande passionest son fils Camille, qui a souffert tous les maux qu’un enfant peut souffrir.Inlassablement, elle l’a soigné, le gorgeant de tisanes et de médicaments.Camille est devenu pour elle objet d’adoration : « Elle regardait sapauvre petite figure pâlie avec des tendresses triomphantes, et elle songeaitqu’elle lui avait donné la vie plus de dix fois. » Par la suite, ellemarie Thérèse et Camille et vit un bonheur béat, entre ses enfants chéris.

Quand Camille est devenu l’homme de la maison, il parle enmaître et exige de déménager à Paris. Elle quitte sa paisible retraite et samaisonnette au bord de l’eau pour une boutique sordide au fond d’un passagehumide. Qu’importe : elle est avec Camille et Thérèse, ce qui suffit à sonbonheur. Les soirées du jeudi, en compagnie de quelques amis, comblent sespauvres envies de contacts sociaux. Enfin, quand Camille introduit Laurent dansle foyer, elle accueille cette canaille avec bonté. Mais un coup terrible luiest porté quand Camille décède. La mort affreuse de son fils, qu’elle croitaccidentelle, donne raison à ses craintes : elle a laissé son enfants’éloigner d’elle, et il en est mort. Elle pleure sincèrement Camille et resteinconsolable ; cependant, son besoin de paix familiale et de quiétudedomestique la pousse à offrir à Laurent la place qu’occupait Camille, commemari de Thérèse et homme de la maison. Elle retrouve alors une forme de paixdouloureuse entre ceux qu’elle appelle ses « chers enfants ».

Hélas, le destin n’en a pas fini avec cette innocente. Lamaladie la frappe : elle ne parle plus, ne bouge plus. Elle devienttotalement dépendante de Thérèse et Laurent, dont elle finit par comprendrequ’ils ont assassiné Camille. Mme Raquin entre alors en enfer :« Dieu l’avait trompée durant plus de soixante ans […] en amusant sesyeux par des tableaux mensongers de joie tranquille. » Elle ne peutdénoncer les criminels qui ont tué la chair de sa chair, elle est nourrie parThérèse, et portée chaque soir par Laurent dans son lit : elle dépendentièrement d’êtres qu’elle exècre. Quand Thérèse exprime une repentancebruyante, Mme Raquin devient la statue vivante à laquelle la meurtrière adresseses prières : « Elle était obligée de subir les caresses immondes dela misérable qui avait trahi et tué son fils ». Un soir, elle rassembleses dernières forces pour dénoncer les meurtriers, mais en est empêchée parl’empressement imbécile de Grivet. Elle n’a donc rien à attendre de sesderniers jours.

Elle a pourtant une terrible consolation : Thérèse et Laurentse déchirent devant elle et lui offrent le spectacle de la déchéance de leurcouple maudit. Ultime satisfaction : Mme Raquin assiste au suicide desépoux, se repaît du spectacle, enfin vengée : « pendant près de onzeheures […] madame Raquin, roide et muette, les contempla à ses pieds, nepouvant se rassasier les yeux, les écrasant de regards lourds. »

Avec Mme Raquin, Zola peint le portrait d’une commerçanteordinaire jetée par le destin dans les tourments du chagrin et dont l’imageclôt le roman : la petite mercière est devenue mater dolorosa etstatue de la vengeance. 

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