Thérèse Raquin

par

Thérèse

Thérèse est la fille d’un officier français et d’une« Africaine », née pendant le séjour de son père en Algérie. Cedernier a laissé l’enfant en garde à la mort de la mère, la confiant à sa sœur,déjà mère d’un fils, Camille : « je ne sais qu’en faire. Je te ladonne. » Tels furent les adieux du père à sa fille.

Thérèse grandit aux côtés de son cousin Camille, de deux ansplus âgé. Elle est forcée de partager les maux, les tisanes et les fumigationsque subit l’enfant trop couvé par sa mère. La fillette étouffe sa nature vive,elle fait taire les cris de son cœur et calme les élans de son âme : on nechantonne pas dans la chambre d’un malade. Ce n’est que lorsque la petitefamille déménage pour Vernon, au bord de la Seine, que Thérèse va trouver dansla nature un exutoire à ses élans, respirant enfin un air pur et vigoureux,loin de l’atmosphère pesante de la chambre de malade de Camille dont on luiimpose la quotidienne présence. Las, vient l’heure du mariage avec son cousin,mariage décidé par sa tante, qui laisse son cœur de marbre et sa chair glacée.

Lorsque Camille exige le déménagement pour Paris, Thérèse,dont nul n’a demandé l’avis, se trouve prisonnière d’une boutique obscure etfleurant le moisi, avec pour seule compagnie sa tante vieillissante. Lesclients de la mercerie la voient ainsi : « Au front bas et secs’attachait un nez long, étroit, effilé ; les lèvres étaient deux mincestraits d’un rose pâle, et le menton, court et nerveux, tenait au cou par uneligne souple et grasse. » Son mari passe ses journées au dehors, et c’esttant mieux : il l’ennuie, elle le trouve d’une insondable sottise, et ellen’a pas tort. Le supplice hebdomadaire des soirées du jeudi, aux interminablesparties de dominos en compagnie des amis de Camille et Mme Raquin mère,illustrent la détresse de la jeune femme : dans le petit salon au-dessusde l’humide boutique, elle se voit « enfouie au fond d’un caveau, encompagnie de cadavres mécaniques remuant la tête, agitant les jambes et lesbras, lorsqu’on tirait les ficelles ». Thérèse est enterrée vivante dansune vie terne et vide.

L’arrivée de Laurent, collègue de travail de Camille,bouleverse ce tableau. Stupéfaite, Thérèse contemple ce garçon vigoureux, épaisde corps, musclé : « Elle n’avait jamais vu un homme. » Quandune liaison naît entre Laurent et la jeune femme, c’est un nouveau monde quis’ouvre : elle découvre l’amour, ses plaisirs, les moments où le corpsexulte : « On eût dit que sa figure venait de s’éclairer en dedans,que des flammes s’échappaient de sa chair. » Pour Zola, c’est « cesang africain qui brûlait dans ses veines, le sang de sa mère » quis’allume dans le corps endormi de Thérèse. Cette nature ardente vient desterres d’Afrique, là où les êtres sont gorgés de soleil et de feu. C’est dansl’amour que la nature nerveuse de Thérèse va enfin prendre vie : l’originesociale et même ethnique de la jeune femme a une importance capitale aux yeuxde l’écrivain naturaliste qu’est Zola : là est la cause de l’amour exaltéqui va emporter Thérèse vers le drame. Bientôt, un déterminisme environnementalva s’ajouter à tout cela : les deux amants tuent Camille.

Le choc qui résulte de cet acte pourtant consenti bouleverseà nouveau les nerfs de Thérèse. Après avoir mis ses élans en sommeil quand ellevivait sous la seule influence de Mme Raquin et Camille, Thérèse a lâché la brideà ses nerfs et s’est laissé griser par leur galop. Ce nouveau choc va engendrerune nouvelle transformation, qui va avoir raison du fragile équilibre de lajeune femme : « Elle acquit une sensibilité nerveuse qui la faisaitrire ou pleurer sans motif. L’équilibre, qui tendait à s’établir en elle, futrompu. » Thérèse avait réussi à fonctionner dans un milieu étouffantqu’elle haïssait, puis elle a trouvé une forme d’accomplissement dans l’amour.Après le meurtre, tout change : son amour pour Laurent disparaîtimmédiatement, elle devient incapable d’élaborer un projet, elle est le jouetde ses élans immédiats qui la jettent dans les bras d’amants de passage, entredeux élans de remords nerveux et de larmes dont elle accable la malheureuse MmeRaquin. Un nouveau projet d’assassinat, celui de Laurent, naît de ce dérèglementnerveux ; elle n’a aucun projet concret de nouvelle vie après ce nouveaumeurtre. Le suicide final est le dernier acte d’une femme devenue le jouet deses propres nerfs, victime de son milieu, esclave de ses origines familiales.Plus tard, les personnages de la fresque des Rougon-Macquart nepourront, eux non plus, échapper au destin que leur impose la double tareoriginelle familiale : folie et alcoolisme.

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