Trois Contes

par

La légende de Saint Julien l'Hospitalier.

L’histoire se déroule au Moyen Âge, en Occident. Julien est le fils d’un noble seigneur et de sa gente épouse, parents attentifs et aimants. Son père est un seigneur bienveillant qui règne sur ses domaines avec bonté. À la naissance de l’enfant, sa mère a eu une vision lui annonçant que son fils serait un saint. Quant au père, une autre vision lui a annoncé que la vie de Julien serait pleine de gloire et de sang. C’est sous ces auspices contradictoires que Julien grandit.

Un vieux moine lui apprend à lire, à écrire, à compter. Sa vie s’écoule paisiblement entre leçons, prières, et divertissements de la part de jongleurs et troubadours venus le distraire, jusqu’au jour où il découvre par hasard un plaisir nouveau : donner la mort. C’est en tuant une souris qu’il éprouve une excitation qu’il va chercher à retrouver et à faire croître. Dès lors, le doux jeune homme se transforme en un chasseur invétéré qui néglige tout autre plaisir et n’est heureux qu’en courant le gibier. Ses journées ne sont plus qu’hécatombes, il abat bêtes à poil et à plume sans la moindre compassion. Tout lui est bon pour tuer – poignard, flèches, chausse-trappes, filets – et il massacre tout animal qui a le malheur de croiser sa route.

Un jour, il quitte le château paternel pour une partie de chasse qui va sceller son destin : il tue et tue encore, des dizaines d’animaux se présentent à lui, il n’en épargne aucun, enivré par l’odeur du sang et de la peur. Quand enfin il rencontre un grand cerf, sa biche et leur faon, il abat d’abord le petit, puis la mère. Le cerf bondit sur lui, indifférent au carreau d’arbalète planté dans son front, et parle au chasseur sanguinaire : un jour, Julien assassinera son père et sa mère. L’animal meurt après avoir délivré sa terrible prophétie. De ce jour, Julien vit dans la terreur : et si naissait en lui le désir de tuer ses parents ? Il tombe dans un état de langueur, manque y laisser la vie. Une fois remis, ayant presque tué père et mère en tentant de chasser à nouveau, il abandonne le château et part à l’aventure.

Julien devient soldat, et même un valeureux capitaine. Il met son épée au service de qui en a besoin, pourvu que sa cause soit juste. Petit à petit, il lève une armée de gueux et de proscrits qu’il met au service du bien. C’est un guerrier terrible et redouté qui traite d’égal à égal avec les rois. Intrépide, il parcourt le monde et en visite l’Orient et l’Occident. Il est juste et vaillant, tant et si bien qu’un jour l’empereur d’Occitanie lui donne sa fille en mariage.

C’est dans un palais bâti à la mauresque, planté au cœur d’une nature idyllique, que le jeune couple coule des jours heureux. Le temps des guerres est fini pour Julien, qui rêve maintenant à ses chasses d’autrefois. Sa mélancolie est grande, car sa terreur à l’idée de tuer ses parents est toujours vivace. Sa douce épouse l’invite alors à chasser, afin de se distraire. Julien cède, et part sur les traces d’un renard. Or, par extraordinaire, chaque bête qui croise son chemin échappe à son épée ou à ses flèches. Pire, il se trouve bientôt entouré d’animaux sauvages qui le frôlent, le narguent, et l’accompagnent jusqu’au seuil de son château. Là, Julien se rend dans sa chambre, où il a la stupeur de trouver, couché à sa place, un homme barbu. Comment, sa femme aurait donc profité de son absence pour le tromper ? Sans réfléchir plus avant, il tue l’homme et la femme couchée à son côté. Il entend alors un cri terrible : c’est son épouse, au seuil de leur chambre. L’homme et la femme qu’il vient de tuer, ce sont ses parents, vieillards ruinés et fatigués qui recherchaient leur fils par monts et par vaux depuis des années. Malgré lui, Julien a accompli la terrible prophétie.

Il abandonne alors son château, ses terres, sa femme et ses richesses, pour adopter la simple robe du pèlerin. Il part sur les chemins afin d’expier sa faute en mendiant, en priant, en faisant pénitence. Il se met au service des hommes, court au cœur du danger quand une vie est en jeu, jusqu’à ce que le vigoureux jeune homme devienne un vieillard. Un jour, il décide de s’installer au bord d’un fleuve. Là, il répare une vieille barque, bâtit une misérable cabane, et devient passeur. De jour comme de nuit, il aide les voyageurs à traverser les eaux tumultueuses, au mépris du danger.

Les jours, les mois passent. Sa vie se partage maintenant entre son épuisant travail au service des autres et la prière. Une nuit, un appel l’éveille : c’est un voyageur, un lépreux, le plus pauvre des êtres, qui souhaite traverser. Julien n’hésite pas et, devant l’aspect misérable de son passager, l’invite dans sa cabane et va se montrer parfaitement « hospitalier ». L’homme a faim, Julien lui donne sa dernière nourriture. L’homme a soif, Julien lui cède son peu de vin. L’homme est malade, il a froid, il va mourir, il exige de Julien qu’il lui cède son lit et qu’il le réchauffe : Julien cède son grabat, se couche contre le lépreux pour le réchauffer, se déshabille pour lui donner la chaleur de son corps. Le lépreux alors disparaît, et c’est le Christ lui-même, venu chercher le pécheur repenti, qui emporte Julien vers le ciel.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur La légende de Saint Julien l'Hospitalier. >