Trois Contes

par

Un cœur simple

Félicité fut pendant undemi-siècle la servante de Mme Aubain,et son travail exemplaire était envié de toutes les bourgeoises dePont-l’Évêque. Après cette présentation son destin est retracé au lecteur.Félicité perd son père maçon lors d’un accident de travail puis sa mère quelquetemps plus tard ; ses sœurs se dispersent. Un fermier la recueille d’abordet l’emploie pour garder les vaches. Elle rencontre son premier amour, Théodore, qu’elle voit en cachette,mais un jour, elle apprend que pour éviter la conscription, il a épousé une vieille femme trèsriche, Mme Lehoussais. Suite àcette cruelle déception, elle quitte la ferme et se rend à Pont-l’Évêque dansl’espoir de se reconstruire. Devant l’auberge, elle rencontre Mme Aubain, une femme veuve quicherche justement une cuisinière. Félicitéest engagée bien que sans expérience. Elle se prend d’affection pour les deuxenfants de sa maîtresse, Paulet Virginie, âgés de sept etquatre ans.

Les journées de Félicité sont consacrées aux enfants,à toutes les tâches du foyer ; elle prépare les cartes pour le boston dujeudi, pousse gentiment dehors le marquis de Gremanville quand il est ivre,fait les courses, amène Virginie au catéchisme qu’elle apprend avec elle. Bienqu’elle ne comprenne pas les dogmes et ne sache pas lire, elle se contente desimages. Virginie tombe malade.Pour se changer les idées, Félicité demande la permission de voir son neveu, Victor, engagé comme matelot.Celui-ci lui annonce qu’il part pour un long voyage, ce qui désole Félicité. Peu de temps après, unelettre lui annonce qu’il est mort de la fièvre jaune. Puis Virginie meurt à son tour d’unemaladie. Mme Aubain se terredans son chagrin et au fil des années, les anciennes connaissances disparaissent :Guyot, Liébard, Mme Lechaptois,Robelin et l’oncle Gremanville, ce qui plonge les deuxfemmes dans la solitude. Le quotidien de la servante se résume aux repas et àla messe.

Félicitéfinit par reporter toute son affection sur un perroquet donné à Mme Aubain parle sous-préfet sur le départ : « Loulou, dans son isolement, étaitpresque un fils, un amoureux ». Des suites d’une angine, Félicité devientsourde, et ne peut plus qu’entendre la voix de son perroquet, qui finitcependant par mourir à l’hiver 1837. MmeAubain lui suggère de le faire empailler, ce dont se charge un certain Fellacher qui lui renvoie Loulou rendu éternel au bout de sixmois. Félicité, du fait d’uneressemblance trouvée dans une image d’Épinal, apparente l’animal auSaint-Esprit, lequel en devient plus vivant à ses yeux et plus intelligible.

Au mois de mars 1853, Mme Aubain meurt après neuf jours d’agonie. La maison est miseen vente. Félicité continue d’y habiter sans demander de réparations de peurd’être renvoyée et de devoir quitter sa chambre où son perroquet se plaît sibien. Mais le toit pourrit, son traversin reste mouillé un hiver et Félicité semet à cracher du sang. Elle apprend par le docteur qu’elle est atteinte d’unepneumonie comme sa maîtresse. Elle meurt le jour de la Fête-Dieu, croyant voirdans les cieux un perroquet gigantesque planant au-dessus d’elle.

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