Volpone

par

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Ben Jonson

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1572 : Benjamin Jonson, dit Ben Jonson, naît
dans le quartier londonien de Westminster. Son père, pasteur, meurt deux mois
avant sa naissance et sa mère se remarie deux ans après avec un maître maçon.
Un ami de la famille paie ses études à la Westminster School. Il y deviendra
ami avec un de ses professeurs, le collectionneur d’antiquités, historien et
topographe William Camden (1551-1623), dont la vaste érudition influencera
notablement son œuvre. Au lieu de poursuivre ses études à l’université de
Cambridge, il est forcé de devenir apprenti
maçon
auprès de son beau-père. Il se rend ensuite aux Pays-Bas et s’engage volontairement dans l’armée anglaise sur place. De retour en Angleterre, il se fait acteur et dramaturge. Il joue notamment le rôle de Hieronimo dans la pièce La Tragédie espagnole (The Spanish Tragedy), considérée comme
la première « tragédie de revanche » de la littérature anglaise.

1597 : Ben Jonson est employé comme dramaturge par Philip Henslowe, qui est alors
le plus grand producteur anglais du théâtre public. Il est aussi engagé comme
acteur parmi la troupe des Admiral’s Men,
mais ses talents en tant que tel auraient été moins appréciés que ses qualités
d’écriture. Cette année-là il coécrit avec Thomas Nashe The Isle of Dogs, une pièce
jugée séditieuse, diffamante et
attentatoire à la pudeur, dont le texte a disparu et qui vaut à Jonson la prison avec deux des acteurs. La reine
Élisabeth elle-même y aurait fait l’objet d’une satire. Jonson retournera en
prison un an plus tard suite à un duel. Il se convertira au catholicisme durant son incarcération.

1598 : La pièce Chacun dans son humeur (Every Man in His Humour) vient établir
la réputation de Ben Jonson comme dramaturge. George Chapman (1559-1634) venait
de lancer la mode de la comédie des
humeurs
, où le personnage principal apparaît entièrement dominé par un
trait de caractère. La pièce aurait été jouée par la troupe des Lord Chamberlain’s
Men au Curtain Theatre ; parmi les premiers acteurs choisis figurait
William Shakespeare. Inspirée des modèles
antiques
, elle raconte l’histoire d’un père qui, soucieux du bon
développement moral de son fils, voit son espionnage systématiquement miné par
les interventions inopportunes de son serviteur. La pièce comprend également un
marchand jaloux et divers autres types
anglais
, comme le soldat colérique ou le porteur d’eau bourru. Dans le
prologue, Jonson affirme sa volonté de dépeindre
les gens tels qu’ils sont
, de brosser un tableau représentatif du temps. La
règle des unités aristotélicienne est largement respectée.

Jonson donnera une suite à cette pièce en 1599, Every Man out of His Humour,
qui connaît un succès moindre. Les œuvres de Jonson datant de la fin du règne
d’Élisabeth Ire (1599-1602) sont marquées par des controverses avec les auteurs John
Marston et Thomas Dekker, lesquelles prennent place dans ce qu’on a appelé
« the War of the Theatres ».
Les trois auteurs collaboreront finalement par la suite.

1603 : Le poème « On My First Sonne », écrit après la mort de son
fils de sept ans, emporté par la peste bubonique, se distingue du reste de la
production poétique de Jonson par son absence de raillerie, de cynisme. La
tristesse du père éprouvé y apparaît plus grande que dans le poème écrit sur la
mort de ses filles. Cette année-là, avec l’arrivée du roi Jacques Ier (James Ier) sur le trône,
Jonson s’adapte aux nouvelles demandes
royales, notamment en masques, ces spectacles
baroques mêlant plusieurs arts scéniques sur des thèmes mythologiques, et
auxquels prennent part les grands seigneurs du royaume. Parmi les masques qu’il
écrit pour le couple royal, The Satyr en 1603, autrement
nommé The Entertainment at Althrop, conçu
pour accueillir la famille royale à Londres, mettait en scène autour du
protagoniste, un satyre, des fées et des elfes. Dans Le Masque de la noirceur (The
Masque of Blackness
), écrit en 1605 à la demande de la reine consort Anne
de Danemark, celle-ci, ainsi que des dames de la cour, apparaissaient le visage
noirci pour figurer des personnages africains. Jonson écrit environ deux douzaines de masques pour le
couple royal. Ses ennuis avec la justice demeurent cependant ; il
fera à nouveau de la prison en 1605, certaines de ses pièces continuant de
déplaire aux autorités.

1606 : Volpone, ou le Renard (Volpone,
or The Fox
) est la pièce la plus
connue
de l’auteur. Jonson y met en scène une figure d’acteur et de metteur
en scène lui-même puisque Volpone (« Renard » en italien), Magnifique
de Venise, se fait passer pour mourant afin de profiter de la cupidité de courtisans qui, pour gagner
ses bonnes grâces et une place sur son testament, accumulent à ses pieds les présents.
Il est secondé dans ses manigances par Mosca
(« Mouche »), son serviteur qui va finalement le duper, avant qu’ils
ne soient tous deux rattrapés par les autorités. S’ensuit un procès où Volpone parvient à retourner
les juges par son habileté rhétorique, avant de connaître une chute définitive.
C’est la corruption généralisée
d’une société décadente qui est
épinglée ici par Jonson, puisqu’un tel, malgré sa jalousie, consent à
prostituer sa femme pour complaire à Volpone, un autre déshérite son fils pour
s’attirer les grâces du faux mourant, etc. La pièce, inspirée de sujets antiques (Lucien, Pétrone), apparaît
particulièrement exubérante, la veine satirique de Jonson s’y exprime
sur le mode de la jubilation. La
production artistique de Jonson connaît alors un âge d’or qu’on peut dater entre
1605 et
1620.

1609 : La Femme silencieuse (Epicœne,
or the Silent Woman
) a pour
personnage principal Morose, un
homme riche, obsédé par le bruit, qui se choisit une épouse très calme, son
nouveau mariage lui permettant de déshériter son fils Dauphine. Mais il s’avère
que celui-ci a tout prévu : c’est en effet lui qui a poussé Epicœne dans
les bras de son père. Après le mariage, la demeure de Morose est le lieu d’un
tumulte permanent et son épouse se révèle acariâtre. Pour divorcer, Morose fait
appel à des avocats – des compères de Dauphine déguisés bien sûr – qui ne
trouvent aucun prétexte à exploiter pour terminer l’union. Dauphine va
extorquer à son père un arrangement financier en échange de son aide, suite à
quoi il révèle qu’Epicœne est en réalité un homme.

1610 : Dans la pièce L’Alchimiste (The Alchemist), à l’occasion d’une épidémie de peste à Londres, un majordome
profite du départ pour la campagne de son maître pour transformer sa demeure en
quartier général d’opérations frauduleuses. Il prend le pseudonyme de Captain
Face et s’adjoint les services de Subtle, un escroc, et de Doll Common, une
prostituée. Ici Jonson épingle une nouvelle fois l’appât du gain, qui perd systématiquement qui cherche à tromper
autrui.

1611 : Catiline His Conspiracy est comme son titre
l’indique une pièce romaine basée
sur l’histoire du célèbre conspirateur du Ier siècle av. J.-C.
Jonson avait déjà employé une matière romaine dans La Chute de Séjan (Sejanus
His Fall
) en 1603.

1614 : La pièce La Foire de Saint-Barthélemy (Bartholomew Fayre: A Comedy) est la dernière des grandes comédies
de Jonson, et la plus expérimentale
à certains égards. Le cadre en est la Bartholomew Fair, qui depuis le XIIe
siècle réunissait pour quatre jours, fin août, toutes les classes sociales dans
le quartier de Smithfield, où se produisaient les exécutions publiques. C’est
un cadre parfait pour l’auteur souhaitant embrasser les divers aspects de la société jacobéenne, jusque dans les conflits sociaux, religieux et politiques
qui la pétrissent. La pièce commence par un procédé de métafiction, quand un membre de la troupe de théâtre vient
critiquer le réalisme de la pièce, dépourvue de romantisme et d’éléments
fabuleux. Le début de l’intrigue met en scène un dramaturge amateur qui avec
des amis complotent pour regagner sa belle-mère, Dame Purecraft, sous la coupe
d’un puritain hypocrite. Jonson s’était déjà livré à une satire des puritains
dans L’Alchimiste ; le sujet était
commun à l’ère jacobéenne.

1616 : La pièce The Devil Is an Ass commence
en Enfer où Pug, un démon de second rang, tente de convaincre Satan de
l’envoyer sur Terre pour y dévoyer les hommes. Mais Satan lui fait remarquer
que Londres est un véritable cloaque moral et que le monde a développé des
vices trop sophistiqués pour un simple petit démon. Pug est finalement envoyé
sur Terre pour tenter un certain Fabian Fitzdottrel, obsédé par l’idée de
rencontrer un démon qui l’aiderait à découvrir un trésor enterré. Cette pièce
est un nouvel exemple de théâtre dans le théâtre, notamment lorsque Fitzdottrel
va au premier acte voir une pièce précisément intitulée The Devil Is an Ass.

Cette année-là, une pension annuelle de 100 marks est attribuée à Ben Jonson, avec le
statut de poète lauréat, qui venait
avec l’obligation d’écrire des pièces de
circonstance
. Toujours en 1616, il publie ses œuvres complètes en un volume in-folio, signe de sa gloire.

Dans les années
1620
, Ben Jonson connaît un déclin
malgré sa célébrité. Signe de son
influence, une dizaine de poètes feront partie des Sons of Ben, des disciples dont la manière est pétrie de celle de
Jonson. En 1625, l’accession au
trône du roi Charles Ier
va avec une moindre considération de l’auteur, qui se sent négligé. Le roi
accroît cependant sa pension.

1637 : Ben Jonson meurt à l’âge
de soixante-cinq ans alors qu’il prépare une nouvelle pièce. Il est enterré
dans l’abbaye de Westminster.

 

Éléments sur l’art de Ben
Jonson

 

Ben Jonson est le seul autre auteur de la
Renaissance anglaise, avec Shakespeare, dont les pièces ont continué d’être
jouées les siècles suivants. Même s’il a écrit une cinquantaine de pièces en tous genres et de nombreux poèmes, on ne lit plus guère que sa pièce Volpone, du moins en France.

Comparativement à Shakespeare, les tragédies de Jonson apparaissent glacées, bien moins centrées sur les
personnages, et donc quelque peu abstraites.
Jonson les construit en classique,
de façon rigoureuse, et selon un extrême moralisme.
Il reste le principal promoteur de la comédie
des humeurs
, dont les personnages sont victimes d’un déséquilibre des
quatre fluides de la vieille physiologie et se voient l’objet d’obsessions et
de manies qui rendent la comédie
grinçante
, caricaturale, satirique.

Le public français du XXe siècle a
surtout connu Jonson à travers l’adaptation qu’a faite de la pièce Jules
Romains, d’après la version de Stefan Zweig, mise en scène par Charles Dullin
en 1928. L’œuvre fut adaptée au cinéma par Maurice Tourneur en 1941, avec Louis
Jouvet dans le rôle de Mosca et Charles Dullin dans celui de l’usurier
Corbaccio.

 

 

« VOLPONE : Ha ! ha ! ha ! Les malheureux ! Je plains
encore plus leur sottise et leur folie que leurs pertes de temps et d’argent ;
car celles-ci peuvent se réparer à force de travail, mais d’être imbécile de
naissance, c’est une incurable maladie. »

 

Ben Jonson, Volpone, Acte II, scène 1, 1606

 

« MOSCA : Dieu ! que le parasite est un être admirable
!

Tombé du ciel au lieu d’être
engendré sur terre,

Parmi tous ces lourdauds, ces
balourds, ces butors !

Je ne vois pas pourquoi cet
art si libéral

Ne serait point promu au rang
d’une science ;

Car, naturellement, les sages
de la terre

Ne sont guère que grands ou
petits parasites. »

 

Ben Jonson, Volpone, Acte III, scène 1, 1606

 

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