Volpone

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Le comique dans Volpone

Volpone est une comédie, son but est de faire rire. Ce n'est pas une pièce destinée à la cour du roi Jacques Ier. Elle est présentée au Globe, théâtre situé sur les rives de la Tamise où le public était populaire et n'était donc pas forcément lettré. Le thème de l'intrigue est classique et a été utilisé nombreuses fois depuis l'Antiquité : la chasse à l'héritage. Il y a aussi une intrigue secondaire mettant en scène Pèlerin, et Sir Jacasse Politique qui ne vise qu'à faire rire le spectateur et n'influe en rien sur l'intrigue principale de la pièce.

 

            Le théâtre anglais de ce temps, qu'il soit élisabéthain ou jacobien, présentait sur la même scène et dans la même pièce plusieurs types de spectacle, mêlant au texte des chants, des danses, des intermèdes.  Il est vrai que les mises en scène moderne éliminent souvent ces éléments qui s'ajoutent à l'intrigue principale, mais le public anglais du début du XVIIème siècle se délectait du divertissement  offert à Volpone par Nano, Androgyno et Castrone à la deuxième scène de l'acte un ou de la chanson de Volpone à Celia à la scène VII de l'acte III. Certaines mises en scène vont parfois jusqu'à supprimer l'intrigue secondaire qui met en scène Sir Jacasse Politique et Pèlerin, alors que le public du Globe, friand de farce, riait à gorge déployée devant le ridicule du voyageur anglais. La farce est un des genres comiques les plus prisés, et Ben Jonson ne se prive pas d'en utiliser les effets, en particulier dans l'intrigue secondaire. Par exemple, Pèlerin monte une canular à l'encontre de Sir Jacasse, (canular qui est le reflet atténué de la farce destructrice montée par Volpone) et contraint Sir Jacasse Politique à se cacher dans une énorme carapace de tortue afin d'échapper à de faux poursuivants, ce qui le ridiculise définitivement.

 

 

            Un autre procédé comique, purement linguistique, celui-là, utilisé par Ben Jonson est le jeu de mots. Le texte en est truffé, et une traduction, toute bonne qu'elle soit, ne peut leur rendre totalement  justice. Par exemple, quand on évoque devant Sir Jacasse un personnage du nom de Stone, il s'exclame :

 

 « Alors Stone est bien mort ! »

 

« Is Mass Stone dead ? »

 

Le texte original, comporte un jeu de mot sur le nom du personnage et l'expression stone dead, raide mort. De même, le double sens de mots comme rook – nom d'oiseau, le freux, mais également verbe, se faire berner, ou gull, nom de la mouette, mais proche de gullible, crédule.

 

            La caricature et la satire, procédés classiques, sont aussi présents dans Volpone. Par exemple, la médecine est brocardée, à travers la description de remèdes qui paraissent au spectateur d'aujourd'hui hautement fantaisistes (et dont certains l'étaient effectivement). Ainsi, contre les brûlures d'estomac, lady Jacasse propose «

 

« Des perles bouillies avec un sirop de pomme ,

De la teinture d'or et de corail, des pilules de citron,

de la racine d'aunée, du myrobolan… »

 

            Mais il y a mieux encore, quand Mosca invente des remèdes incroyables qu'il décrit au crédule Corvino en une hilarante escalade :

 

« L'un proposait un cataplasme d'épices,

L'autre d'appliquer un singe écorché sur sa poitrine,

Le troisième préférait un chien, le quatrième une huile

Sous des peaux de chat sauvages. »

 

 

            L'inversion du sens des mots par les personnages est également un procédé comique classique, que Ben Jonson utilise à merveille. Ainsi, quand Mosca décrit un symptôme inquiétant à  Corbaccio, ce dernier les reçoit comme autant de bonnes nouvelles :

 

« Il a la bouche

Toujours ouverte et la paupière tombante.

–                   C'est bon.

–                    Ses membres s'engourdissent et s'ankylosent,

–                   Et sa chair prend peu à peu la couleur du plomb.

–                   C'est bon.

–                    Son pouls est lent et sans vigueur.

–                   Encore de bons symptômes. »

 

 

            Enfin, il est un ressort comique essentiel à la pièce : la situation se complique de scène en scène, et devient inextricable. Or, grâce à l'Argument qui précède le Prologue et aux nombreux apartés qui leurs sont destinés (ils ont une vertu autant informative que comique), les spectateurs en savent plus que les personnages et prévoient donc ce qui a arriver à court terme ;l'effet comique s'en trouve renforcé. Quoi de plus drôle que de voir s'agiter comme des fourmis les plaideurs devant les magistrats, tous plus ignorants les uns que les autres, ne possédant que des informations parcellaires et compliquant la situation à chaque réplique. Seuls les spectateurs sont au courant de tout, et rient de la sottise de ces curieux insectes. La situation n'est dénouée que par l'intervention de Volpone qui laisse tomber son masque et dit enfin la vérité, et qui acquiert ici la fonction d'un deus ex machina, ce dieu qui descendait du ciel dans les pièces antiques et dont l'intervention permettait d'aller au bout d'intrigues extrêmement compliquées.

 

            Cependant, la fin de la pièce est rude Volpone constitue une farce noire qui n'a pas un dénouement heureux. La justice est certes rendue, mais son bras s'abat sur les coupables avec toute sa rigueur. Les personnages ne partent pas gaiement vers un avenir radieux. Les protagonistes sont exilés ou jetés aux fers et il n'est pas question de réconciliation. Le spectateur quitte le théâtre en ayant bien ri mais avec le frisson de celui qui a vu les coupables punis de façon très sévère et sans merci.

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