Aurore

par

L‘originalité de la thèse

Nietzsche fait preuve dans laréflexion menée dans Aurore d’unetotale innovation, d’une complète remise en question des cheminements de sonraisonnement par rapport à la thèse moraliste qu’il défendait auparavant, dans,par exemple, son ouvrage Humain, trophumain. Sa théorie quant aux origines de la morale se fait totalement neuveet prend le contrepied total de la précédente. En effet, il oppose dans saréflexion tradition à instinct, comportement mû par l’habitude à capacitésinnées.

Rappelons quelle était lathéorie principale de Nietzsche antérieure à la rédaction d’Aurore. Selon lui, l’obligation del’homme envers la morale était mue par plusieurs composantes majeures : latradition, l’habitude et le pouvoir de l’ancienneté de celles-ci. En effet,selon lui, la morale est constituée de règles préétablies que l’homme, par habitude,va suivre. Plus la tradition aura fortement marqué ces habitudes comme étant« morales », plus l’homme se jugera moral en les suivant. Ainsi, lamoralité ne viendrait pas de la nature humaine elle-même mais d’une prised’habitude, de l’adoption répétée de mœurs et de rituels qui désignerait desprincipes comme « moraux », selon l’adage bien souvent répété de« ce qui se fait » ou « ce qui ne se fait pas » : « Avoir de la morale, des mœurs, une éthique, celasignifie obéir à une loi ou à une tradition fondées en ancienneté […] Onappelle “bon” celui qui, comme tout naturellement, à la suite d’une longuehérédité, donc aisément et volontiers, agit en conformité avec la morale tellequ’elle est à ce moment. […] il est dit bon parce qu’il est bon “à quelquechose” ». À l’inverse, avec la différence et le refus desuivre les traditions et les coutumes contemporaines, la morale perdrait toutesa valeur, la bienveillance deviendrait méchanceté, la générositéavarice : « être méchant c’est[…] s’opposer à la tradition, quelque raisonnable ou absurde qu’elle puisseêtre ».

Cette thèse mettrait donc envaleur le fait que l’homme n’est pas maître de sa propre morale. Il ne suivraitpas celle-ci par volonté et par devoir personnel, mais par attrait pour la collectivité,l’habitude. Ainsi, la morale ne serait pas une qualité intrinsèque à l’hommemais une sorte de règle de conduite que l’on suivrait de génération engénération, qu’elle soit fondée ou non.

Cependant, dans Aurore, Nietzsche modifie sa thèse etredonne toute son individualité, tout son libre arbitre à l’humain. En effet,il réfute ce manque de confiance en la valeur de la moralité, en l’assimilantdavantage à des composantes naturelles de l’humain, qu’à sa capacité à suivrela tradition. Ainsi, la morale reposerait sur tous les instincts naturels del’homme, sur ses émotions et ses tendances personnelles, celles-là même quiconstruisent son humanité et son individualité, sa différence par rapport auxautres. Ainsi, l’homme pourrait donc agir moralement car ce sont ses instinctsqui le poussent à se conduire de la sorte, ou bien parce qu’il a su les domineret les maîtriser, et non par une interférence quelconque extérieure, de latradition, des us et des coutumes de sa société. Par exemple, Nietzsche pensequ’il est possible, et même totalement envisageable, de maîtriser ses instinctspour les modeler à la taille de la morale, les adapter à celle-ci. Lorsqu’uninstinct est trop fort, il nous donne donc les clés pour le réfréner : « éviter les occasions, implanter la règle dans lapulsion, provoquer la satiété et le dégoût de la pulsion, établir uneassociation avec une idée torturante (comme celle de la honte, des conséquencesaffreuses ou de l’orgueil offensé), ensuite la dislocation des forces etfinalement l’affaiblissement et l’épuisement général, – telles sont les sixméthodes ». Cependant, il explique aussi que ces méthodes sont valables pourtenir les pulsions néfastes à l’écart, mais que résister à un instinct déjàprésent est hors de portée de la force humaine pour l’instant.

Ainsi, sa nouvelle thèsedonne une approche beaucoup plus psychologique de la morale par l’homme. Elledénie l’ancienneté et la tradition comme responsables des règles morales etredonne à l’homme son entière part de responsabilité dans l’achèvement decelle-ci. Elle envisage également l’homme en tant que potentiel acteur de lamorale, et considère l’étude de sa psychologie profonde comme nécessaire pourparvenir à la compréhension totale de la moralité.

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