Celui qui n'avait jamais vu la mer

par

Nostalgie de l’innocence d’une société préindustrielle

A. Une volonté de retour à l’origine du monde : la mer

 

Tout comme « Sindbad le Marin, […]ce fameux voyageur qui a parcouru toutes les mers que le soleil éclaire », Le Clézio voulait faire de Daniel, son personnage principal, un jeune garçon amoureux de la mer : dès les premières lignes du roman, l’auteur fait du héros un associé inséparable du monde marin qu’il interpelle en disant : « Viens ! Monte jusqu’ici, arrive ! Viens ! », et plus loin : « Il s’appelait Daniel, mais il aurait bien voulu s’appeler Sinbad, parce qu’il avait lu ses aventures dans un gros livre relié en rouge, qu’il portait toujours avec lui, en classe et dans le dortoir. En fait, je crois qu’il n’avait jamais lu que ce livre-là. Il n’en parlait pas, sauf quelquefois quand on le lui demandait. Alors ses yeux noirs brillaient plus fort, et son visage en lame de couteau semblait s’animer tout à coup » ; ou encore en écrivant : « Il allait à la même vitesse que la mer, sans s’arrêter, sans reprendre son souffle, écoutant le bruit des vagues ».

Le personnage présente les caractéristiques courantes de l’adolescence, qui est complètement coupé du monde matériel, cherche à explorer avidement le monde original, naturel, sauvage. La passion que Daniel a pour la mer l’épanouit car elle le berce et le transporte loin du monde cruel et austère des adultes qu’il désire oublier grâce à la force naturelle de la mer, une force qui lui donne l’exemple d’une liberté éternelle, d’un milieu en harmonie.

Ce n’est pas un hasard si Le Clézio a choisi un enfant comme protagoniste. L’enfant représente l’innocence, la fraîcheur et le goût de la vie sauvage par opposition à l’expérience, au matérialisme et à une société industrielle création des adultes. En ce sens, l’enfant se range du côté de la mer qui existe depuis la nuit des temps dans son authenticité. Elle est naturelle, libre et constamment en mouvement, en vie. Et c’est ce à quoi aspire l’enfant, n’ayant pas encore atteint l’âge de la maturité, de se fixer dans le monde.

 

B. L’aventure poétique : la prise de conscience d’une éternité

 

Celui qui n’avait jamais vu la mer est un récit très riche en vocabulaire lié au monde marin. Le lecteur est, en effet, submergé par la description, faite avec une grande sensibilité, de la mer toujours en mouvement : « La mer était belle ! Les gerbes fusaient dans la lumière, très haute et très droite, puis retombaient en nuages de vapeur qui glissaient dans le vent. L’eau nouvelle emplissait les creux des roches, lavait la croûte blanche, arrachait les touffes d’algues. Loin, près des falaises, la route blanche de la plage brillait. »

Cet extrait descriptif présente une métaphore traduisant l’idée d’une volonté de se laver (avec l’eau salée mais propre de la mer) de toute cruauté et péché qu’a pu engendrer l’homme sur terre pour pouvoir jouir d’un monde nouveau, innocent et exempt de taches. En outre, voyant la mer, Daniel semble voir la lumière d’un monde meilleur, ce qui est perceptible dans les expressions telles que « croûte blanche », « route blanche » ou encore « la plage brillait ».

Le Clézio berce et emmène son lecteur, avec ses mots forts en images, dans le monde lointain de la mer, vers un passé révolu, toujours accessible à celui qui sait le voir, présenté dans son éternité, au gré d’une longue danse sans fin : « C’était comme une danse qui ne pouvait pas finir, la danse du sel quand la mer était basse, la danse des vagues et du vent quand le flot remontait vers le rivage ».

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