Chatterton

par

ACTE III

Alors que les deux premiers actes avaient lieu dans la pièce principale de la maison Bell, nous sommes maintenant dans la chambre minuscule de Chatterton. La première scène est un long monologue du poète. Il y exprime ses doutes, son désespoir, et la tentation du suicide devient plus concrète : il a sur lui un poison dont il pourrait bien se servir.

            Le quaker entre dans la chambre. Il voit le poison et comprend que Chatterton a décidé de passer à l’acte dans peu de temps. Il tente alors de le convaincre de ne pas se tuer. Comme ses arguments n’ont pas d’effet, il lui révèle que Kitty Bell est amoureuse de lui et lui affirme qu’elle se tuera s’il se tue. Chatterton a des sentiments pour elle également et se résout à ne pas mourir pour ne pas, indirectement, la tuer.

Le quaker et Kitty discutent. Le quaker annonce que Chatterton va déménager. Kitty est satisfaite, car elle préfère le voir partir que mourir. On entend les Lords et John qui reviennent.

            Lord Talbot a appris, entretemps, la misère de Chatterton et souhaite l’aider. Il sait que plusieurs créanciers le poursuivent. Il décide d’aller solliciter le soutien de puissants hommes, notamment le Lord-Maire. Chatterton va avec eux.

            Le poète est résigné. Il est prêt à se laisser aider, autant qu’à se laisser emprisonner par ceux à qui il doit de l’argent. Lord Talbot le juge avec bienveillance, tandis que John le trouve hautain, irrespectueux et pense qu’il ne mérite pas d’aide. On entend une voiture approcher.

            C’est le Lord-Maire en personne qui débarque. Il est plein de bonhommie et de bienveillance mais trop pragmatique. Il incite Chatterton à travailler, en condamnant l’inutilité de la poésie. Il lui propose de se mettre sous sa tutelle. Chatterton accepte mollement. Tout le monde part dîner, il viendra plus tard, il souhaite avant tout « brûler quelques papiers ».

            Chatterton, seul, repart dans un nouveau monologue. Pendant ce monologue, il boit le poison et déchire symboliquement ses poèmes.

            Kitty le surprend dans sa petite cérémonie, mais ne sait pas qu’il a avalé du poison. Elle lui parle comme s’il pouvait encore être sauvé et essaie de le convaincre d’aller manger avec les autres. Chatterton retourne dans sa chambre et s’évanouit. Kitty découvre la fiole vide.

            Le quaker entre. En apprenant la situation, il va parler à Chatterton tout en gardant Kitty à l’écart. Chatterton meurt. Kitty meurt de chagrin. John est épouvanté.

 

 

            L’histoire de Chatterton est mise au service du point de vue romantique que Vigny a sur le monde. Chatterton forme un plaidoyer au profit de l’artiste et au détriment de la société qui reste indifférente à sa détresse. Vigny, idéalement, aimerait que la société s’occupe et libère les jeunes artistes prometteurs des soucis matériels.

Pour autant, la pièce n’est pas, dans sa forme, un modèle de romantisme. On est loin de Ruy Blas de Hugo ou d’Unspectacle dans un fauteuil de Musset, exaltés et denses. La facture de Chatterton correspond, en somme, aux canons classiques avec le respect des trois unités. De plus, cette Kitty Bell, qui brûle d’amour sans jamais le formuler et meurt en emportant son secret dans la tombe, a tous les airs d’une héroïne racinienne. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur ACTE III >