Chatterton

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Le statut du poète dans la société

La société dans laquelle Chatterton vit est une sociétématérialiste. Les artistes en général et le poète en particulier ne sont pasacceptés, ici, comme des contributeurs à l’économie de la société, encore moinscomme de possibles artistes à part entière. Pour la majorité des personnes, lapoésie n’est qu’un divertissement, un caprice de l’âme, comme le déclare LordBeckford lui-même. C’est cette condition détestable que critique Vigny, car lespoètes ne sont pas en mesure de gagner assez pour survivre, comme le déclareLord Talbot en faisant référence à Chatterton : « ses beaux poèmes ne lui ont pas donné unmorceau de pain. Ceci est tout simple ; ce sont des poèmes, et ils sontbeaux. »

Chatterton, poète martyrisé par sa condition, essaied’asseoir son point de vue en faisant allusion au fonctionnement d’un navire.Il insinue que l’Angleterre serait un grand navire et que tout le peuple feraitpartie de l’équipage, y compris les poètes. Et il fait même cette allusiond’une manière poétique : « l’Angleterreest un vaisseau. Notre île en a la forme : la proue tournée au nord, elleest comme à l’ancre au milieu des mers, surveillant le continent. » Mais làencore, Lord Beckford lui rappelle que même en tant que partie de l’équipage,les poètes ne jouent aucun rôle valable. C’est ainsi que le poète se décourage,et dans ses paroles on peut sentir la profondeur de son désespoir : « n’ai-je pas quelque droit à l’amourde mes frères, moi qui travaille pour eux nuit et jour ; moi qui chercheavec tant de fatigues… quelques fleurs de poésie dont je puisse extraire unparfum durable ? »

La situation empire lorsque Chatterton se rend compte quela société reconnaît en effet son talent, mais refuse de l’admettre lui. Lapreuve en est que lorsqu’il publie ses plus célèbres poèmes sous la fausseidentité d’un moine nommé « Howley », la société le couvre d’honneurs.C’est donc toute cette injustice qui donne à Chatterton l’impression de vivredans un tonneau de tourments, et sa tristesse n’est pas tellement de n’avoirpas de gagne-pain, mais surtout de ne pas être apprécié à sa juste valeur en tantque poète. Ainsi, il sombre dans une totale  dépression : « Je n’écrirai plus un vers de ma vie,je vous le jure ; quelque chose qui arrive, je n’en écrirai plus unseul. » Et lorsqu’il décide de se suicider, il choisit même de brûler tousses manuscrits, car pour lui le monde ne les mérite pas.

Cette place que la société attribue au poète serait expliquéepar la manière dont la société voit la poésie. Comme le dit Lord Beckford : « la plus belle muse du monde ne peutsuffire à nourrir son homme, et qu’il faut avoir ces demoiselles-là pour maîtresses,mais jamais pour femmes. » Cela signifie que la poésie ne devrait êtrequ’une occupation passagère, un passe-temps et non une carrière. Ainsi donc, seservant des yeux de l’Angleterre, Lord Beckford rappelle à Chatterton sonmanque de valeur, et le fait que sa vie et son histoire n’ont rien despécial : « Votre histoire estcelle de mille jeunes gens ; vous n’avez rien pu faire de vos mauditsvers, et à quoi sont-ils bons, je vous prie ? » Il insinue queChatterton serait inutile car il a dédié sa vie à la poésie.

Cette injustice sociale dont sont victimes les artistesen général et les poètes en particulier est ainsi le thème principal qu’avoulu mettre en avant Vigny dans Chatterton.

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