Chéri

par

Le milieu des demi-mondaines

Une demi-mondaine, selon les critères sociauxde la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, estune femme entretenue par un riche amant. Certaines sont passées à la postérité,comme Liane de Pougy ou Caroline Otero – la Belle Otero. Le nom de la pluscélèbre d’entre elles, personnage de fiction dont le patronyme est devenu unsubstantif, est la Nana de Zola, qui apparaît dans le roman du même nom. Cemode de vie s’apparente à une prostitution de luxe, même si ce mot n’est jamaisutilisé dans Chéri.

Léa de Lonval – à la particule d’opérettepuisque son vrai nom est Léonie Vallon – gravite dans une sphère sociale oùl’on rencontre ses consœurs, comme Madame Peloux, la mère de Fred, mais aussila baronne de la Berche dont le visage vieillissant n’est que « poils dansles oreilles, buissons dans le nez et sur la lèvre », Mme Aldonza, « unetrès vieille danseuse aux jambes emmaillotées », et aussi Lili, « peut-êtresoixante-dix ans, un embonpoint d’eunuque corseté » qui s’affiche avec sonamant adolescent, le prince Ceste. Ces femmes ne fréquentent personne d’autresque les gens de leur demi-monde : femmes du siècle dernier à la beautéfanée et hommes bien plus jeunes qu’elles entretiennent et gardent auprèsd’elles : le schéma d’autrefois s’est inversé.

Cependant, la présence de ces jeunes gens nepeut cacher la réalité des ravages du temps qui passe : rondeur de MadamePeloux, qu’on nommerait aujourd’hui surpoids ou obésité ; poitrine deLili, « profonde ravine » dans laquelle disparaît un collier deperles ; « perruque d’un noir laqué » que Mme Aldonza porte detravers, etc. Tout n’est que vieillesse autour de Léa, même si Lili se pique desuivre la mode du temps présent, et se rend ainsi ridicule. Tout n’est quevieillesse autour de Léa, sauf Chéri.

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