Chéri

par

Résumé

Léa de Lonval a tout d’une grande bourgeoise : hôtel particulier, domestiques, train de vie, bref, une apparence de respectabilité sans tache. Pourtant, Léonie Vallon – c’est son vrai nom – est une courtisane ; les hommes et l’argent qu’ils ont bien voulu lui donner ont fait sa fortune. À quarante-neuf ans, elle voit poindre la vieillesse avec une tristesse résignée. Cependant, son corps ne l’a pas encore trahie : elle demeure une très belle femme. Elle a des amies, toutes courtisanes elles aussi, qui connurent leur heure de gloire à la fin du XIXe siècle parisien. Elles se rencontrent dans leurs riches logis et passent leur temps à comparer leurs charmes fanés et à mesurer sur le visage des autres les ravages du temps qui passe.

Il est une de ces amies avec qui Léa entretient des relations plus étroites, faites d’affection et de rivalité jamais éteinte : Madame Peloux, une ancienne danseuse toute ronde et un peu alcoolique. Madame Peloux a un fils, Fred, qu’elle a laissé pousser – car on ne peut pas dire qu’elle l’a élevé – entre l’office et la cuisine, parmi les cuisinières, les femmes de chambre et le cocher, avec pour amies les amies de sa mère ; il fut donc accoutumé très tôt aux mœurs légères. Fred est un jeune homme de vingt-cinq ans cynique et gâté, doté d’un sens de l’économie très bourgeois, et il a la beauté parfaite d’un marbre grec antique. Léa le connaît depuis qu’il est enfant ; depuis six ans, il est son amant.

Malgré la grande différence d’âge, le couple s’affiche sans complexe, et se voit accepté dans leur milieu. Le splendide jeune homme sur qui les femmes se retournent dans la rue se montre sans crainte au bras de la courtisane mûre mais encore si belle. Elle l’a fait, elle a complété son éducation. Elle a sculpté son corps en le poussant à apprendre le noble art de la boxe, avec l’aide de son ami Patron, un entraîneur familier et ambigu. Elle aime ses manières de jeune chien mal élevé qui assume sans gêne ni complexe son statut d’homme entretenu par sa riche compagne plus âgée. Le personnel de la maison de Léa le traite en familier dont on connaît les habitudes. Elle le gave de riches nourritures sucrées, elle le dorlote dans son boudoir rose meublé à la mode de son temps, et Chéri – c’est ainsi qu’elle l’a nommé – se vautre avec délice dans les draps satinés de Nounoune, surnom affectueux qu’il donne de son côté à Léa depuis son enfance. Le plaisir suprême pour Chéri est de s’endormir paisiblement au creux de l’épaule de Léa. Celle-ci peut alors contempler le corps splendide et parfait de son jeune amant, abandonné dans son sommeil de petite brute égoïste.

Il est pourtant une ombre à ce tableau : Chéri va se marier. Dame, il le faut bien. Un jeune homme qui se veut respectable se doit d’avoir une épouse, sa maison, son train. La jeune fille qu’il va épouser a dix-neuf ans ; c’est Edmée, fille d’une autre ancienne courtisane devenue elle aussi respectable. Elle est riche et jolie, l’une union est parfaite. Léa et Chéri en discutent souvent, et le jeune homme décrit avec un humour féroce la lutte de Mme Peloux et de la mère d’Edmée montrant les dents pour préserver les intérêts de leur progéniture respective. La date fatidique se rapproche. Léa et Chéri doivent se séparer, et se disent au revoir – apparemment comme de bons amis.

Pourtant, Léa quitte Paris sans laisser d’adresse, pas même à ses domestiques. Chéri et Edmée sont quant à eux partis pour l’Italie où ils passent une lune de miel des plus classiques. Après quelques semaines, le jeune couple est de retour et se consacre à l’aménagement de leur propre logis. Mais les travaux traînent en longueur, Chéri tourne en rond comme un jeune chien en cage. Il finit par retourner chez Léa, qu’il n’a pas vue depuis six mois. La maîtresse de maison est partie sans laisser d’adresse. Pire, Mme Peloux laisse entendre que Léa aurait quitté Paris avec un jeune amant. Comment, Nounoune aurait remplacé son Chéri ? Le jeune homme ne supporte pas cette idée et quitte brusquement sa jeune épouse pour s’installer à l’hôtel. Pendant trois mois, il mène une ennuyeuse vie de débauche, jusqu’au jour où il apprend le retour de Léa à Paris. Il rentre alors à son foyer d’homme marié. Mais ce retour auprès d’Edmée ne dure pas. Un soir, sans se faire annoncer, il se présente chez Léa.

Celle-ci a voyagé, a promené sa solitude et son chagrin, s’est distraite avec quelques hommes. Elle rentre à Paris sans intention de revoir son jeune et bel amant. Pourtant, quand il se présente chez elle en pleine nuit, elle ne le repousse pas. Si Chéri est là, c’est qu’il la préfère, c’est sur son épaule ronde et douce qu’il vient s’endormir plutôt que sur celle d’Edmée. Il l’aime donc, il l’aime comme elle l’aime. Les deux amants s’endorment comme autrefois. Quand vient le jour, Chéri feint de dormir et observe sa maîtresse à travers ses cils. Léa lui apparaît alors comme ce qu’elle est : une femme qui a vieilli, dont le corps est attaqué par le temps. Ce n’est plus Nounoune, sa tendre initiatrice ; c’est une vieille femme. Quand il se lève, Léa comprend immédiatement que Fred va partir. Malgré la morsure du chagrin, elle ne fait rien pour le retenir. Fred part rejoindre sa femme d’un pas léger, sous le regard de Léa qui reste seule dans son boudoir rose, avec ses souvenirs et ses larmes.

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