David Golder

par

L’argent : pouvoir et fondation de l’identité

L’argent tient une place importante dans les romans d’Irène Némirovsky en tant que facteur de perversion des hommes, associé qu’il est au prestige social qui en découle. Ici, nous pouvons voir qu’au nom de l’argent, les protagonistes vont être poussés dans des situations totalement déshonorantes, oublier leurs valeurs humaines déjà peu développées, et s’enfoncer dans un monde où seul le matérialisme compte.

En effet, on ressent premièrement chez David Golder un désir de conserver cette renommée, ce prestige qu’il a acquis depuis son commencement tout au bas de l’échelle sociale. Dans les premiers chapitres du livre, il se remémore ses débuts difficiles, se décrivant comme n’ayant été « qu’un petit Juif maigre, aux cheveux roux, aux yeux perçants et pâles, les bottes trouées, les poches vides… Il dormait sur les bancs, dans les squares, par ces sombres nuits du commencement de l’automne, si froides… Il lui semblait encore, après cinquante années écoulées, sentir au fond de ses os l’humidité pénétrante des premiers brouillards, épais, blancs, qui collent au corps et laissent sur les vêtements une sorte de givre raide et glacé… ». Son passé lui inspire donc de mauvais souvenirs et un dégoût de lui-même qu’il n’a pu vaincre que par l’argent ; aussi celui-ci rime pour lui avec une réussite personnelle et une affirmation de son identité, si bien qu’il ne peut facilement en faire fi. L’argent devient donc vecteur de l’identité, de la force morale de celui qui est parvenu, à partir de rien, à grimper les échelons de la société afin de se démarquer du menu peuple.

Cependant, de cette énergie que transmet l’argent dans David Golder, une autre caractéristique ressort finalement, convoyée par la femme et la fille du banquier tout particulièrement. Ces deux personnages féminins montrent tous les excès, toutes les dérives que l’accoutumance à l’argent peut engendrer. Chacune d’elle tombe, à sa manière, dans un rapport déséquilibré à l’argent, qui usurpe désormais aux sentiments familiaux leur juste place. Ainsi, les rapports affectifs entre père et fille ne sont régis que par l’argent que celle-ci lui réclame tout le temps, et Gloria ne considère plus David comme son époux à partir du moment où il n’est plus capable d’assumer leur vie de luxe et d’agapes : « Jamais il n’avait mis un sou de côté pour elle… Tout coulait, tout disparaissait d’une affaire à une autre… […] Est-ce que le premier devoir n’était pas d’assurer à sa femme une fortune convenable, suffisante ? Ils n’avaient rien. Quand il abandonnerait ses affaires, il ne resterait rien ». Ainsi, l’argent revêt une fonction particulière : il modèle l’individu, le malaxe à son gré et en fait, selon son bon plaisir, quelqu’un d’indispensable, ou encore un inutile paria. Les personnages de l’œuvre ne se considèrent les uns les autres qu’en fonction de l’argent qu’ils peuvent gagner ou dépenser ; les questions matérielles deviennent primordiales et corrompent les valeurs humaines.

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