Du monde entier

par

B – Les Pâques à New-York.

'' Les Pâques à New York '' fut écrit par Cendrars (dont le premier pseudonyme fut d’abord Cendrart) lorsqu'il était dans cette ville en 1912. C'est le seul des trois longs poèmes qui est écrit en respectant les règles de forme de la poésie, que ce soit le nombre de pieds ou les rimes, ce qui le rend classique, mais aussi atypique pour Cendrars. Ce poème fut écrit alors que Cendrars était très pauvre, alors qu’il ne travaillait pas. L'histoire de ces vers est celles des Pâques qui veulent aller à une bibliothèque de la ville, mais elle est fermée. Ce poème évoque un appel à Dieu, pour l'aider à se sortir de sa situation misérable mais aussi de sa solitude qui lui pèsent de plus en plus, (il était désespéré, mais aimait son monde, comme il l’écrivit plus tard ‘’ Pour être désespéré, il faut avoir vécu et aimer encore le monde. ‘’). La solitude était selon lui la rançon de l’écriture, comme il disait ‘’ Ecrire est une vue de l'esprit. C'est un travail ingrat qui mène à la solitude. ‘’ Cette misère et cette solitude le poussèrent vers la dépression, qu'il exprime ainsi en appelant de nombreuses fois Dieu, ‘’ Seigneur ‘’ formant une sorte d’anaphore, revenant au début de nombreux vers, comme une plainte '' Seigneur, rien n’a changé depuis que vous n’êtes plus roi, Le Mal s’est fait une béquille de votre croix '', évoquant Jésus Christ et le chaos du monde du XX° siècle, où rien ne va plus selon lui. Il appelle ainsi dieu pour lui venir en aide, mais aussi sauver le monde, l'humanité, et donc pour tous les hommes ‘’ Seigneur, c’est aujourd’hui le jour de votre Nom, J’ai lu dans un vieux livre la geste de votre Passion ‘’. On a l'idée d'une foi intacte bien qu'il ne lui reconnaisse plus beaucoup de pouvoir, vu qu'il n'est plus roi. Le poème de Cendrars constitue une forme de prière, où l’auteur se met en première ligne, débutant de nombreux vers par ‘’ je ‘’, s’impliquant lui-même et disant la vérité à Dieu, comme pour justifier sa demande en aide : ‘’ Je suis assis au bord de l’océan’’, ‘’ Je suis triste et malade. Peut-être à cause de Vous, ‘’, ‘’ Je chancelle comme un homme ivre sur les trottoirs. J’ai peur des grands pans d’ombre que les maisons projettent. J’ai peur. Quelqu’un me suit. Je n’ose tourner la tête. ‘’

Ce poème constitue aussi pour le poète une manière de se souvenir, d’évoquer sa mémoire, sa vie passée, depuis qu’il est arrivé à New-York, une année qui semble des siècles, et il va voyager dans le temps comme il voyage dans le monde, relatant ce qu’il a vécu, les gens qu’il a rencontrés, sans s’embarrasser des calendriers, des unités de temps, il traverse comme une époque, évoquant la révolution russe ‘’ Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe… Et le soleil était une mauvaise plaie qui s’ouvrait comme un brasier. ‘’ et ce avant qu’elle ne se produise, le poème est écrit en 1913, la révolution russe se produit en octobre 1917, il évoque l’éternité, se plaçant à côté, son écriture devant lui survivre ‘’ Attend derrière la porte, attend que je l’appelle! C’est Vous, c’est Dieu, c’est moi, — c’est l’Éternel. ‘’

Il va parler de ses rencontres, qui illustrent la vie difficile des artistes en dehors du cadre conventionnel, les musiciens, les écrivains, vivant dans les rues comme lui, des personnages particuliers, des gens qui se droguent, des gens vivant dans la misère, et les consacre aussi, pour l’éternité :

‘’ Il raisonnait comme un philosophe, ce vieux bandit.

Je lui ai donné de l’opium pour qu’il aille plus vite en paradis.

Je pense aussi aux musiciens des rues,

Au violoniste aveugle, au manchot qui tourne l’orgue de Barbarie,

À la chanteuse au chapeau de paille avec des roses de papier;

Je sais que ce sont eux qui chantent durant l’éternité.’’

Ce désespoir se concrétise à la fin, par un abandon, ‘’ Je pense, Seigneur, à mes heures malheureuses …Je pense, Seigneur, à mes heures en allées …Je ne pense plus à vous. Je ne pense plus à vous. ‘’

Ce poème sera d’ailleurs mis en scène par Alain Meilland, mais aussi plus récemment par Cyrille Andrieu-Lacu, mais aussi par un rappeur, prouvant l’influence de Cendrars, dans tous les genres artistiques.

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