Effroyables jardins

par

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Michel Quint

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1949 : Michel Quint naît à
Leforest (Pas-de-Calais) dans une famille de la classe moyenne, d’un père
professeur. Il ne quittera jamais sa région de naissance. Après avoir fait son
lycée à Roubaix, il part pour Lille étudier les lettres classiques. Suite à sa licence
il enchaîne avec une maîtrise d’études
théâtrales
. Il entame ensuite une carrière de professeur de lettres
classiques
puis de théâtre, tout
en commençant à écrire, d’abord du théâtre, notamment des feuilletons pour
France Culture. Il se fait ensuite auteur de polars et remportera en 1989 le Grand Prix de Littérature policière
pour Billard à l’étage. En parallèle
de sa carrière d’écrivain, il continuera d’enseigner
à mi-temps
, soucieux de se confronter toujours aux grands textes
fondateurs.

2000 : C’est avec Effroyables jardins que la carrière
de Michel Quint prend une toute nouvelle dimension. Ce roman qui rencontre un grand succès est traduit dans plus de
vingt langues et sera adapté au grand écran par le réalisateur Jean Becker en
2003. Il aborde la période de la Seconde
Guerre mondiale
par un biais original. En effet, le regard consterné que
pose un jeune garçon sur son père – celui-ci se déguise en clown et se produit
sans grand talent dans des fêtes de quartier ou d’anniversaires – va changer du
tout au tout quand son oncle Gaston lui raconte leur expérience de résistants prisonniers des Allemands. Le fils va alors comprendre pourquoi son
père tient tant à se costumer de la sorte, comme un hommage rendu à ce soldat
allemand qui s’était montré particulièrement humain au cœur de la guerre. Le
roman va donc à rebours des clichés sur l’ennemi en temps de guerre et se
distingue en outre par un changement de ton
frappant lorsque Gaston, qui s’exprime avec rustrerie, prend en charge le récit. Michel Quint a dédié son œuvre
à son grand-père, mineur de fond et soldat à Verdun, et à son père résistant.

2001 : Le roman Aimer à peine poursuit en quelque sorte l’histoire d’Effroyables jardins. Le narrateur, alors
stagiaire et futur candidat au concours de l’ENA, se retrouve à l’été 1972 à Munich, lors des Jeux olympiques ensanglantés par les attentats
terroristes. Il y fait la connaissance d’une jeune fille du même âge que lui,
très mystérieuse, qui veut devenir journaliste. Il rencontre en outre l’ancien
officier allemand qui avait arrêté et déporté son père résistant. Les questions du pardon, de la vengeance,
de la culpabilité et de la honte sont ainsi abordées par Michel
Quint, sous celle, obsédante, du souvenir.
Ce récit écrit comme un long monologue
au père
qui vient de disparaître se distingue à nouveau par son style, l’auteur n’hésitant pas à user à
l’occasion d’un patois lillois. À
nouveau la gravité des faits se voit quelque peu contrebalancée par la légèreté des manifestations de l’humour de l’auteur.

2004 : Sur les trois heures après dîner est un roman pour adolescents mélodramatique
qui apparaît inspiré par l’expérience d’étudiant et de professeur de Michel
Quint. En effet, le cadre en est une classe
de lycée option théâtre
et les protagonistes un professeur de théâtre
trentenaire et son élève Rachel, dix-sept ans, qui en tombe éperdument
amoureuse. Quand le professeur est victime d’une hémorragie cérébrale, Rachel
va se montrer d’une grande aide. Les interférences entre Cyrano de Bergerac, la
pièce que les élèves répètent, et l’œuvre de Quint sont nombreuses. Intervient
par exemple le personnage de Kader, qui joue Christian dans la pièce, et qui
est amoureux de Rachel dans le roman.

2005 : Michel Quint a largement sollicité son amour du théâtre pour écrire Et mon mal est délicieux, une
histoire d’amour entre deux adolescents qui répètent Le Cid. L’action se situe
non dans le Nord cher à Quint mais à Avignon
pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Chimène, c’est Luz, une gitane
d’origine espagnole ayant fui Barcelone pour se réfugier dans le Sud de la
France ; Rodrigue, c’est Max
Klein, le fils d’un juge follement épris de sa partenaire de scène, et qui va
éprouver quelque jalousie quand fait son apparition… Gérard Philippe, auquel le roman rend aussi hommage.

2008 : Le roman Une ombre, sans doute offre une nouvelle fenêtre vers le passé,
cette fois à travers le parcours de George, un architecte sexagénaire revenu
dans son village du Nord après avoir
appris que ses parents venaient de mourir à une semaine d’intervalle. À travers
le témoignage de locaux, il va se retrouver plongé dans la période de la Seconde Guerre mondiale, ses
résistances, ses compromissions, ses
trahisons, ses amours aussi. Au
centre de l’histoire, l’atelier de
couture
de la mère de George, dont l’atmosphère est soigneusement rendue. La
chronologie est largement bousculée ; il est aussi question
de l’Espagne de 1936 et de faits
ayant lieu en 2004. L’intrigue est foisonnante, parfois difficile à
suivre, et Michel Quint continue de se faire remarquer par son style, souvent quasi oral.

La même année paraît Max, nouvelle histoire
d’amour sur fond de Deuxième Guerre mondiale, cette fois entre Max, pseudonyme
de Jean Moulin, et Agathe, une jeune
étudiante en histoire de vingt-et-un ans dont il s’éprend, et qui rentre peu à
peu dans la résistance à ses côtés. La narration se distingue ici par
l’alternance d’un récit à la première personne assumé tour à tour par Max et
Agathe.

2011 : Le roman Les Amants de Francfort plonge à nouveau le lecteur dans les années 1970 et l’Allemagne des années de plomb où sévit la bande à Baader. On la
découvre à travers les yeux de Florent, un jeune éditeur à succès venu pour affaires à la Foire du livre de Francfort. À nouveau il s’agit d’un livre très dense, où une histoire d’amour se superpose à un roman noir et à un récit
historique
. Le milieu de l’édition est
largement abordé, ainsi que la conception différente que l’on se fait du livre en
France et en Allemagne. Le style oral,
volontairement relâché qu’emploie à
nouveau Michel Quint peut surprendre.

2013 : Michel Quint est parti de faits
divers
pour écrire son roman En dépit des étoiles, ayant à voir
avec des disparitions de jeunes gens
dans la Deûle
, cette rivière du Nord où les découvertes de cadavres se sont
multipliés en quelques mois. L’auteur imagine que la sœur d’un disparu, jeune
espoir du football, ne s’est pas ralliée à la thèse de l’accident et mène
l’enquête, entraînant à sa suite d’autres détectives amateurs. Il est question
du milieu du football, de corruption, de prostitution et de l’abandon
du patrimoine industriel
. L’intrigue va de rebondissement en rebondissement
et Michel Quint emploie à nouveau ce patois
du Nord
qu’il affectionne.

 

 

« En fait, on était
quatre, à piétiner trente mètres carrés en gros. Ton père avait arpenté le
diamètre, grosso modo, et calculé l’aire, avec pi 3,14 et tout le tremblement.
Résultat : trente mètres carrés.

Ça nous faisait une belle
jambe. Même qu’on aurait eu un empire à se partager, du moment que c’était pour
y mourir et y être enterrés tout cru, la superficie exacte on s’en tapait. Parce
qu’on se disait : crénom de cadeau, on a le plaisir et le privilège de
visiter notre propre tombeau ! »

 

« Je ferai le clown de
mon mieux. Et peut-être ainsi je parviendrai à faire l’homme, au nom de
tous. »

 

Michel Quint, Effroyables jardins, 2000

 

 

« Les survivants
d’Hiroshima, les hibakushas, ont eu des enfants et des petits-enfants qui
portent aujourd’hui sur leur corps et au fond de leurs yeux les stigmates d’une
explosion, avant leur naissance, qui a fait d’eux des monstres. Nous sommes tous
des monstres issus de cataclysmes anciens. Moi, autant qui quiconque, je le
sais désormais. »

 

Michel Quint, Une ombre, sans doute, 2008

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