Effroyables jardins

par

Le contexte historique du récit de Gaston

  1. La France occupée

Le réalisme de ce roman se situe principalement dans la reconstitution du contexte historique. Dès le début, on retrouve l’ambiance de la vie quotidienne de la France occupée des années Vichy mais aussi l’atmosphère des années 50 avec les sorties familiales au cinéma, les vieilles voitures et les expressions si singulières à une époque. On trouve de nombreux exemples de lois nouvelles que le narrateur juge touchantes : « tous ces actes où Pétain commence par Nous, Maréchal de France… ». Le tableau est peint en quelques phrases, dès le début du récit. Lors de la séance de cinéma également, Cordula Trantow est la seule femme « et les autres, tous des noms allemands », montre bien l’ambiance de l’après-guerre. Les expressions utilisées également. Les soldats nazis sont appelés les « frisés », les « schleus » ou les «Messieurs vert-de-gris » ce qui ajoute aussi à l’aspect comique de l’histoire. On retrouve donc parfaitement, grâce à ce genre de détails, l’atmosphère des années 50 après la Seconde Guerre Mondiale

  1. Le régime de Vichy

C’est uniquement durant le récit de Gaston que les éléments de la Seconde Guerre mondiale sont visibles. Une réalité de violence et de peur est mise en place. Les lois, par exemple, auxquelles le narrateur fait référence (« et cette autre loi qui me touche »), sont en quelque sorte absurdes. C’est pourquoi les otages découvrent qu’ils servent d’exemple pour le sabotage du transformateur car ils ont battu au football l’équipe que supportait la police française : « Alors ils ont vengé leur honneur comme ils ont pu… ». Ce sont des otages innocents (c’est pourquoi Emile et Henri, les autres otages, ne comprennent même pas pourquoi ils sont là). Mais à la fois coupables. C’est là que se situe l’ironie de la situation. Encore une fois une trace de rire dans le dramatique. Le régime de Vichy était donc cruel et illogique. De plus, leur châtiment est particulièrement inhumain. Laisser les otages mourir de faim, de froid et de peur au fond d’un trou d’argile jusqu’à ce qu’ils dénoncent quelqu’un ou que quelqu’un de l’extérieur se dénonce, c’est particulièrement mauvais. Les autorités cherchent à corrompre. La question se pose de pouvoir ou non, pour sauver sa vie, dénoncer un coupable. La violence est donc claire. Pour ce qui est de la peur, elle est visiblement présente dans le témoignage de Gaston. Il dit lui-même « L’héroïsme, le cœur à l’échancrure de la chemise, la Marseillaise que tu leur chantes à la gueule jusqu’au souffle dernier, tu peux toujours rêver, mon garçon, c’est du roman ». Il existe donc le réalisme de la peur de mourir, la crainte est partout et s’insinue même chez les résistants que sont Gaston et André puisqu’aux différents moments où ils pensent être proches de la fin, ils se donnent la main, se disent au revoir et oublient, pour un instant, leur honneur et leur bravoure. La honte n’existe même plus. « On s’est juste pris la main, André et moi, comme deux gamins à la sortie de l’école ». Enfin, un dernier élément de réalisme concernant le régime de Vichy est le procès de Maurice Papon qu’évoque de manière implicite le narrateur. Il parle alors d’un « homme honorable à en croire certains emmédaillés, bien qu’il ait commis, çà et là quelques crimes ». Le mépris de l’auteur se perçoit parfaitement dans cette réplique, il en va jusqu’à inventer des mots péjoratifs.

  1. La Résistance

Si le décor de l’occupation est parfaitement remis en place, celui de la Résistance l’est également. Mais il s’agit ici d’une résistance légère, de petits citadins un peu lâches : « on avait été assez niquedouille pour se vanter d’être résistants, même rien qu’en douce, à éblouir quelques zézettes… ». Ils ne sont pas des héros, eux aussi ont peur. Ici, pas d’image glorifiante et héroïque de la résistance. En tout cas, pas dans les personnages légèrement pathétiques d’André et Gaston. La véritable résistance et les véritables héros, ce ne sont pas eux. On trouve cependant d’autres personnages qui permettent au lecteur de trouver encore un certain espoir au milieu de ce paysage désolé de la guerre. Tout d’abord, le véritable héros du récit est Bernd. C’est le seul à mentir et se cacher pour sauver la vie de personnes qu’il ne connaît même pas. Il sauve les otages du transformateur en leur faisant garder leur courage par le rire. Même s’il s’excuse d’être du côté des « méchants », il garde, au fond de lui, une dignité toute humaine de héros. Les deux autres héros de l’histoire sont le couple qui a permis aux otages d’être libérés. La femme a dénoncé son mari qui n’a nullement protesté, étant mourant. L’homme était donc un héros, une victime expiatoire puisqu’il a été fusillé à la place d’André et Gaston, les vrais coupables. Mais la femme également par son courage d’épouse est particulièrement honorable, offrant son sacrifice de guerre. Il s’avère d’ailleurs que l’épouse n’est autre que Nicole, la femme de Gaston : « Elle s’appelait Nicole. Encore maintenant d’ailleurs. Sinon qu’aujourd’hui elle est mariée avec moi. ». Le narrateur finit le roman en accomplissant un devoir de mémoire vis à vis de cette famille qu’il a si longtemps méprisée. Il trouve dommage d’oublier, avec le temps, de si grands héros. C’est sans doute pourquoi cette histoire a été écrite.

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