Essai sur l'entendement humain

par

La table rase et les sensations : le fondement de l'empirisme

Locke rejette l'idée selon laquelle tout le monde, parce qu'il est humain, aurait la même notion, la même vision qu'un autre, de façon innée. Il nie donc les idées innées et file la métaphore de la table rase, de la feuille vierge pour illustrer sa vision de l'esprit humain à la naissance : '' Si j’avais affaire à des lecteurs dégagés de tout préjugé, je n’aurais, pour les convaincre de la fausseté de cette supposition qu’à leur montrer que les hommes peuvent acquérir toutes les connaissances qu’ils ont, par le simple usage de leurs faculté s naturelles, sans les secours d'aucune impression innée. Mais parce qu'un simple particulier ne peut éviter d'être censuré lorsqu'il cherche la vérité par un chemin qui l'écarte de la route ordinaire je proposerai les raisons qui m'ont fait douter de la vérité du sentiment qui suppose des idées innées dans l'esprit de l'homme''.

Il estime qu'il n'existe rien dans cet esprit humain avant que l'individu ne fasse son expérience : ainsi il nie la réalité des idées innées et prône la connaissance par l'expérience : ''supposons donc qu'au commencement l'âme est ce qu'on appelle une table rase vide de tout caractères, sans aucune idée quelle qu'elle soit. Comment vient-on à recevoir des idées ? À cela je réponds en un mot : de l'expérience. C'est là le fondement de toutes nos connaissances et c'est de là qu'elles tirent leur première origine'', l'origine première de toute connaissance est donc l'expérience. Selon Locke, l'être humain arrive sur terre en naissant avec un esprit vide, qu'il compare à la table rase. Ainsi ces idées naissent d'elles-mêmes avec l'existence de l'homme et vont être produites à partir soit de la réflexion, du travail, du recul que l'on prend sur soi, soit aussi des sensations ressenties : c'est cela qui selon l'auteur fonde l'entendement humain.

Ainsi partant d’une table rase, l'esprit humain va se former par les sensations car Locke explique que l'humain ne peut connaître que ce qu'il peut voir, entendre, toucher, gouter, sentir : à partir de ces sens, on vit des sensations et on apprend, on enregistre, on mémorise, et on fonde sa connaissance et donc sa compréhension du monde, de son environnement, et son entendement. C’est cela qui conduit au titre de l'essai qui traite de ''l'entendement humain'', autrement dit la manière dont l'Homme appréhende et connait son monde. Ces sens sont ainsi ''frappés par certains objet extérieurs et font entrer dans notre âme plusieurs perception distinctes des choses''.

De cette façon, il va rejeter la connaissance de tout ce qui ne peut être appréhendé par les sensations, et donc la théologie et la métaphysique qui se retrouvent disqualifiées du rang des connaissances. Cependant, il nécessite que l'individu qui ressent, ait conscience de ce qu'il ressent pour mieux le percevoir, percevoir qu'il perçoit, et donc mieux connaître ce qu'il ressent : ''Ce qui provient uniquement de cette conscience qui est inséparable de la pensée, et lui est essentielle à ce qu’il me semble : car il est impossible à quelqu’un de percevoir sans percevoir aussi qu’il perçoit. Quand nous voyons, entendons, sentons par l’odorat ou le toucher, éprouvons, méditons ou voulons quelque chose, nous savons que nous le faisons. ''

Cet ouvrage représente le fondement de l'empirisme en philosophie, ce qui inspirera de nombreux penseurs qui suivront Locke. Cet essai est un ouvrage majeur dans l'histoire de la philosophie et donc fonde l'empirisme : ''La connaissance de l'homme ne saurait s'étendre au-delà de sa propre expérience.''

Par le fondement de la connaissance, Locke estime que la théologie, ou la métaphysique ne peuvent être connues comme science ou matière à réflexion étant donné que l'on ne peut les connaître par les sensations. Au contraire, Locke va retenir la connaissance de notions telles que la science physique, les mathématiques, et même les valeurs morales : ces idées qui, même si elles ne sont pas innées, peuvent se trouver vérifiées par la logique, et se déduire par l'intuition et des démonstrations scientifiques.

La notion d'idée est centrale pour Locke, car elle définit les limites de la réflexion : ''la connaissance nous manque absolument partout où les idées nous manquent. Elle ne s'étend pas plus loin que ces idées, et ne saurait le faire. C'est pourquoi partout où nous n'aurons pas d'idée, notre raisonnement s'arrête, et nous nous trouvons au bout de nos comptes''.

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