Essai sur l'entendement humain

par

Livre second

Ce second livres’attarde non plus sur les principes mais sur les idées et leur constitution.C’est ici que Locke a recours à une métaphore qui aura une large postérité, lafameuse « tabula rasa », table rase ou vide en latin. « Supposons donc, écrit-il, qu’au commencement, l’âme est ce qu’onappelle une table rase, vide de tous caractères, sans aucune idée, quellequ’elle soit. Comment vient-elle à recevoir des Idées ? […] D’oùpuise-t-elle tous ces matériaux qui sont comme le fond de tous lesraisonnements et de toutes les connaissances ? » Il répond : « Àcela, je réponds en un mot, de l’expérience : c’est là le fondement detoutes nos connaissances, et c’est de là qu’elles tirent leur premièreorigine. »

         Ainsi, d’après lui, l’homme n’a quedeux dispositifs pour accéder à la connaissance : la sensation et laréflexion, qui n’est jamais qu’une manière de faire un « bilan » dela sensation.

         Ensuite, Locke s’attarde sur les idéessimples. Les idées simples se définissent par opposition aux idées composées.« La neige est blanche » est une idée simple ; « laneige est froide » est une idée simple. L’esprit ne peut pas générerlui-même des idées simples. Elles naissent forcément de l’expérience sensible.En revanche, il peut tout à fait créer des idées complexes. Il lui suffit pourcela d’associer les idées simples, de les confronter de telle sorte que« la neige est froide mais le feu est chaud » peut être considérécomme une idée complexe. Locke insiste, au passage, sur l’inadéquation entrel’image de la réalité qui se forme dans notre pensée et la réalité effective.

         Locke distingue, dans le même sens, lesqualités premières des qualités secondes. Les qualités premières sontirréductibles, on ne peut pas les séparer de l’objet, quelle que soit lasituation de l’objet. Locke illustre ce propos avec l’image d’un grain de sablequ’on découperait en deux parties. Chaque partie de ce grain de sable, malgrétout, aura une étendue, une solidité, une forme, un nombre… Les qualitéssecondes, au contraire, sont fluctuantes. Ce sont les impressions qui seforment en notre esprit par le truchement des idées premières : le son, le goût,etc.

         Locke examine les mécanismes del’entendement humain en décrivant les mouvements de la perception, de lamémoire et de l’abstraction, avant d’en venir au détail de ce que sont lesidées complexes. La beauté est une idée complexe. Une armée est une idéecomplexe. Les idées complexes, par ailleurs, ne sont pas toutes identiques.Locke les classe en trois catégories différentes : il y a d’abord les modes,ensuite les substances, enfin les relations. Parmi ces trois catégories, on aégalement des sous-catégories. Il existe ainsi des modes simples et des modesmixtes. Les relations, quant à elles, ne désignent que le procédé qui consisteà comparer une idée à une autre.

         Pour ce qui est de la morale, Lockeprend un parti assez polémique. Il limite le concept de bien à celui de plaisiret le concept de mal à celui de douleur. C’est-à-dire que le bien est ce quinous fait du bien et le mal ce qui nous fait du mal. Ce qui pousse l’homme àagir, selon lui, c’est l’inquiétude de ne plus avoir de quoi se faire du bien.

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