Fahrenheit 451

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Ray Bradbury

Ray Douglas Bradbury –
connu sous le nom de Ray Bradbury – est un écrivain américain né en 1920 à Waukegan dans l’Illinois d’un
père technicien dans l’électricité et les télécommunications et d’une émigrée
suédoise. L’enfant grandit entre Waukegan et Tucson dans l’Arizona au gré des
emplois de son père. Il commence à écrire
des histoires
dès l’âge de onze ans.
Il se souviendra toujours d’un événement fondateur survenu à ses douze
ans : un artiste ambulant touche le bout de son nez avec une épée
électrifiée en criant : « Live Forever! », et dès lors le jeune
homme écrira tous les jours de sa vie. Naît aussi à cette occasion chez lui une
passion pour la magie qui lui fera envisager un temps la carrière d’illusionniste.
La nostalgie de l’enfance sera un thème récurrent des œuvres de l’écrivain. La
famille déménage à Los Angeles quand il a quatorze ans. L’adolescent, fasciné
par Hollywood, se faufile sans payer dans des salles de projection lors
d’avant-premières, sa famille étant très pauvre, et glane des autographes de
stars, parcourant Los Angeles en patins à roulettes. Au lycée, il participe aux
clubs de poésie et de théâtre. Il prend des cours d’écriture de nouvelles et
ses professeurs notent son talent. Étant donné la pauvreté de sa famille, il ne poursuivra cependant pas ses études à
l’université et deviendra un temps vendeur de journaux. Il dira plus tard que
ce sont les bibliothèques, depuis
celle qu’il fréquentait abondamment à Waukegan, qui ont fait toute son
éducation. Son intérêt pour la science-fonction et les récits fantastiques se
fait jour très tôt et il intègre, encore adolescent, un cercle d’amateurs du
genre à Los Angeles.

Durant toute sa jeunesse,
Ray Bradbury lit beaucoup ; il
tente d’imiter Edgar Poe dans ses
écrits de douze à dix-huit ans. Il aime aussi lire les aventures du héros John Carter qui prennent place dans le
cycle de Mars de l’écrivain américain Edgar Rice Burroughs ; H. G. Wells
et Jules Verne dont il parlera comme de ses influences majeures ; ainsi
que des bandes dessinées qui lui inspirent alors des œuvres illustrées. Il lit
aussi dans la revue Astounding
Science-Fiction
des auteurs comme Arthur C. Clarke, E. van Vogt, Theodore
Sturgeon ou Robert A. Heinlein
– qu’il rencontre peu après avoir terminé le lycée et dont la science-fonction
humaniste, dit-il, l’a beaucoup inspiré. Après ses vingt ans l’horizon de ses
lectures s’élargit hors de la littérature de genre et il peut lire par exemple
Alexander Pope comme le poète John Donne. Parmi ses auteurs préférés Bradbury a
cité Shakespeare, Steinbeck, Aldous Huxley, Thomas Wolfe et le poète américain
Robert Frost, Il cite aussi plusieurs femmes : Eudora Welty, Katherine
Anne Porter, Edith Wharton et Jessamyn West. Bradbury se fait connaître en
publiant de nombreuses histoires dans des fanzines angelenos et autres magazines,
comme Script de Rob Wagner, Astounding ou Weird Tales. Son véritable début professionnel date de 1941, quand
il publie la nouvelle Pendulum dans
le pulp magazine Super Science Stories. Il publie son premier recueil, Dark
Carnival
, en 1947.

 

En 1949, alors que sa femme attend un enfant,
ray Bradbury se rend à New York pour démarcher des éditeurs. Il essuie de
nombreux refus mais l’un d’eux l’invite à fusionner toutes ses nouvelles en un
roman qu’il appellerait Chroniques martiennes (The Martian Chronicles). En une nuit
l’écrivain esquisse un plan qu’il propose le lendemain à l’éditeur, lequel lui
signe un chèque de cinquante mille dollars. L’œuvre raconte la colonisation de Mars par des terriens et
les déboires que connaît chaque civilisation : entre autres un accueil pas
toujours chaleureux des martiens d’une part, ou la varicelle qui décime les
rangs des colonisés d’autre part. Après un demi-siècle marqué par deux guerres
mondiales, l’auteur décrit la terre comme une planète où les combats se
succèdent, provoquant les départs de terriens, jusqu’à sa destruction. Bradbury
y aborde de nombreux thèmes comme le racisme,
la ségrégation, la solitude et le deuil. Le ton est lyrique
et mélancolique, l’auteur y exprime
des préoccupations humanistes et moralistes. Dans Usher II on retrouve aussi par exemple une critique de la censure
et une défense de la littérature
avec celle de la liberté d’expression, qui annoncent Fahrenheit 451. Le titre
évoque Edgar Poe et l’auteur y rend hommage aux écrivains qui l’ont construit.

En 1951 L’homme illustré (The Illustrated Man) réunit à nouveau
des nouvelles de Bradbury. L’homme illustré du titre fait le lien entre
elles – on parle alors de fix-up pour qualifier un tel
recueil – : ses tatouages, dont il prétend qu’il ont été réalisés par une femme
voyageant à travers le temps, sont animés et chacun raconte une histoire et
prédit l’avenir. Toutes mettent en scène des conflits entre la mécanique froide de la technologie et
la psychologie des personnages, les progrès techniques apparaissant souvent
comme des dangers, ayant notamment à voir avec une déshumanisation. L’auteur y parle aussi, à nouveau, de la guerre, du
racisme, de la censure et du totalitarisme.

Red Bradbury publie l’œuvre pour laquelle il est
le plus connu en 1953, la seule
qu’il range dans la catégorie de la science-fiction,
car l’histoire en est vraisemblable – les autres relevant de la fantasy selon lui –, elle pourrait se
produire dira-il. Dans le monde tel que décrit dans Fahrenheit 451, les
livres, en tant que sources de réflexion et de contestation, ont été bannis par
les autorités. Le héros du livre, Guy Montag, est un « pompier pyromane » ; son
métier est de se rendre chez les particuliers fraudeurs pour s’y livrer avec
ses collègues à des autodafés. Après une rencontre il ouvre les yeux sur la
folie de ce monde envahi d’écrans et
la déshumanisation qu’implique son
fonctionnement. Au début du XXIe siècle l’œuvre semble plus que
jamais d’actualité. François Truffaut l’a adaptée au grand écran en 1966.

Les Pommes d’or du soleil (The Golden Apples of the Sun)
est un nouveau recueil de nouvelles paru en 1953. L’auteur y fait preuve d’une
grande variété de ton ; il se
montre capable de lyrisme comme d’effets comiques, et les nouvelles
oscillent entre fantastique, réalisme, conte
ou satire. La nouvelle Un coup de tonnerre (A Sound of Thunder), qui montre qu’une
petite variation dans le passé peut occasionner de grands changements dans la
suite des événements, a inspiré le film L’Effet
papillon
. Cette année-là il collabore aussi avec le réalisateur John Huston
pour écrire le scénario de Moby Dick (1956).

En 1962 paraît le roman fantastique La
foire des ténèbres
(Something
Wicked This Way Comes
) qui met en scène deux adolescents extrêmement
proches, William et Jim, qui lisent Jules Verne comme l’auteur dans sa jeunesse,
rêvant sans fin, imaginant leur futur, et qui voient arriver dans leur ville du
Mid-Ouest des forains menés par M. Dark, lequel a d’étranges pouvoirs. Les
manèges de la foire, qui promettaient bien des amusements, se révèleront comme
autant de pièges. Dans les années 1980, Bradbury se concentrera sur l’écriture
d’enquêtes policières.

 

Les œuvres de Ray Bradbury ont donné lieu à de
nombreuses adaptations, à la télévision – notamment dans la série Alfred Hitchcock présente ou à
l’occasion du 100e épisode de The
Twilight Zone
(I Sing the Body
Electric
) –, comme au cinéma ou à la radio. On relève très souvent le lyrisme de sa prose, son style singulier, que l’auteur
expliquait par une lecture quotidienne des poètes.

 

Ray Bradbury meurt en 2012 à Los Angeles après avoir subi une crise cardiaque en
1999 qui l’avait cloué dans un fauteuil roulant. Un hommage international lui
est rendu, notamment à travers la voix de Barack Obama. De nombreux artistes se
réclament de lui, dont Steven Spielberg, l’écrivain anglais Neil Gaiman ou
Stephen King.

 

 

« Qu’est-ce qui s’est passé ?

– On a brûlé un millier
de livres. On a brûlé une femme.

– Et alors ? […]

– Tu n’étais pas là, tu
ne l’as pas vue. Il doit y avoir quelque chose dans les livres, des choses que
nous ne pouvons pas imaginer, pour amener une femme à rester dans une maison en
flammes ; oui, il doit y avoir quelque chose. On n’agit pas comme ça pour
rien. »

 

« Après tout, on vit à l’époque du kleenex. On fait avec les
gens comme avec les mouchoirs, on froisse après usage, on jette, on en prend un
autre, on se mouche, on froisse, on jette. »

 

« Bourrez les gens de
données incombustibles, gorgez-les de « faits », qu’ils se sentent
gavés, mais absolument « brillants » côté information. Ils auront
l’impression de penser, ils auront le sentiment du mouvement tout en faisant du
sur-place. »

 

Ray Bradbury, Fahrenheit 451, 1953

 

« On s’est mis à
censurer les dessins humoristiques, puis les romans policiers, et naturellement,
les films, d’une façon ou d’une autre, sous la pression de tel ou tel groupe,
au nom de telle orientation politique, tels préjugés religieux t elles
revendications particulières ; il y avait toujours une minorité qui
redoutait quelque chose, et une grande majorité ayant peur du noir, peur du
futur, peur du passé, peur du présent, peur d’elle-même et de son ombre. »

 

Ray Bradbury, Chroniques martiennes, 1950

 

« D’où viennent-ils ? De la poussière. Où vont-ils ? Vers la
tombe. Le sang coule-t-il dans leurs veines ? Non… simplement un vent nocturne.
Qu’est-ce qui remue dans leur tête ? Le ver. Qu’est-ce qui parle par leur
bouche ? Le crapaud. Qu’est-ce qui voit par leurs yeux ? Le serpent. Qu’est-ce
qui entend par leurs oreilles ? Les abysses interstellaires. Ils passent au
crible l’ouragan humain à la recherche d’âmes, dévorent la chair de la raison
et emplissent les tombes de pécheurs. La frénésie les pousse en avant. Ils
fourmillent comme des blattes, se répandent par vagues, rampent, se faufilent,
assombrissent toutes les lunes et obscurcissent les eaux vives les plus
limpides. La toile d’araignée les entend, tremble… et se casse. Voilà ce que
sont les gens d’automne. Méfiez-vous d’eux. »

 

Ray Bradbury, La foire des ténèbres, 1962

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