Gargantua

par

L’éducation humaniste

L’éducation humaniste prônée par Rabelais est mise en relief par son antithèse, l’éducation moyenâgeuse de Thubal Holoferne. Par le biais de Ponocrates, l’auteur nous montre qu’une véritable éducation ne se fait pas sans partage des connaissances du maître et de l’élève : tout d’abord, une véritable complicité s’établit entre les deux protagonistes. En plus de leurs leçons, ils partagent des moments de détente et de jeux ensemble, profitant de chaque instant pour apprendre. De plus, Ponocrates considère le savoir comme quelque chose qui peut toujours s’étendre et qui n’est jamais acquis, ralliant ainsi la pensée humaniste selon laquelle l’homme doit toujours continuer à apprendre, à se cultiver. En effet, à l’inverse de Holoferne qui ne s’en tient qu’à ses méthodes sans adaptation, Ponocrates apprend de Gargantua, en le regardant s’amuser et vivre, il ne voit pas l’étude comme un sujet clos à engranger mais comme une étendue à apprivoiser.

De plus, l’éducation humaniste est une éducation selon laquelle le corps est réhabilité. En effet, au XVIème siècle, le corps est considéré comme une chose sale et inviolable, en totale contradiction avec l’esprit. Il est bridé, caché, rejeté et le corporel n’a aux yeux des classes supérieures de la société aucun attrait. Selon l’éducation humaniste, il doit être placé au centre et reprendre de sa valeur. Ainsi Ponocrates enseigne à Gargantua la bonne manière de l’entretenir, en mangeant des nourritures meilleures pour sa santé, en l’exerçant et en lui redonnant ainsi une place centrale. Disposer d’un corps en forme est donc indispensable pour l’humaniste, afin d’être plus réceptif à l’apprentissage. Le dialogue corps/esprit est renoué, le corporel n’est plus diabolisé mais glorifié et présenté comme complémentaire à l’esprit.

Enfin, en dehors de la tutelle de Ponocrates, le livre est jonché de petites leçons d’humanisme. Par exemple, lorsqu’au début de l’œuvre, Grandgousier fait coudre les habits de Gargantua, Rabelais nous explique que la signification des couleurs a toujours été quelque chose d’arbitraire et qu’il ne faut pas s’en tenir à ce premier symbole. Ainsi, il explique, dans un raisonnement déductif, pourquoi il faut associer telle couleur à tel symbole, il en trouve une raison logique et ainsi se permet de l’appliquer. Il nous montre ici l’importance de raisonner par soi-même, et de remettre en question tout ce que nous avons appris auparavant.

L’éducation humaniste telle que la prône Rabelais est donc une éducation plurielle, où tous les domaines se valent, où le corps et l’esprit sont harmonisés, où le plaisir se confond avec la leçon, et dans laquelle on tendra toujours à découvrir davantage de savoir, vouant ainsi une véritable confiance dans les capacités de l’être humain.

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