Gargantua

par

Mesure et démesure

Il ne faut pas oublier que le héros éponyme ainsi que ses parents sont tous deux des géants. Un tel choix de la part de l’auteur n’est pas sans conséquence. Dans Gargantua, le gigantisme est utilisé pour mettre en valeur l’humour et la trivialité, pour créer un décalage comique tout en mettant ainsi en relief, par antithèse, les idéaux prônés d’harmonie et de mesure de l’humanisme.

Dans plusieurs passages de l’œuvre, la démesure joue un rôle essentiel. Par exemple, lorsque Gargantua, du haut du clocher de Notre-Dame, défait sa braguette et urine sur les parisiens, cela donne prétexte à un épisode de pur humour et de liberté de la part de l’auteur.

Cependant, ce gigantisme a également pour effet d’agir comme une loupe, grossissant certains détails qu’un héros classique ne reflèterait pas autant. Ainsi, lorsque Gargantua avale des pèlerins, les prenant pour des limaçons, nous avons une complète description de la bouche et des dents, qui fait écho à cette revalorisation du corps que nous avons considérée plus tôt. Le gigantisme donne donc une dimension merveilleuse de conte au roman, mais permet également une hyperbole constante dans tout le livre : quantité de nourriture ingurgitée par le géant, multitude des thèmes que Ponocrates lui enseigne, etc. Tout est ainsi matière à l’amplification et à la démesure et l’auteur se livre à un véritable jeu d’écriture au travers de ces accumulations.

Toutefois, si le roman est jalonné du thème du gigantisme, celui-ci est tempéré tout du long par une certaine mesure, mesure trouvée dans l’assimilation de l’éducation de Gargantua, dans son mode de vie qui se stabilise, dans ses habitudes alimentaires, dans sa manière d’ordonner les troupes qui vont combattre Picrochole. La démesure se transforme en ordre et en harmonie, si chers aux humanistes, et trouve son apogée dans la construction de l’abbaye de Thélème, œuvre architecturale qui trouve son inspiration dans le véritable château de Chambord. Son agencement est symétrique, tout est construit selon un principe de régularité et d’ordre. Cependant, on y retrouve la démesure dans le nombre de pièces, de richesses et d’ornements décrits par Rabelais. La vie des moines elle-même y est régulée et cadrée, répondant à des horaires et des critères bien précis. Cette société fonctionnant sur une parfaite coordination des Thélémites entre eux, on retrouve donc à la fin de l’œuvre l’importance de la mesure et de l’harmonie pour Rabelais, contrastant avec cette démesure qu’on retrouve par petites touches en toile de fond, ne pouvant nous rappeler qu’une chose : une société humaniste se fonde sur l’équilibre des contraires, le corps et l’esprit, le régulier et la démesure, afin de créer l’harmonie parfaite.

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