Hamlet

par

Claudius et la victoire de la diplomatie

De toute évidence le roi Claudius est une bête différente de feu son frère. Rien en lui ne suggère le soldat, alors que de toute évidence le père de Hamlet faisait de la guerre son métier. Claudius, lui, préfère la diplomatie : lorsque Fortinbras fils menace le pays, Claudius utilise des ambassadeurs pour que son oncle le retienne, alors que dans pareille situation Hamlet père avait mené son armée contre Fortinbras père. Pas que Claudius ne soit un pacifiste : il prépare son armée au cas où, mais le combat direct n’est pas son choix favori. De même, il ne traitera jamais ouvertement avec son neveu. Tout comme il a empoisonné son frère au lieu de le combattre à la vue de tous, il essaiera de faire exécuter Hamlet par les Anglais. Le poison et le subterfuge sont ses armes ; il est donc bien assorti à Polonius, le vieil homme qui aime écouter de derrière les tentures, et l’on comprend son utilisation des pions Rosencrantz et Guildenstern. C’est aussi un diplomate dans son langage : il raffole de phrases onctueuses qui ne veulent pas nécessairement dire grand-chose. Il est aussi, au dire de son neveu (admettons, un témoin partial), débauché et lubrique.

C’est aussi, bien entendu, un meurtrier. Une des grandes questions de la pièce est celle de l’état de sa conscience. Pour environ la moitié de la pièce, il subsiste un doute (du moins pour ceux qui découvrent la pièce pour la première fois) sur la culpabilité du roi ; ce n’est qu’après la présentation de La Souricière qu’on en reçoit la pleine confirmation, des lèvres mêmes de Claudius. À l’occasion de son monologue où il essaie de prier on constate qu’il souffre de son crime – mais à quel point ? Là encore il se trouve bien des interprétations possibles : que c’est un mouvement mineur qu’il oubliera, jusqu’à croire que le meurtre de son frère est la seule mauvaise chose que Claudius ait jamais faite, et que cette faute le ronge. Dans un cas comme dans l’autre, c’est un matérialiste : il refuse de renoncer à tout le bien que le crime lui a fait. Mais comme Judas, c’est aussi un homme qui doute du pardon de Dieu.

Remarquons aussi que selon les théories politiques de la Renaissance, un usurpateur était nécessairement un tyran. Claudius ne pouvait donc pas être considéré comme un bon roi, qu’on approuve ses actions diplomatiques ou pas, car son pouvoir est illégitime. D’ailleurs, le roi guerrier serait bien plus admiré que le diplomate ; Hamlet compare son oncle à son père dans ces termes, parlant de Hamlet père comme d’un « vrai homme », et de Claudius comme d’une pâle copie. Il est donc ironique que ce soit Claudius qui reproche à Hamlet d’arborer un « chagrin efféminé » en refusant de quitter son deuil.

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